C’est une chanson dont les motifs harmoniques subjuguent lentement, enveloppent, glissent, détournent et maintiennent l’auditeur en haleine près de cinq minutes sans coup férir. Des arpèges cristallins tapissent le fond de la salle, rappelant le son de la jangle pop britannique de la décennie 1980. Par-dessus bataillent des riffs hargneux légèrement distordus dans le ton noisy-shoegaze bien dans son jus en 1992 et une ligne mélodique claire jouée note à note. Le thème est aérien, introspectif, mid-tempo, il stagne au niveau des nuages, comme une bluette dream pop qui ne veut pas avancer, qui refuse la pesanteur. Même cette voix langoureuse, plaintive, aérienne, solaire, au goût de paradis perdu, ne peut la délivrer. Une voix (celle de la divine Harriet Wheeler) qui concentre la tristesse des « au revoir » dont on ne sait pas si ce sont de déchirants adieux ou des promesses de retrouvailles. Une voix qui soulage enfin la tension suspendue des quatre minutes précédentes en déclamant ces deux lignes que le poète romantique ne renierait pas:
« Oh, let the heavens shudder, baby
I belong to you »
PS : ce morceau d’anthologie a, qui plus est, engendré le plus magnifique clip edit-crossover musique-ciné de tout l’étang : https://www.youtube.com/watch?v=PMJ_L9Y1qKw&t=3s