Franchement, y’a des choix de couverture qui tuent. Genre celle-ci par exemple ! C’est la reproduction d’un photomontage de Herbert Bayer qui date de 1932 et qui répond au doux nom de « Lonely Metropolitain » (merci @anjalipsoma pour la référence). Vous trouvez pas qu’elle tue ? Bon, le bouquin lui, il tue pas autant. Il est pas mal, mais disons plutôt qu’il picote. Il s’agit de "Tous les hommes sont mortels" (1974), de Simone de Beauvoir.
L’idée est pleine de promesses : c’est l’histoire d’un homme qui a accepté l’immortalité. L’occasion pour De Beauvoir de mettre en image un thème philosophique classique qu’est celui du rapport à la mort. Bon, spoiler alert : une fois l’élixir avalé, la vie n’a plus de sens et Fosca se fait chier.
On sent que je rage là ? Oui, on le sent… En fait, le truc c’est que certains personnages sont tellement bien écrits que je me suis immédiatement attachée à eux. Bon, un seul personnage en fait : Régine. Régine introduit le roman. Elle est une actrice de théâtre obnubilée par l’idée que l’on se souvienne d’elle. Elle est à la fois majestueuse et détestable. Son orgueil étouffe chaque personne qu’elle croise. Et pourtant elle est fascinante. Quand elle rencontre Fosca, c’est le rêve qui devient réalité : il est le chemin vers l’immortalité puisqu’en se souvenant d’elle, elle survivra au temps. J’avais des grands projets pour Régine, je voulais la suivre dans sa prise de conscience, dans ses désillusions, bref, je voulais qu’elle soit mon personnage principal. Elle. PAS FOSCA ! Sauf qu’une fois embarqué.e dans son récit à lui, il n’y a plus de Régine qui tienne. Le choix de la narration occulte totalement l’évolution de sa psychologie.
Après une centaine de pages, je me suis faite à l’idée (à regret). Et j’ai à mon tour souffert de l’immortalité dont ce roman semble être une émanation : quelque chose de long et pénible, où aucune action n’a de poids et où chaque geste éloigne du reste des hommes. Bref, du génie en somme !