C’est curieux que ce livre débarque en France près de dix-sept ans après sa publication initiale.Une façon de rendre justice et hommage à Marsha Mehran décédée quelques années auparavant. En tout cas, ce fut une bonne idée de le faire.Dans un conte presque autobiographique, l’écrivaine nous décrit le destin de trois sœurs iraniennes trouvant enfin leur équilibre dans un village irlandais en ouvrant un restaurant le Babylon Café. Loin d’être un roman trop feel good, Une soupe à la grenade raconte aussi l’exil, le déracinement et les difficultés d’intégration malgré la combativité de Layla,Bahar et Marjan. C’est vraiment ce qui donne une consistance à ce récit.Cependant, vous pouvez être séduits par le découpage où une recette de cuisine iranienne ( le chelow, le baklava pour ne citer qu’eux) est lié à un moment précis de la narration. Le plat le plus important étant la soupe à la grenade ( titre du livre évidemment non donné par hasard) liée à deux moments fondateurs de la vie des trois soeurs. J’ai beaucoup aimé ce mélange de saveurs lié à ce mélange d’émotions aussi positives que tragiques.Marsha Mehran a réussi grâce à son approche aigre-douce de la vie à ne surtout pas faire d’Une soupe à la grenade un roman trop optimiste ( le défaut de certains romans feel good). J’ai bien aimé le microcosme du village de Ballinacroagh avec des portraits d’homme et de femmes haut en couleurs et une approche moins carte postale de l’Irlande ( qui peut connaître les Tinkers, communauté gitane, s’il n’est pas du pays?) Voici une lecture avec des points de vue multiples pouvant contenter des lecteurs d’horizons différents. C’est la grande qualité d’Une soupe à la grenade d’élargir ses points de vue, de distinguer les bonnes âmes des mauvaises graines et d’avoir un épilogue philosophique sur une vie où tout finit par rentrer dans l’ordre quand on garde des fondements solides.On referme le livre en se disant qu’on a passé de bons moments sans que sa santé mentale n’en prenne un coup.Et cela fait un bien fou.