Ne comptez pas sur Mike Joyce pour regretter d'avoir fait partie des Smiths. La mention du procès du partage des Royalties du groupe, les positions politiques de l'ex-chanteur du groupe n'y feront rien. Les sollicitations des fans ? Il se souvient que lui aussi fut un fan limite harceleur des Buzzcocks, groupe mancunien qui le fit adhérer au Punk parce que prenant le contrepied de la part de machisme du mouvement. Pourquoi râler quand un de ses héros (Mick Jagger) vient saluer le groupe backstage aux States avant de danser pendant le concert ?
Avant d'être sollicité pour intégrer le groupe, Joyce jouait de son propre aveu dans des groupes imitant leurs modèles. Mais en entendant Morrissey et Marr il entend un chanteur et un guitariste proposant quelque chose qui n'a jamais été fait. Reste qu'à ses yeux, en dépit de ces deux talents exceptionnels, le son Smiths doit autant à sa batterie et à la basse de feu Andy Rourke qu'à Morrissey et Marr. Il raconte son lien direct de batteur à la guitare de Marr, tandis que la basse venait se poser "par-dessus".
Hommage abondant est rendu au bassiste dont les problèmes de drogue perturbèrent un temps le groupe. Mais des figures telles que Joe Moss (disquaire qui mit en contact Morrissey et Marr), John Peel, Stephen Street et Craig Gannon (guitariste rythmique dont l'addition au groupe transforma le jeu de scène de Marr) ont également droit à leur évocation. Le rôle du morceau Meat is murder dans la conversion végétarienne de l'auteur, à une époque où l'animalisme n'était pas encore bien vu, aussi.
Ainsi que quelques épisodes importants de l'histoire du groupe:
-Le premier concert, au Ritz de Manchester.
-L'accueil houleux reçu par le groupe lors d'un concert de soutien aux mineurs.
-Le concert de la Danceteria à New York avec Madonna en première partie.
-L'épisode de San Sebastian, qui mit fin aux concerts du groupe en Europe continentale.
-La mythique photo du Salford Lads Club.
-La sérennité de l'enregistrement de Strangeways, here we come (chef d'oeuvre du groupe selon ses 4 membres fondateurs, là où la vox populi vote The Queen is Dead).
-L'annonce de la séparation le prenant de court.
-L'échec de la tentative de remplacer le groupe un Marr parti par Ivor Perry, faute de magie.
S'agissant de la séparation, on n'apprendra rien. C'était de toute façon une affaire entre Morrissey, Marr et la presse anglaise. Un article annonçant la séparation du groupe, Marr quittant le groupe parce qu'il y voit la main de Morrissey, Morrissey pensant de son côté que l'article est un coup de poignard dans le dos de Marr. Les dissensions artistiques étaient là mais cette fin attisera les rancoeurs (et renforcera chez Morrissey le sentiment que le monde entier, la presse de son pays en particulier, veut l'abattre?). Triste fin, quand bien même elle aura évité au groupe le syndrome stonien des prolongations bien après l'âge d'or créatif.
Pour le reste, le livre est le récit de la jeunesse d'un prolo du Nord d'origine irlandaise, dans un univers évoquant fortement Loach. Et la répétition du récit des prolos du Nord d'ascendance irlandaise formant un groupe de Rock (les Beatles, Oasis). Avec cette réponse de Joyce à son fils qui fait sourire. Voulant convaincre ce dernier de se consacrer aux études, Joyce se voit rétorquer qu'au même âge il avait renoncé aux études. Ce à quoi le père répond que ce n'est pas pareil: il était devenu un Smith.