L'Histoire rendue aux femmes
Dernier volume de la trilogie d'Ellroy dans le cadre de l'histoire contemporaine des USA. Le simple fait d'avoir lu les deux premiers en fait un incontournable. Pourtant, il y a une vrai cassure dans le style et l'approche de l'Histoire dans ce dernier opus, ce qui en déstabilisera plus d'un (je m'y inclus) et qui explique des notes plus faibles sur SC.
Alors que le contexte historique jalonnait fortement American Death Trip, collant de très près aux destin de Bob Kennedy et MLK, personnages quasi mythologiques, celui-ci est plus diffus dans Underworld USA : le récit laisse une large part au destin tragique d'Haïti et de la République Dominicaine, thème moins connu du grand public, mais au final extrêmement poignant. Les descriptions des horreurs perpétrées dans l'île sont celles qui m'auront mis le plus mal à l'aise de tout ce que j'ai pu lire d'Ellroy. C'est aussi l'occasion pour lui de se frotter un petit peu au vaudou, sans grande plus-value de mon avis.
L'autre part du récit est essentiellement consacrée à Los Angeles, terrain de prédilection d'Ellroy et de ses polars. L'occasion de développer un grand nombre de personnages et d'abandonner en cours de route sa narration basée sur l'alternance de trois protagonistes principaux.
Et ce qui frappe dans ces personnages, c'est la place laissée aux femmes, simples faire-valoir dans les deux premiers opus, mais qui ici sont au centre de l'intrigue et semblent même moins impuissantes que les hommes. Le personnage de Joan Rosen Klein est tellement fort, que je l'ai googlée pour m'assurer qu'il ne s'agissait pas d'une personne ayant réellement existé.
Ellroy a ainsi décidé de repousser les évènement historiques au second plan (le watergate est à peine évoqué) pour vraiment se consacrer à ses personnages et à retranscrire l'air du temps.
Il faudrait tirer une série de cette histoire, mais qui aurait assez de talent pour y parvenir ?