Excellent ouvrage collectif que cette somme consacré à l'Histoire du régime de Vichy et qui permet effectivement de faire quelques mises au point et de faire apparaître les nouvelles découvertes sur ce régime qui étaient essentiellement passées judqu'alors dans des ouvrages notamment biographiques, séparés et qui ensemble dressent un portrait assez net de cette période 1940-1944.
Écrit sur 500 pages bien illustrées et de lecture fluide alors qu'il est écrit à plusieurs mains, l'ouvrage réunit le meilleur des historiens contemporains specialistes de la période notamment Benedicte Vergez Chaignon, connue pour sa biographie de Philippe Petain, Renaud Meltz connu pour celle de Pierre Laval, ou encore Bernard Costagliola pour celle de François Darlan.
Le parti pris du livre est clair dès le titre, "Histoire d'une dictature" : la démonstration collective visera à montrer que Vichy n'était pas "juste" un régime autoritaire voire illiberal, mais était beaucoup plus liberticide. Mais aussi que Vichy n'était pas non plus au moins jusque fin 1943 début 1944, un régime fantoche dont les décisions auraient été à la seule discrétion de l'occupant.
Reprenant s'inscrivant dans et approfondissant la thèse de Paxton dans les années 1970, le livre démontre de façon très convaincante que la collaboration fut d'abord voulue par Vichy, avec l'espoir de pouvoir s'asseoir à la table d'un vainqueur allemand supposé et que ses dirigeants rivaliserent davantage dans la manière de montrer qu'ils étaient les plus aptes à collaborer avec l'Allemagne que par leurs réticences à une collaboration que leur aurait imposé l'occupant globalement peu interessé par les offres de services répétées du gouvernement Français et prêt à tout pour susciter l'intérêt y compris aux actions les plus criminelles contre les Juifs notamment qui feront sa notoriété.
Ce sont d'ailleurs ces démarches répétées et les forfaits monstrueux auxquelles elles conduiront qui finiront par transformer une population défavorable à l'occupant mais apathique et résignée en 1940/1941 en une population de plus en plus désobéissante et hostile à Vichy à partir de 1943, conduisant à l'arrivée au pouvoir des jusqu'au boutistes de la Milice en 1944 prêts à toutes les extrémités pour maintenir le régime.
Parmi les autres points abordés l'ouvrage aborde bien comment les différents collaborationnistes se sont mutuellement fait concurrence pour obtenir les faveurs d'Allemands déterminés à les traiter tous comme des courroies de transmissions de leurs exigences à la France vaincue (mais divisés eux-mêmes sur quel poulain choisir!), illustre bien que la "neutralité" vichyste pencha nettement du côté de l'axe (malgré beaucoup d'opérations séduction des Alliés de 1940 à 1942, que le double jeu a été avant tout une justification a posteriori des décideurs vichystes, que la suppression des contre pouvoirs et libertés publiques et la répression des dissidences a été marquée. Enfin et surtout le plus dramatique de ce livre est qu'il met en avant que les marges de manœuvre réelle dont disposaient les principaux protagonistes de l'Etat Français restaient relativement importantes: Vichy aurait pu faire bien plus, pour les Juifs, les Alliés, sa jeunesse- mais ses dirigeants successifs (Laval bien sûr, Darnand évidement mais aussi Darlan et Petain) ont tous fait le pari que leur version de la collaboration serait gagnante (et qu'ils en tireraient gloire) et ont pratiquement tout accepté, sans scrupule ni remord (sauf tardifs pour sauver sa place dans l'histoire en toute fin, trop peu, trop tard) espérant obtenir une place dans l'Europe hitlérienne à force de soutiens.