La mauvaise réputation

Avis sur Hap and Leonard

Avatar SmileShaw
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Oui, Hap and Leonard souffre d’une mauvaise réputation : elle est qualifiée par beaucoup de "sous-Justified".
Grossière erreur. Déjà parce qu'on ne compare pas une série complète avec une première saison, simple question de bon sens. Et parce que hormis le fait que ces séries sont inspirées de romans et se déroulent dans la cambrousse profonde (l’une au Kentucky, celle-ci au Texas), elles divergent totalement sur leur façon d’appréhender le récit proposé.
Si Justified mise en grande partie sur l’action, Hap and Leonard est beaucoup plus centrée sur ses personnages, leur caractère, leur personnalité et l’étude de leur passé qui permet de comprendre les décisions prises dans le présent.
Il suffit d’ailleurs de savoir que c’est une création originale Sundance TV pour s’en convaincre. Sundance, c’est la chaîne qui a diffusé, entre autre, Top of the Lake, et surtout la sublime, lancinante, merveilleuse, éblouissante, fantastique, inoubliable, unique, incroyable (etc.) Rectify, deux exemples parfaits de ce que la série contemplative peut offrir de mieux.
Partant de ce postulat, on imagine bien que le tempo de leur dernière production en date risque fort peu d’être menée tambour battant et provoquer des palpitations cardiaques.

Au Texas, en 1988, deux potes, les meilleurs du monde depuis l’enfance, et n’ayant pourtant absolument rien en commun, trainent leur vie, désabusés.
Leonard Pine, ancien vétéran du Vietnam, noir, gay, et pourtant symbole de LA virilité, se retrouve lié par un coup du sort (que l’on comprendra au fur et à mesure par des flash-backs utilisés avec intelligence et efficacité) à Hap Collins, ex-taulard car objecteur de conscience, blanc et hétéro.
La rage d’aller de l’avant et de se battre en toute circonstance, dans une région qui est très loin d’en avoir fini avec le racisme et qui patauge au cœur de l’homophobie, guide le premier ; un amour fou de jeunesse, perdu depuis, hante le second. Ils se sont marginalisés, vivant en dehors d’une société qui ne les comprend pas et qu’ils ne comprennent pas plus, et font du mieux qu’ils peuvent pour mener leur barque.
Lorsque Trudy Fawst, l’ancien amour en question, emblème de la femme fatale des films noirs desquels la série est grandement inspirée, débarque un beau jour et propose un boulot bien rémunéré à son ex-mari Hap (localiser un magot oublié dans une rivière depuis 20 ans), avec le lot d’embrouilles que cela va inévitablement entraîner, celui-ci plonge les deux pieds dedans. Leonard le suit, bien que réticent, n’ayant aucune confiance en cette femme qui a blessé son ami plus que de raison.
Associés à une bande de hippies sur le retour, dont le rêve est, grâce à leur part de cet argent, de changer le monde, ils seront traqués par un couple de tueurs sadiques, qui vont évidemment faire partie des empêcheurs de tourner en rond.

A l’image de ses deux anti-héros, la série se languit, prend son temps, symbolisant la vie qui s’écoule et sur laquelle nous n’avons aucune emprise. Mais c’est grâce à cette nonchalance dans le rythme que l’on vit quelques moments jubilatoires, par l’émergence de scènes d’une grande violence, souvent gratuites, mais toujours inattendues. La tension peut également parfois être extrême, notamment au cours d’un épisode 5, intense et mémorable.
L’humour n’est pas en reste, certaines situations frôlant le ridicule ou Leonard balançant quelques punchlines bien senties. La bande son ratisse large, de Tears for Fears à Black Angels, en passant par de la techno hypnotique, lors d’une scène de danse qui nous affranchira dorénavant de tout sentiment de honte dès qu’on commencera à nous trémousser. Hap and Leonard, série d’utilité publique.
Quant au casting, il peut se targuer d’un fort trio de tête : James Purefoy (Hap), beaucoup plus supportable que dans l’immonde Following, sarcastique et sensible, offrant le parfait contrepoids au charismatique Michaël K. Williams, dur mais touché par l’existence et désenchanté par son pays (ce qu’il ne manquera pas de souligner au dernier épisode, les auteurs se permettant là un petit taquet bien senti sur leur façon de traiter les soldats de retour), et l’over-mega-hyper-ultra plantureuse Christina Hendricks, personnage complexe et torturé, possédant une très grande influence sur Hap (là encore les flashbacks sur leur passé commun nous permettent de complètement appréhender la complexité de leur relation actuelle), femme de conviction mais d’une grande fragilité.

La comparaison entre Justified et Hap and Leonard continuera. Elles se ressemblent un peu, en effet, sur certains aspects mais divergent complètement sur d’autres.
Il n’est par contre, évidemment, pas impossible d’apprécier les deux, sous peu qu’on admette l’idée qu’il ne faut pas en attendre les mêmes choses. Pas besoin de choisir. Ça n’est pas fromage OU dessert.
Sous ses allures de fausse série B, ce show est bien plus intelligent qu’il n’y parait et fait partie de ceux dont j’attends la saison 2 avec impatience.
Et de toute façon, il est fortement interdit de cracher sur une série dont les premières minutes sont rythmées par Up around the bend, des Creedence Clearwater Revival. C’est inconcevable et serait signe du plus mauvais goût.

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