Née en 1962, Brit Bildøen est loin d'être une débutante en littérature, mais Vigilance orange n'est que son deuxième roman à bénéficier d'une traduction française. En espérant qu'il y en ait d'autres dans le futur, tellement l'écrivaine norvégienne sait rendre intenses les interactions entre ses personnages, dans un style sans emphase, mais diablement efficace. Vigilance orange commence un peu comme Festen, ce formidable film danois, et se termine à la manière d'Agatha Christie, avec un acte insensé qui fait suspecter tout le petit monde réuni un week-end d'octobre dans un gîte isolé. Une célébration familiale est au programme, pour les noces d'or de parents, en présence de leurs trois rejetons, d'un conjoint et d'un labrador aimé de tous. Chacun est venu en traînant plus ou moins les pieds et une météo exécrable va gâcher le séjour, avant que l'irruption de deux chasseurs ne vienne installer une atmosphère quelque peu délétère. À chaque chapitre, la perspective se déplace vers les différents membres de la famille, dans un huis clos où les différences de caractère installent un début de tension psychologique. Mais le livre va brusquement basculer vers le roman noir, de manière très inattendue et le week-end va véritablement devenir infernal. La façon dont la romancière décrit ses personnages entre raillerie et tendresse se révèle absolument délectable et le tempo, d'abord moderato puis vivace, ne l'est pas moins.