Bonne pioche : acheté lors des dernières minutes de Ouest Hurlant 2023, j'ai vraiment accroché à Un éclat de Givre. L'histoire raconte les pérégrinations de Chet, un chanteur transformiste (ou trans ? non-binaire ? le livre n'offre pas plus de précision que cela et c'est vraiment pas très important) qui se retrouve investi d'une mission consistant à enquêter dans les bas-fonds de Paris à propos d'une drogue qui supprime la notion de chaleur, alors qu'une canicule infernale s'abat sur la ville. Bon, c'est pas tout à fait ça, mais je dégrossis pour les potentiels lecteurs de cette critique.
Si Chet, ses lubies et ses amours est un personnage très bien construit et original, le véritable protagoniste du livre, c'est Paris. Ce Paris du XXIIIe siècle qui a survécu à l'effondrement est proprement incroyable, avec son Montmartre couvert de vigne, son périph qui est devenu un marécage (au delà duquel se trouve des groupes de fermier qui ont pour mission de nourrir la ville) son "enfer" rempli de mutants obsédés par la chirurgie, l'ile de Notre Dame qui a fait session et est devenue une attraction de gitans, etc... Le tout avec des renvois au passé de la ville, et à la littérature (notamment les mythes grecs comme celui d'Orphée ou la légende des sirènes.)
Car si l'intrigue se tient, on comprend au milieu du livre, que l'histoire est aussi un prétexte pour nous faire découvrir un lieu et la communauté qui l'habite dorénavant. Je suis pas parisien, mais j'ai assez visité la ville pour reconnaitre plusieurs lieux ou quartiers explorés et le renvoi à leur histoire. Je me dit que ça pourrait faire l'objet d'un chouette jeu de rôle, tant cet univers est foisonnant et dont on a l'impression qu'Estelle Faye ne nous en a montré qu'une petite partie. Une suite au roman était prévue mais annulée par l'éditeur.
A la lecture, je me rend compte qu'avec Plaguers, c'est le deuxième roman en moins d'un an que je lis où le monde du futur est passé par un effondrement climatique. Je crois que c'est déjà implanté dans la tête de tous les auteurs de SF qu'on va forcément passer par cette étape, dont l'intensité et les dégâts sont à l'appréciation de l'auteur, l'intérêt étant de raconter comment l'humain va se reconstruire dans le temps de l'après. (Et je parle de romans ont été publiés il y a maintenant plus de 10 ans.)