C’est au carrefour de plusieurs procédures m’opposant en mon nom, mais surtout en celui de ma fille, à mon ancien conjoint et père de cette dernière que je lis ce livre.
Je lis ce livre car on m’a reproché d’être « dans la vengeance », une mère vengeresse, une sorcière, qui visiblement éprise (sous emprise) pour toujours chercherait à solder ses comptes et faire payer à ce bourreau (que l’on voudrait chasser de sa vie à jamais, mieux encore l’effacer…) la trahison, l’indifférence…
S’il savait…
À la lecture de Vengeance le droit de ne pas pardonner, je lis « On pourrait croire, de prime abord, que la vengeance veut « clouer l'offenseur » au mal qu'il a com-mis, qu'elle aspire à ce qu'il souffre à son tour. Je ne crois pas que l'on veuille, dans la vengeance, cette égalité avec l'agresseur, même dans la douleur. Car ce serait encore maintenir, entretenir, une relation avec lui. Or, je suis convaincue, pour l'éprouver, que la vengeance désire par-dessus tout exclure tout lien avec l'offenseur, celui de la haine comme celui du pardon ». Tout est dit. Si c’est effectivement de cela dont on se parle alors oui j’en suis :) . Je citerais encore « que la seule limite à opposer à un abuseur est la réalité elle-même. Il n'en est rien : son pouvoir se manifeste précisément par le fait de renverser les fais, de nier les êtres. Il ne se contente pas de commander et d'exiger l'obéissance, ce qui laisserait à sa victime l'espace de la liberté intérieure, il la prive radicalement d'autonomie, c'est-à-dire d'existence propre.Telle est in fine l'essence du pouvoir : effacer tout ce qui pourrait le concurrencer ou le surpasser. ». Effectivement là encore je me suis retrouvée et si la loi du talion n’est en effet rien pour panser les maux, l’injustice reste insupportable et empêche l’existence. La reprise de pouvoir. Et je ne veux plus cesser d’exister. Enfin « La violence de l'injustice vient de cette confiscation de la vérité par le pouvoir. Elle fait vivre dans une forme de terreur permanente, où l'arbitraire d'un seul impose à tous de prendre ses désirs pour la réalité. Mentir équivaut à exercer une domination; se venger est donc tenter de s'y sous-traire. C'est une désobéissance qui a tardé à venir, le refus enfin de l'emprise et de l'aliénation." Il n'y a pas plus dogmatique qu'un menteur : il distribue les étiquettes, énumère les constats « en toute objectivité », « ça s'est passé comme cela », « vous êtes comme ceci, comme cela », « vous aviez l'intention de faire telle ou telle chose, votre but était celui-là ». Il se targue de lire en vous, de vous connaître mieux que vous-même. Il possède tous les pouvoirs, l'omniscience et la toute-puissance.Tout lui est évident, tout est asséné de manière incontestable : l'injuste est imperméable au doute. En réalité, il n'a que faire du vrai et du faux ; ce qui l'intéresse, c'est de tenir l'autre à sa merci. Ces distinctions n'ont plus cours pour lui, il en dispose à son gré.Qui pratique l'injustice est ainsi nécessairement un tyran : le réel se réduit à ce qu'il en fait, la vérité à ce qu'il en dit. Rien d'autre n'existe que sa volonté. II n'entend pas formuler un jugement, mais démontrer sa force. ». Là encore, je ne me contenterai plus d’exister discrètement, de subir, sans rien dire. Rien ne pourra jamais guérir nos blessures mais ne plus avoir à les cacher participe à reprendre sa place dans un système. À ne plus laisser faire. A se remettre à niveau. À s’autoriser de nouveau le jugement, le dégoût et quelque part la justice. Tout cela est nécessaire pour la réhabilitation de soi, la prise de distance avec la honte. Merci pour ce livre et je nous souhaite à tous de ne plus éprouver la haine, la peur mais seulement ce sentiment sain de reprise en main de soi, sa vie, son récit, de retrouver cette force perdue qui fait que l’on ne tombera plus. L’indifférence la plus complète à l’égard de nos bourreaux, passez votre chemin, jamais je ne vous ferai ce cadeau bien trop beau du pardon, pour le reste je m’en fiche. La volonté n’est pas alors de faire payer mais de ne plus disparaître, fin de l’anéantissement. Et ne jamais jamais s’abaisser à leur misérable niveau.