J'ai refermé Voir venir avec cette sensation étrange d'avoir traversé un lieu plus qu'une histoire. Dans ce premier roman, Lucile Novat nous ouvre les portes d'un internat pas comme les autres : la maison d'éducation de la Légion d'honneur, à Saint-Denis, adossée à la nécropole royale. Un décor chargé d'Histoire, presque trop vaste pour celles qui l'habitent.
Vanessa, surveillante et cheffe d'orchestre discrète, nous guide parmi quatre adolescentes : Lou, Yasmine, Adèle et Suzanne – toutes liées par ce symbole hérité : une médaille reçue par leur père ou leur grand-père, sésame pour intégrer ce pensionnat d'exception. J'ai aimé cette idée d'héritage comme clé, et comme fardeau. Ici, le passé n'est jamais loin ; il infiltre les couloirs, les chambres, les silences.
Le roman joue avec les codes : conte moderne, presque gothique par moments, puis soudain très contemporain dans ses préoccupations. le temps s'y détraque, les voix se croisent, les trajectoires s'entrelacent jusqu'au drame annoncé. Cette construction chorale m'a intéressée ; j'y ai trouvé une vraie ambition formelle, un désir de détourner les attentes.
Pourtant, je dois l'avouer : si j'ai apprécié la lecture, je ne suis pas certaine d'avoir tout compris. J'ai parfois eu le sentiment de marcher dans un brouillard volontaire, comme si l'autrice voulait nous perdre pour mieux nous faire ressentir l'inquiétude. le thème de la transmission, du poids des symboles, l'enfermement feutré des institutions est passionnant. Mais je ne suis pas sûre d'avoir saisi où exactement elle voulait nous emmener. Était-ce une critique sociale ? Une fable sur l'héritage ? Une méditation sur le déterminisme ?
Il me reste des images fortes, une atmosphère presque vénéneuse, et cette impression que quelque chose m'a échappé, peut-être volontairement. Et parfois, ne pas tout comprendre, c'est aussi laisser au texte la possibilité de continuer à travailler en nous.