Vrai beau à rien

Avis sur Master of None

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Master of none fait partie de ces séries dont j'avais commencé les premiers épisodes à leur sortie, avant de la délaisser après seulement trois épisodes. Non pas que la série m'ait déplu, au contraire, mais tout simplement parce qu'elle ne m'avait pas emballé plus que ça, et surtout parce qu'elle ne me touchait pas encore véritablement dans ses thématiques et son approche. Elle a donc fait partie de ces séries que j'ai longtemps gardé sous le coude sans jamais m'y remettre, jusqu'à ce mois d'avril 2020. Et une dizaine de jours et 20 épisodes plus tard, la série m'a totalement séduit, faisant évoluer mon avis de "divertissement sympathique" à l'issue du premier épisode, à "pépite d'inventivité" à l'issue d'une excellente deuxième saison.

Un coup de coeur sur senscritique, ça peut vouloir dire un tas de choses ; certains l'utilisent comme un demi point, d'autres pour insister sur le fait que la note reflète uniquement leurs goûts personnels, d'autres encore pour tenter d'exprimer cette tendresse que l'on peut développer pour quelques œuvres qui ont réussi à nous toucher plus que les autres.
Ici, c'est bien de cette tendresse dont je parle, cette affection toute particulière qu'on octroi à quelque chose qui a su, pour un morceau plus ou moins long de votre vie, nous accompagner à travers tout un panel d'émotions. Car à travers la vie de Dev, trentenaire de classe moyenne (sup) plutôt banal vivant à New-York, c'est bien d'émotions dont la série va traiter. Et c'est dans la manière dont la série exprime ses émotions que son propos ne se cantonne plus à Dev, mais devient universel. Car Master of none réussit le pari au combien compliqué d'exprimer des choses extrêmement compliquées à travers des mots et des images extrêmement simples.

Master of none réussit à aborder de nombreux problèmes ou thèmes de sociétés, et le fait avec une grande justesse. Là où de nombreuses séries actuelles tente cette expérience avec la subtilité d'un marteau-piqueur, la série d'Aziz Ansari sait trouver les mots justes. Master of none ne définit pas les personnages uniquement à travers leurs complexes, et en fait des humains avant tout, ce que de très nombreux divertissements échouent à faire. Par exemple, un épisode qui s'attacherait à parler de la place des femmes dans la société ne taclerait pas le sujet directement mais nous immergerait dans le quotidien de l'une d'entre elle pour nous faire constater la dureté de celui-ci sans avoir besoin de nous exprimer et de nous répéter constamment que "les femmes traversent un quotidien bien plus difficile que celui des hommes sans que ceux-ci s'en rendent compte". La situation apparaîtrait tout simplement comme une évidence dans la manière dont elle serait mise en scène, et vécue par le spectateur.

Aziz Ansari ne fait pas une série qui ne parle que de lui, elle parle bien sûr de son quotidien, mais aussi de son entourage, des gens qu'il peut être amené à croiser, et le fait sans condescendance ni paternalisme. Avec une touche d'humilité et de pudeur, Master of none sait rester subtile. On la sent très autobiographique par moment, mais dépeinte avec toujours une touche d'humour, d'absurdité et d'humilité qui lui permettent de rester simple.

Mais la série est drôle, triste, joyeuse, simple et complexe à la fois. La galerie de personnages qui la compose est profondément touchante et attachante, et le respect donné à chacun de ces personnages ne fait que rendre Master of none encore plus humaine. De la même manière, le choix de faire jouer les parents de Dev, le personnage principal par les vrais parents d'Aziz Ansari contribue à cette ambiance particulière qui flotte dans la série.

Mais surtout comment parler de Master of none sans féliciter la saison 2 ! Pleine d'audace, la série multiplie les épisodes complexes, et les sujets épineux. Elle nous entraîne profondément dans son univers et s'attache à nous dépeindre certains des sentiments les plus universels de l'être humain avec brio. A travers ces 10 cours épisodes, on passe par tous les états et on vit au rythme des battements de cœur de Dev sans en perdre une miette. Gorgés de références au cinéma Italien, La mise en scène, la photographie, la couleur, le travail sur le son, et un casting parfait font de certaines des scènes de la saison 2 des réussites totales et de véritables leçons de cinéma.

Dev n'est maître de rien dans sa vie, mais deux saisons dans sa "vie normale", ponctuée de ses états d'âmes, ses questionnements et ses interrogations nous montre que rien n'est plus universel que ce sentiment. Et en seulement 20 courts épisodes et deux saisons, Master of none réussit à s'imposer comme l'un des plus brillants éloge de la normalité.

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