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In the Flesh par AntoineRA

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Mon dieu, Walking Dead est loin, très loin. C'est vrai, les deux séries n'ont pas grand chose à voir au final. Ici, on nous parle de zombis "humains", ou plutôt d'humains atteint du "syndrôme de mort partielle". Un syndrôme considéré comme une maladie et qui est soigné dans des centres spécialisés. Alors, bien sûr, tous ces gens sont morts et sont revenus à la vie (à peu près au même moment), ils ont agit comme les zombis qu'on connaît du cinéma, c'est-à-dire enragés et dévorant de la chair humaine, puis ont été capturés et traités médicalement. À la fin de leur traitement, ces personnes n'ont plus grand chose de "zombi". Ils n'ont simplement plus besoin de se nourrir, et il leur reste le teint cadavérique et des yeux effrayants, mais ils agissent comme n'importe qui, éprouvant des émotions, parlant, réfléchissant, et surtout se souvenant de l'ensemble de leur vie, que ce soit leur mort, leur résurrection, ou bien leur période de rage.

In The Flesh débute donc avec le jeune Kieren Walker qui s'apprête, à l'instar de nombreux autres "malades" à réintégrer la société, et surtout sa famille dans le village fictif de Roarton. Pour mieux s'immiscer parmi les vivants, il porte des lentilles de contact et se recouvre le visage d'une crème couleur chair. Il doit également se faire des injections tous les matins pour aider son métabolisme à créer des cellules neuronales mortes qui lui permettent de rester conscient de ses actes. Ainsi, on le suit lui, et non les humains. C'est une approche foncièrement différente, presqu'unique (même si le film/livre Warm Bodies part un peu de ce côté) et plaisante à suivre. J'en ai franchement ras-le-bol de l'overdose récente de médias sur des zombies/infectés qui attaquent en masse, et ce que propose In The Flesh est vraiment rafraichissant pour le genre. Finalement, on éprouve plus d'empathie pour les "morts-vivants" que pour les humains.

Car, à travers ces trois épisodes, le scénariste et réalisateur Dominic Mitchell ne se contente pas de simplement raconter une histoire parmi tant d'autres ; il fait transparaître une réelle critique de la société. Dans sa ville, Kieren était opprimé, et il est forcé d'y retourner alors qu'on le rejetait. Par ailleurs, les habitants de Roarton ont été les premiers à repousser, traquer, et tuer les zombis lorsqu'ils se sont manifestés. Ils ont créé un mouvement de défense strict qui se moque des lois pour accomplir ce qu'il pense être juste, le tout guidé par la religion. Et la sœur de Kieren est pleinement embrigadé parmi les plus fervents actifs. Du coup, le retour de Kieren se fait dans un climat d'oppression total ; ses parents le dissimulent des plus extrémistes, sa sœur perd la face, les voisins deviennent suspicieux... Il y a également tout ce thème d'acceptation, des conséquences et répercussions de la mort d'un proche, etc... Côté psychologie des personnages, le scénario est plutôt bien développé, assez profond, et surtout marche au poil avec la qualité de la mise en scène.

Je m'attendais à une mini-série sympathique mais banale. En fin de compte, c'est totalement prenant dès les premières scènes tant il se dégage un aspect très réaliste dans la façon de filmer. Déjà, la photographie est très froide, un côté très cinématographique propre à nombre de séries anglaises récentes - sans toutefois atteindre le niveau d'un American Horror Story. Cela aide vraiment le média à instaurer son climat et ne pas simplement faire production TV cheap. Du coup, cette image froide globale est assez marrante car, paradoxalement, ce sont les "revenants", qui doivent se mettre du fond de teint, qui semblent les plus vivants - tout en ayant une allure étrange. Par moment on a donc un côté très série, puis d'autres fois ça lorgne vers le film, ou même le documentaire ; assez spécial mais clairement un plus. Qui plus est, la bande-son oscille entre morceaux de Rock british aériens, compositions ambiantes contemplatives, ou piste plus oppressantes. Il y a une réeelle cohésion d'atmosphère sonore et visuelle, renforcée par le rythme qui demeure lent - mais sans ennuyer. C'est tout simplement captivant.

Pour ce qui est des acteurs, ils sont quasiment tous très bons, surtout les "malades" qui parviennent à sortir un jeu troublant. L'avantage d'un casting anglais est aussi d'avoir des têtes qui marquent avec des caractères exacerbés. La sœur, Jem, est bien jolie mais ses moments de fortes émotions ne sonnent pas toujours vrais par contre. Un autre point qui peut être critiqué est la durée de l'ensemble : trois épisodes. D'un côté l'intrigue générale n'aurait pas pu être énormément étirée et ça permet d'avoir l'essentiel ; d'un autre, car on sent une certaines précipitation malgré cette cadence posée. Par exemple, le premier épisode met bien en avant ce tabou des "zombis" qui ne sont clairement pas souhaités dans le village, et dès le second, plusieurs déambulent parmi les habitants et cette espèce de haine n'est plus vraiment en avant. Les évolutions émotionnelles et les convictions de certains personnages évoluent également un peu trop vite.

Toutefois, je pense que les producteurs ont lancé cette saison un peu comme un test, sans vouloir prendre trop de risques, d'où une intrigue assez rapide et peu d'épisodes. Heureusement, le retour positif face à In The Flesh a du coup permis la mise en chantier d'une saison 2 avec le double d'épisode, et comme il reste quelques points - introduits au cas où - à creuser, ça risque de se montrer fort intéressant. En tout cas, après l'excellente surprise qu'était Utopia en début d'année, les Britanniques démontrent encore leur talent à créer des séries au potentiel énorme qui, de plus, dépassent un peu le simple médium de la télévision de par un travail soigné de fond et de forme.

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