Fut un temps où Lagos était considérée comme la ville la plus dangereuse du monde. Elle a certes été dépassée, ces dernières années, par Caracas mais reste tout de même une "référence" mondiale pour son insécurité. Ajoutons une autre plaie endémique au Nigeria, à savoir la corruption et le cadre est posé idéalement pour un roman très noir, plein de bruit, d'embouteillages inextricables et de fureur. Pas fou; Leye Adenle réside désormais à Londres mais il n'en oublie pas de revenir à son pays natal dans des livres denses et intenses, dont deux seulement ont suffi pour asseoir sa réputation : Lagos Lady et Feu pour feu. Et voici le troisième tome des aventures de l'avocate des femmes, Amanka, qui va devoir secourir l'une des ouailles, une escort-girl qui a eu la mauvaise idée de prendre comme amant un pasteur dont l'assassinat n'a rien d'évangélique. L'héroïne du roman se retrouve au milieu d'un bel imbroglio avec pas mal de millions de dollars introuvables pour aiguiser l'appétit des différentes strates d'une mafia systémique : État, police, Église et autres mercenaires n'ont d'autre morale que celle de la cupidité, avides de toucher Lagos commission. C'est du brutal, comme dirait l'autre, le récit mené sur un rythme trépidant, avec visions parallèles de l'action, au gré des initiatives plus ou moins heureuses des différents protagonistes. On aurait bien pris quelques pauses dans ce chaos mais Adenle privilégie le suspense et les rebondissements, ajoutant, fort opportunément, de larges rasades d'humour, assez épicées, comme de bien entendu. Dans le genre, à lui seul, l'auteur contribue à mettre le Nigeria sur la carte du roman noir, au côté de l'Afrique du Sud de Deon Meyer, pour ne citer qu'un autre écrivain du continent, au moins aussi puissant.