Pas si gentle a woman

Avis sur Gentleman Jack

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Minor spoil alert.

Wainwright a tiré le meilleur parti d'un personnage historique. Anne Lister est extraordinairement interprétée par une Suranne Jones qui use d'un sourire tout à la fois carnassier, charmeur, parfois plaqué tel un bouclier. Ce sourire incarne tellement la complexité du personnage qu'il s'erige à mes yeux en symbole de la série.
Anne Lister est une femme amoureuse, exigeante avec ses amantes, écrasante avec sa sœur et ses ennemis, faillible rarement mais avec les mêmes (sauf sa sœur jusqu'ici). Elle n'est pas toujours bien fidèle, pourtant sincère et entière.

Quand par désœuvrement, par jeu puis par intérêt elle se lance à la conquête d'une Miss Walker fragile, influençable elle n'est pas que manipulatrice. L'extraordinaire ego d'Anne, qui emporte tout sur son passage, est aussi composé d'une sensibilité qui peut la submerger autant qu'être un outil tranchant. C'est avec un courage que d'aucuns n'attribuent qu'aux hommes (d'où le sobriquet moqueur qui donne son titre à la série), qu'elle se livre à ses assaults industriels et amoureux, un courage qui touche parfois à la témérité. Mais pas toujours.

Là où pure fiction n'aurait sans doute pas résisté à l'appel du spectaculaire, la biographie maîtrisée fait honneur à la réalité humaine : prise la main dans le sac, au panier en vérité, elle niera en bloc, prête à une mauvaise fois aussi peu salvatrice que calculée. De la même manière, Anne Lister, qui rêve de prendre épouse ne revendiquera pas une cérémonie publique : elle est consciente de ses limites, de celles de son époque et la showruneuse Wainwright aussi.
De ses petits travers, Anne Lister fera encore preuve en mentant à cette amante à la fois délaissée parce que perdue, prise un peu de haut mais devenue indispensable à son cœur, Miss Walker, à qui elle ne dira pas comment elle a fait "forte impression" au bal donné en l'honneur de la reine du Danemark. Petit mensonge par omission, tellement humain, tellement bien écrit, diabolique détail signifiant.

Un autre détail, de mise en scène celui là, aurait pu n'être qu'anecdotique ou agaçant, s'il n'avait été utilisé à bon escient : le fait de s'adresser à la caméra. Non seulement c'est justifié puisque l'occasion de citer, de rappeler l'existence de ce journal intime qu'Anne nous a légué avec un à propos probablement non dénué d'une certaine fatuité, mais aussi exploité avec légèreté, parcimonie. Avec humour, souvent, bien que pas toujours de la plus grande finesse...

Petits détails et grandes manœuvres font de cette série un bijou, discret anneau et collier de perles à trois rangs.

Je vais avoir du mal à patienter jusqu'à la deuxième saison qui annonce une Miss Walker qui a enfin trouvé du répondant, semble t-il.

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