Belle découverte de l'année 2024 avec Du pain sur la table de l'oncle Milad, Mohammed Alnaas confirme son talent dans Un goût de thé amer, dont l'action se déroule dans un petit village libyen, en 1990, au temps de la toute-puissance du "Guide" du pays, ce triste sire répondant au nom de Kadhafi. L'ouvrage, plus satirique et loufoque que son précédent, décrit une guerre de pouvoir picrocholine, bardé d'une nuée de personnages tous plus pittoresques les uns que les autres, à commencer par le hadj censé arbitrer le conflit et qui cherche surtout à satisfaire son addiction au thé. Ceci dit, en dépit de l'absurdité des affrontements, décrits avec jubilation par l'auteur, le livre en dit beaucoup sur l'état de la nation à cette époque, notamment sur le plan économique, avec ses pénuries régulières de denrées alimentaires dans la coopérative chargée de ravitailler la population. Plus largement, cette comédie humaine évoque aussi la difficulté de vivre en communauté, d'autant plus quand deux camps s'affrontent jusqu'au sang. Écrit autrement, le récit aurait pu verser dans la tragédie, avec quelques morts violentes au bilan, mais Alnaas a préféré l'ironie grinçante, dans un livre où il ne cesse de se moquer de tout le monde, de ses protagonistes, d'abord, mais aussi du lecteur, souvent pris à partie et de lui-même, le narrateur, pour faire bonne mesure.

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le 2 mai 2025

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