Il y a dans le livre de Baptiste Beaulieu un épisode récent de sa vie qui en synthétise l’enjeu, celui de ce repas dominical au cours duquel éclate une violente dispute entre lui et son beau-frère, à la suite d’une remarque désobligeante de ce dernier sur le porno gay. A l’issue de cette querelle, la mère de Beaulieu lui fait pointer son tempérament colérique : sans doute son fils aurait-il dû temporiser son emportement, ravaler sa susceptibilité, peut-être même opposer un silence afin de ne pas gâcher la convivialité du moment.
Dans les pages précédentes, l’auteur évoquait justement ses nombreux silences face à l’homophobie ordinaire dont il a (parfois) été un témoin lâche et une victime malheureuse.
Ainsi, on comprend le coup de sang de Baptiste Beaulieu, son désir de renverser la table et de revendiquer une orientation sexuelle encore trop souvent maltraitée par la langue. Une orientation que les intolérants souhaiteraient voir invisibiliser de l’espace public afin de ménager leurs sensibilités hétéronormées.
Ce récit est donc un cri du cœur avec ce qu’il peut avoir de désordonné dans la forme, de militant, de moralisateur (usage du « tu ») et partial dans le fond - notamment dans son analyse des représentations des communautés au cinéma et à la télévision. Mais comme l’écrit si justement Beaulieu : « La possibilité de vivre sans colère est un privilège que n'ont pas les minorités. On ne peut vivre "à bonne distance des choses" quand ces "choses" sont nos corps, nos identités, nos vies, nos droits, nos amours. Nos fiertés. ». Dont acte.