Le prototype de la "série algorithme".

Avis sur Élite

Avatar Paul Staes
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Je croyais avoir atteint le summum de la vacuité intellectuelle le jour où, un verre de bière a la main, ma main posée bien humide contre mes testicules a peine épilés, je regardais avec un oeil vide et hagard Koh Lanta en me demandant si finalement, le suicide n'était pas finalement un moyen efficace pour récupérer un semblant d'honneur éternellement perdu. Je pensais a ces samouraïs valeureux obligés a accomplir l'acte du sepuku pour n'avoir pas su gagner une bataille avec une certaine ironie, qui eussent sans doute renoncé a leur triste suicide s'ils avaient pu anticiper une époque aussi vide et molle. Mais non seulement le confinement a limité ma capacité a lire, réduisant alors mes connexions neuronales au strict minimum (bouffer, dormir, vomir), mais il me poussa en plus, le bougre, a me plonger dans les séries Netflix les plus sombres. Je me rappelle encore avec tendresse la voix de ma jeune soeur adolescente me conseillant de regarder "Élite" qui m'avait déjà outragé par sa publicité tapageuse. "Élite ? La série espagnole du style Riverdale pour adolescents décérébrés ? J'ai déjà assez donné avec Pretty Little Liars il y a quelques années, et quitte a mourir stupide devant une série abrutissante, je préfère encore regarder les Marseillais". Pourtant, poussé par un sentiment masochiste, et aussi pour accompagner mes soirées vin-anxyolitique, après avoir écrit mes pages merdiques de mémoire, qui rassemble davantage a un fion qu'a un travail de fin d'étude, je me mis a regarder une série qui, sans surprise, est une véritable merde. Non seulement elle est aussi mauvaise qu'elle paraît, mais en plus elle réussit l'exploit de s'empirer saison après saison. Une fois passé le charme éternel de l'Espagne et de sa langue sublime, après avoir rendu un hommage aux génies de la littérature et du cinéma espagnol, et après avoir encaissé le charme désuet d'une série adolescente, je me retrouvais a observer le prototype même de la série marketing. Tout dans cette série est purement commercial, aux dépends de toute volonté de crédibilité. La série se résume en une phrase : rien ne va. Parfois, au regard de tant de bêtise, j'en vins même a regretter la douce époque de Skins et même de Skam, c'est peu dire.

De cette école américaine pour aristocrates déguisée en lycée espagnol, les scénaristes installent une intrigue policière a deux balles, qui est recyclée a chaque saison pour installer un suspens qui ne parviendra a tenir en haleine que quelques naïfs. Au gré des hypes diverses, les personnages, auxquels même après une bouteille de vin complète je ne croyais qu'à peine, sont plus ou moins oubliés (RIP Christian), certains sont mis en valeur pour des simples raisons de fan service (coucou Ander) et d'autres sont a la limite une sorte de visage stéréotypé collé sur des acteurs pourtant sincèrement talentueux. Si certains personnages comme Omar ou Nadia sont plutôt honnêtement et courageusement traités, on nous propose un univers de carton pâte et projet X, avec une sexualité décomplexée et peu crédible, le tout sur fond d'alcool et de drogue. La série accumule donc des éléments publicitaires et se fait inconsciemment le reflet d'un Occident en mort cérébral, flattant tous les instincts et ajoutant au scénario tout ce qui marche de près ou de loin. Les baises et les meurtres ne vous suffisent pas ? Tenez un peu d'inceste ! Ça vous suffit pas ? Tenez un peu de trafic de coke, puis tiens un cancer. Ça te plaît ça mon cochon? A brasser large pour faire une série qui est en réalité un produit publicitaire pur, sans âme ni direction, on réduit profondément l'intelligence de ceux qui la regardent. Un seul mot a dire : il fallait oser prendre les gens a ce point pour des cons. Et ils ont osé !

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