« Jobs was a poser. He didn't even write code. »

Avis sur Silicon Valley

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Saison 1

Si on connait surtout HBO pour ses excellents dramas, on a tendance à oublier la programmation comique de la chaîne.

Composée entre autres de Girls, Veep, Enlightened, Entourage, Kenny Powers, The Comeback ou encore Getting On, leurs comédies ont toujours su se révéler bien décadentes ou ambitieuses à défaut de réaliser des audiences hors du commun. Avec la fin d'Entourage il y a presque trois ans, HBO perdait sa comédie phare, et aussi la plus longue, et depuis essayait avec beaucoup de peine de lui trouver un digne successeur - si Girls et Veep ont su remplir partiellement ce rôle, elles n'arrivaient pas à la cheville des scores de la série de Doug Ellin. Lancée après Game of Thrones, Silicon Valley, en plus de posséder un lead-in puissant, avait l'air de proposer de nombreux points communs avec Entourage : bande de potes, les suivant en train de percer dans leurs "industries" respectives (d'un côté Hollywood, de l'autre la Silicon Valley), le fait que les audiences soient les plus élevées pour une série HBO depuis la fin d'Entourage n'était au final pas vraiment une surprise.

Ce qui surprend directement au contact de cette première saison, c'est l'aspect ultra-satirique de Silicon Valley. Tournant en ridicule les Google, Microsoft et autres Steve Jobs, la série prend un malin plaisir à déconstruire ces gourous et ces sectes 2.0, se permettant à la fois de livrer un spectacle réjouissant et hilarant mais aussi profondément intelligent et ancré dans son époque. Silicon Valley c'est le versant drôle de The Social Network, aux styles radicalement différents mais à l'ambition commune : celle de peindre avec un réalisme parfois déconcertant la sphère interneto-informatique. Ecriture dynamique, alliant comédie lourdingue dans la droite lignée d'un Kenny Powers, et dramédie bien cynique à la Enlightened, on regrettera quelques épisodes un peu en dessous, mais l'ensemble est plus qu'admirable : on ne s'ennuie pas une seconde devant Silicon Valley.
Autre gros point fort du show : son casting, qui crève complètement l'écran. Mention spéciale à T.J. Miller, à Martin Starr et au regretté Christopher Evan Welch. On sent une alchimie qui rappelle celle des premières saisons de The Big Bang Theory. Et malgré cette analogie, la comparaison entre les deux séries est loin d'être évidente, et même plutôt absurde, tant leurs fonds et leurs formes sont radicalement opposées en tout points.

Silicon Valley c'est donc l'une des très bonnes surprises de cet excellent début d'année 2014. On est vraiment ravi que la série ait su trouver son public aussi rapidement - drôle, méchante, absurde, ambitieuse : on aura rarement vu la Silicon Valley ainsi dépeinte, et l'impatience de retrouver dans un an l'équipe au grand complet de Pied Piper se fait déjà sentir. Puis bon, les comédies HBO, c'est pas long, ce serait dommage de faire une croix dessus.
★★★★★★★☆☆☆

Saison 2

Si les formats courts HBO qui, dans un premier temps, sont de vraies comédies et qui, dans un second temps, font vraiment rire, sont une denrée de plus en plus rare, on peut déceler une certaine constante à partir des quelques œuvres qui réussissent ces deux tests : le plus souvent, ce sont des séries à l’humour bien vulgaire, proposant un message ou une satire en filigrane d’une finesse inattendue. Si la première saison de Silicon Valley était déjà une réussite indéniable, on attendait son second acte avec une impatience non camouflée : cette année, il fallait aller encore plus loin.

Et Silicon Valley a fait exactement ce qu’on attendait d’elle. Ce qui est fascinant à son propos, en dehors de ses situations hilarantes, c’est son intelligence assez inédite. Car Silicon Valley ce n’est pas un show superficiel sur un groupe de geeks asociaux comme ont pu le faire The Big Bang Theory et The It Crowd, loin de là : en s’inscrivant dans une logique économique purement contemporaine (essor des start-ups, influence des géants du web, monde parallèle de Palo Alto…) avant d’écrire des situations, Silicon Valley est une série qui parle de son époque, de ses acteurs, et ceci avec une subtilité délectable. C’est parfois un simple détail, une petite référence – comme cela est fait dans l’excellent écran-titre – ou même une scène toute entière à la limite de la parodie. C’est là qu’elle se démarque d’Entourage à laquelle on l’a souvent comparée – plus incisive, moins complaisante, moins fantasmée. Dans Entourage, les personnages étaient des idiots (involontaires) sympathiques, dans Silicon Valley, quand ils ne sont pas des sociopathes manipulateurs, ce sont des abrutis finis.
On se croirait parfois dans South Park, sauf que contrairement à la célèbre série animée, Silicon Valley construit une continuité et par extension une certaine forme d’attachement à ses individualités, desquelles respirent une forme d’humanité. Le génie de cette saison 2, c’est d’avoir su plus que jamais allier différents niveaux de finesse dans son humour, d’avoir su approfondir ses thématiques sans qu’elles n’envahissent la narration.

C’est à ça que l’on reconnaît les grandes séries, cette capacité d’allier plusieurs objectifs – ici la réflexion et le pur divertissement – sans qu’ils interfèrent entre eux. Tout simplement une leçon d’écriture, l’une des séries les plus drôles en diffusion, portée par un casting dévastateur. Un indispensable.
★★★★★★★★☆☆

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