Ma J-Call Girl...

Avis sur Puella Magi Madoka Magica

Avatar toma_uberwenig
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Oubliez vos préjugés sur les séries de Magical Girls! Ou plutôt non, ne les oubliez pas, car Madoka Magica réussit l'exploit d'inclure TOUS les archétypes de ce genre qui fut particulièrement populaire dans les 80's chez nous, Gigi ayant bercé ma jeunesse, Creamy ayant pris le relais quelques années plus tard (mais j'étais déjà un peu trop vieux), et Sailor Moon ayant posé les standards de la magical girl moderne (et en bon post ado teigneux, j'ai bien entendu détesté Sailor Moon, méprisé cette série (sans avoir pris la peine d'en mater un épisode, évidemment) (mais bon, merde, c'est Sailor Moon, c'est forcément caca!).
Donc oui, Madoka Magika respecte le cahier des charge (on aura même droit à la petite séquence de nudité propre aux transformations sexy de Gigi et Cie, ici utilisée à contre emploi, dégagée de son voyeurisme un peu pervers), mais fait en fait bien plus que ça, et élève celui-ci au rang d'archétype maîtrisés avec finesse et sensibilité, osant la transposition audacieuse, expliciter la noirceur sous-jacente de ces séries...
J'en vois certains qui ricanent au fond de la classe, là, quand je cause de noirceur! J'invite ces garnements dubitatifs à allez jeter un coup d'oeil à la fin de Gigi (ou regarder l'épisode du Joueur du Grenier sur les DA pour filles), prendre une douche froide tout habillés en répétant la bave aux lèvres "pourquoi...pourquoi...", et revenir me voir.

Car oui, ces séries ont une part d'ombre, de violence, plus ou moins explicite, plus ou moins présente, mais néanmoins bien là. Et les créateurs de Madoka Magika l'ont parfaitement assimilée, magnifiée et repositionnée au sein de l'équilibre entre ces fameux archétype, redéfinissant les relations qu'entretiennent ces derniers.

Néanmoins, on a toujours la jeune fille choisie de façon arbitraire qui hérite de pouvoirs magiques. Ces pouvoirs sont, comme le veut la coutume, délivrés par un être extraterrestre choupinet à l'allure de peluche. L'héroine de la série vit dans une famille en or, avec la mère en tant que modèle de femme forte, le père au foyer (portant souvent le tablier, ce qui n'est pas sans évoquer quelques souvenirs émus aux vieux briscards comme moi), une maison trop grande pour être vraie, et une scolarité exemplaire.
Là encore, transposer ces archétypes dans un futur proche est une excellente idée, offrant un goût d'utopie/dystopie proto totalitaire vraiment intéressant, avec la mère qui se bat pour gravir les échelons de la société, l'école ultra moderne où tout est trop propre et trop rangé pour être vraiment sain, des éléments futuristes qui passent avec finesse, sans emphase excessive (le cinéma d'anticipation à l'américaine devrait en prendre de la graine!) comme simplement un tableau blanc tactile, des panneaux d'affichage dynamiques disséminés discrètement...etc.

Les magical girls ont pour but de combattre les sorcières, source d'à peu près tous les maux, des sortes de vampires se nourrissant de la détresse des humains. Suicides, catastrophes naturelles, généralement un coup des sorcières.
Si ce pitch a l'air simpliste, ne vous y trompez pas, le scénario réussit vraiment à transcender les limites du genre pour offrir un drame épique parfaitement maîtrisé. Car les magical girls ont elles aussi leur part d'ombre, et le petit gugusse extraterrestre tout choupinet au regard vide en sait bien plus que ce qu'il ne laisse paraître...

D'ailleurs, petite parenthèse, la façon dont la peluche vivante propose les pouvoirs aux magical girls évoque très directement le pacte avec le diable, de façon quasi explicite. Et là encore, on retrouve un élément sous-jacent des séries de Magical Girls mais rarement traité frontalement, le fait que celles-ci se retrouvent quand même plus ou moins manipulées par un créature qui leur dit "allez hop, maintenant on combat le mal!", transposé avec une maestria toute particulière.

Mais s'il n'y avait que le scénario qui tient ses promesses, ça resterait un peu léger. Or, formellement, c'est tout simplement une vraie claque. Les sorcières sont des êtres incorporels protégés par des labyrinthes issus des cauchemars de Lewis Carrol, maniant les styles graphiques avec justesse, de l'animation classique à l'utilisation de la craie grasse en poussant jusqu'au cut up et à l'impressionnisme, expressionnisme et surréalisme.
Les combats, en plus d'être épiques, sont esthétiquement un régal pour les yeux, et l'on jongle d'un style à l'autre en fonction des besoins narratifs. On ne tombe donc pas dans le "plein les yeux pour pas un rond", mais là encore, c'est fait avec une certaine finesse et une justesse particulièrement en place.

Alors forcément, un tel dithyrambe, ça crée des attentes potentiellement nuisibles, promettre la perfection fait bouder l'excellence, je sais.
Mais en même temps, je me suis pris une vraie claque avec cette courte série, et c'est donc sans réserve que j'ai décidé de la conseiller, en tentant de partager avec vous l'intensité de la dite-claque.

Mais bon, tout n'est pas rose en ce monde magique. En effet, le chara design pourra en rebuter, certains reprocheront le manque de finesse du trait, la rondeur approximative des visages. J'ai eu personnellement de la chance, j'ai accroché, ou du moins je n'ai pas été rebuté par ce dernier, qui reste finalement accessoire, tant la beauté de la série se trouve ailleurs. Et malgré ses limites, il reste fonctionnellement suffisant pour faire passer les émotions fortes qui traversent la série et ses protagonistes, et au service d'une animation soignée.

L'autre point qui peut rebuter, c'est le personnage principal. Archétypal, comme il se doit, avec une voix translucide, souvent larmoyante, animé de desseins trop purs, elle est par moment ravalée à sa dimension la plus strictement fonctionnelle, servant dans ces moments de faire-valoir pour les personnages secondaires autrement plus intéressants, et un scénario s'articulant (en apparence) autour d'elle.

Mais avec un peu d'empathie et parfois de patience, vous aurez droit à une série à plusieurs niveaux de lecture, tant sur le plan esthétique que dans son propos, et tout bonnement une des meilleures séries de ces dix dernières années.

Et comme cette critique est déjà longue comme le bras, je laisse à d'autres l'analyse d'un des thèmes centraux de cet anime : le passage à l'âge adulte, la perversion de l'innocence, la prise de responsabilité face à ses actes, ces thèmes étant non seulement abordés frontalement, mais aussi de façon oblique... En dire plus relèverait du spoil, je me tais donc à contrecoeur ici, pourtant, là encore, c'est joliment fait, avec des éléments exprimés au premier degré s'avérant à terme des métaphores poétiques.
On pourrait aussi parler de la place prépondérante de la communication, de ses affres, du poids du non-dit.
Oui, on pourrait. On devrait même, mais bon, j'ai la flemme, alors matez moi cette série vite fait, point barre! Non mais!

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