Tout est dans le titre.
Dans ce roman très typé années 70 (qu'on a pas trop de mal à imaginer visuellement sous la forme d'un film classieux de l'époque, quelque part entre orange mécanique et la planète des singes), contrairement au titre, le vrai sujet n'est pas les Dauphins, mais en creux l'Homme qui les observe, les instrumentalise et s'agite, vainement, autour d'eux.
Si c'est bien un roman de SF, une forme rationalisée de "conte philosophique", son style le place très haut dans la liste, au dessus même, probablement, d'une Ursula Leguin dans un genre voisin.
On observe les interactions humaines à la manière d'un observateur in-humain pour qui rien de ce qui se passe dans nos têtes n'est un secret et les "bruits" produit par nos cordes vocales, ce langage censé être la manifestation clef d'une supposée rationalité, ne compte pour rien par rapport aux corps et aux pulsions, le sexe bien sur, mais aussi les rapports de dominations et de compétition qui structurent la société, tout cela sur le bruit de fond agité des émotions.
Quand l'intelligence se manifeste chez cet animal la, c'est surtout pour sonder l’abîme existentiel.
Bref, il y a décidément quelque chose de l'Orange mécanique de Burgess/Kubrick dans ce roman qui se lit d'une traite. Un achat réalisé dans la ligné de la redécouverte du magistral Malevil, dans une édition de "littérature blanche", pour un texte qui est pourtant bien de la SF, un pied dans l'imaginaire, mais sans le metatexte de genre.
Une lecture indispensable d'un auteur trop peu en vue aujourd'hui.