Depuis environ deux ans environs, en raison du développement récent des de l’intelligence artificielles, nous assistions à une inflation éditoriale autour des nouvelles technologies numériques. De nombreux ouvrages paraissent chaque mois, et pour qui n’est pas familier du sujet, il peut être difficile d’y faire le tri. Parmi les livres sortis cette année, le petit opus de Juan Sebastián Carbonell aux éditions Amsterdam se distingue par sa concision et sa clarté. Surtout, il est l’un des rares à s’intéresser aux conséquences, très concrètes, de l’implémentation des intelligences artificielles dans les procès de travail. Plus encore, il est le seul à proposer une analyse matérialiste du développement technologique, et à considérer la façon dont ces outils reconfigurent, sur le lieu de travail, le rapport d’exploitation et le contenu du travail. De la même manière que les technologies algorithmes, les intelligences artificielles ne sont pas neutres. Elles sont des outils développées par le capital en vue de renforcer le contrôle sur la main d’œuvre et tayloriser un certain nombre de tâches qui, jusque là, échappaient à la capture. Plus qu’elles ne font disparaître les emplois, elles en changent la nature et le contenu, de la même manière que l’ont fait les machines et l’automatisation au XIXème siècle. Ces technologies ne sont pas le résultat d’un quelconque « Progrès », mais le fruit des choix politiques, délibérés, conscients de la part d’acteurs situés au sein des rapports sociaux de classe. Elles sont des technologies politiques, dont le développement et l’adoption ne sont pas inéluctables et mettre un coup d’arrêt aux offensives technopolitiques du Capital ne pourra se faire que par la construction d’un large mouvement néoluddiste.