Dans son précédent roman Sur la dalle, Fred Vargas s'était écartée de son style habituel pendant une bonne partie du roman, et cela n'avait pas plu à sa majorité de lecteurs. J'imagine que c'est pour cette raison que Une unique lueur reprend à ce point tous les codes d'une enquête d'Adamsberg. J'ai espéré tenir entre les mains une pépite, mais in fine j'en retiendrai que j'ai lu un Fred Vargas comme j'en ai déjà lu plein d'autres.
Pour ceux qui ne connaissent pas ou peu l'autrice, il faut quand même vanter les qualités de ce roman : un mystérieux crime à élucider, un commissaire à la pensée vagabonde mais géniale, quelques personnages atypiques, du lyrisme à toutes les pages et un twist final ; il y a une chance que vous tombiez ici sur un roman qui vous tiendra en haleine du début à la fin. Fred Vargas est une autrice de grand talent, et le fait qu'elle peine à se renouveler selon moi ne doit pas nier la qualité individuelle de chaque livre.
Quand on est un lecteur exigeant comme je le suis, et qu'on a dévoré toute la bibliographie de l'autrice, on est malheureusement plus attentifs à ce qui ne fonctionne pas :
1. Ce roman, plus que tous les autres, relègue tout personnage autre que Adamsberg au rôle de faire-valoir. Du début à la fin, il résout chaque pièce de l'énigme sans l'aide de personne ou presque. Sa brigade d'une quinzaine de flics ne sert que de faire-valoir tout au long du roman.
2. Comme d'habitude, nous avons un personnage un peu loufoque en la personne de Sébastien de Charlus.
On sent assez vite en tant que lecteur que ce personnage n'est là que pour nous lancer sur une fausse piste ; mais on ne comprend pas pourquoi Adamsberg lui attend quasiment la fin du livre pour s'intéresser enfin à cet énergumène qui connaissait une victime et qui vient chaque matin se positionner en guetteur devant la brigade... dans une enquête où on manque singulièrement de suspects, ça aurait dû être un suspect de choix.
3. Le twist final est assez décevant.
La responsabilité de Marcus est complètement "hors de caractère" par rapport à ce qu'on sait de lui. L'explication qu'il est si intelligent qu'il cache très bien son intelligence est facile pour justifier qu'aucune description de Marcus ne donne un quelconque indice sur sa personnalité secrète. Ca aurait pu être Jourdain, ca aurait pu être Rivière, ca aurait pu être Charlus, ca aurait pu être Purraint, ca aurait pu être Estalère, ca aurait pu être Veyrenc... ce sera donc Marcus. D'ailleurs, je l'avais écarté de mes suspects car on apprend qu'il a rencontré Adamsberg 15 ans plus tôt, et que déjà à l'époque il n'était "pas une flèche" (p62). Ainsi donc il cachait déjà son jeu presque 10 ans avant de se mettre à tuer ? On a ici une grosse incohérence.
En bref, nous avons ici un roman dans le plus pur style Fred Vargas, et qui sans être mauvais ne restera pas non plus comme son meilleur. J'espère de tout coeur qu'elle ne restera pas sur le semi-échec de Sur la dalle et tentera à nouveau des enquêtes différentes, car c'est ce qu'en tant que fan j'ai envie de lire.