" Perturbant" "Morbide" "Je n'ai pas pu terminé" etc...
ça s'lit comme une fic aléatoire passant sous tes yeux sur AO3 et c'est exactement le but finalement. Le bouquin flirt sur la ligne assez fine du registre qu'il aborde. Certains seront profondément choqués, mais j'trouve que ça tombe sous le coup de l'humour macabre, tout en étant assez fidèle aux chatrooms +18 que l'on a tous exploré pour remplir un pari au collège. C'est souvent le décalage entre un moment évidemment comique et l'absolue réalité de celui-ci qui crée le sentiment de terreur, imo. Il y a quelque chose de très juste dans ce bouquin, car la sexualité fait une spirale ennuyeuse jusque la mutilation, la torture, le meurtre. Ton cerveau se fait frire dans l'huile crânienne et la mort remplace l'orgasme. L'univers est peuplé de dégénéré, idiot et sadique obsédé par ce que l'on pourrait considéré comme des ragots de lycéen (mais pervers). C'est ton voisin, le type qui te vend ton burger, le sdf que tu croises le soir, etc... Je sais que l'on est essentiellement dans un certain coin de communautés queer, mais ça me donne cette impression de perversion universelle, pas de filtre réactionnaire "oh l'élite" "oh le milliardaire" " oh un tel est" "oh machine fait..." Tous le monde. Finalement ce qui brise les limites sociales, économiques, sexuelles entre prolo, bourgeois, queer, femme, homme, c'est la perversion. We gotta celebrate our differences. C'est l'éthos de ce foutu bouquin dit-il la gueule sentant la roulée. Enfin par perversion, j'dirais plutôt que c'est l'impossibilité d'la connexion entre être humain. La recherche mène vers la monstruosité, car il y a rien à part les représentations de l'autre, donc on surenchérie toujours comme pour obtenir ce dernier "fixe" qui surpassera tous les "fixes", mais ça n'en finit jamais. Il n'y a pas de solution dans un monde matériel. C'est pas vraiment un défaut neurologique qui te transforme en terreur psychotique et sadique, c'est ce que je viens dire. Symptôme très moderne. Aussi moderne que la solitude derrière chacune de ces bulles, textes, "post en ligne". Quand j'vois Ed kemper parler da la tête de sa défunte daronne, certains diront enfumée par la cig que c'est le symptôme de machin-chose, que tel radiographie de son ciboulon nous montre que telle zone... Moi, je pense que l'irm est la machine-dieu et qu'elle réalise la représentation dans laquelle le type est tombé. J'vois un robot glitchant sans cesse sur l'instant. D'une certaine manière, ça me fait beaucoup pensé à Ballard.
J'ajoute sur un aspect du bouquin. La véracité des histoires est à oublier. J'ne vois pas ce bouquin comme un doc au doigt sur le pouls d'évènements morbides. Les personnages se rencontrent forcément autour d'histoire vrai, de fantasme et de mensonge éhonté. Savoir qui est quoi n'est pas important. Le bouquin a ce sentiment de royaume-à-part, de dimension cauchemardesque assez proche de la notre finalement. Il n'a pas pour but de faire penser : "oh mon dieu, est-ce arrivé ou est-il un menteur?" même si ça fait forcément partie de l'expérience, c'est un sentiment