Etre maboule dans un monde qui va mal, c'est pas de la folie, c'est signe de santé mentale !

Avis sur The End of the F***ing World

Avatar RaphGaga
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Je m'appelle James. "J'ai 17 ans, et je suis à peu près sûr d'être un psychopathe". Dès sa toute première réplique, cette série marque son territoire. Il s'agit en fait d'une série mariant à la fois drame et comédie, d'une série sombre, noire, voire sordide. Et s'il faut un peu de temps pour s'habituer à son ambiance franchement déroutante, la série finit inexorablement par nous séduire. En effet, époustouflante dès le départ, cette série suit James et Alyssa, deux adolescents anglais, mal dans leur vie, qui se lancent dans un road trip romantico-macabre. Entre eux, les sentiments amoureux vont grandir, en même temps qu'ils vont se découvrir, qu'ils vont évoluer ensemble. De plus, à travers ce road trip on sent entre James et Alyssa émaner le parfum du désir profond, de la passion, de la complicité, d'une adolescence mélancolique, d'où jaillit des baisers glacés, on y ressent également l'adrénaline, le plaisir, l'excès, bref, la volonté de vivre une vie inoubliable, remplie de sensations fortes. Dans un road trip ayant le gout de la cigarette, du whisky coca, des hamburgers, des frites, puis, des bananas splits avec de la chantilly, du chocolat, et des fraises en supplément. Disons-le tout de suite, les deux premiers épisodes sont géniaux, agréablement surprenants. D'un côté, on y découvre un jeune garçon de 17 ans, qui ne ressent rien, ne veut surtout rien ressentir, prend son pied à massacrer des animaux, et planifie dans sa tête un nouveau Colombine, dans son bahut. De l'autre, on a une jeune fille rebelle sans limite, incroyablement perturbée et clairement dépressive. Dans un univers où tout est bien évidemment de la faute des parents et plus généralement des adultes, qui abîment leurs enfants de toutes les façons imaginables. Du pédophile au violeur en série, en passant par l'infâme beau-père, rien n'est épargné. Alors au milieu de cette galerie de personnages lugubres, on reste sans voix. Mal à l'aise. Dans un malaise palpable. Oui, il s'agit d'une série dérangeante, comme on en rencontre rarement. Mais, elle est excellente et je vous la conseille vivement, d’autant plus qu’avec ses 8 épisodes de 20-30 min, c'est une série courte, pratique à regarder, si efficace dont il ne faut perdre aucune miette. Car la série est un véritable chef d’œuvre cinématographique : Une romance drôle, épique, sublime, mais très borderline, entre deux ados barrés, marginaux, et assoiffés de liberté, qui, à l'issue de leur fugue vont s'aimer, se détruire, jusqu'à apprendre à mieux se connaitre eux mêmes. Ces deux adolescents qui fuient le monde, ce sont alors James (Alex Lawther) et Alyssa (Jessica Barden). Le premier comme dit précédemment, ne ressent aucune émotion, à tel point qu’il est persuadé d’être un psychopathe, il cherche à tuer quelqu'un au hasard pour le plaisir. La seconde à l’inverse est une adolescente à problème (et très légèrement nymphomane, au sens médical du terme) doublée d'un inarrêtable ouragan de vulgarité, océan de provocation, d'antipathie, qui veut retrouver à tout prix son père. Elle déteste (tout) le monde, mais surtout sa mère, parfaite reine des hypocrites, mariée à un homme sadique et méprisant, un peu trop porté sur le physique de sa belle-fille. Alyssa remarque James au lycée et réussit à le convaincre de fuir avec elle. Il accepte ainsi de la suivre convaincu que cette fugue lui fournira une occasion de la tuer. Avec son physique étrange et sa voix douce ici Alex Lawther symbolise un excellent choix de casting. Porte parole d'une génération maudite, si vous avez peur en suivant cette série de tomber sur un récit sucré, immature et inoffensif à la réalisation soft, mignonne, vous allez avoir une grosse surprise, voire même une grosse claque en matant cette série. C’est la très grande qualité de la série : elle n’a jamais froid aux yeux. Son image est aussi magnifique, riche en contraste, série aux couleurs patinées, cherchant à imiter ce coté vintage des années 50-60, notamment avec sa superbe playlist où se mêlent les titres de Skeeter Davis,de Bernadette Carroll, de Janis Ian, ou encore de Brenda Leen. De plus, la réalisation sobre de cette série, avec des plans fixes bien composés, mais sans retouches, rendent fidèlement compte de la violence subie par les deux protagonistes tout en leur témoignant une profonde sympathie .Ce sont des gamins paumés, rêveurs, attachants, émouvants, vivant en chacun d'entre nous leur enfance, leur désir d'évasion, de liberté. Ainsi, contrairement à ce qu’on pouvait redouter au vu du trailer, le récit ne fait aucune concession, ni à la romance mielleuse, ni à la tuerie sanglante. Le monde d’Alyssa et James est âpre et dur, et la série cache, derrière son récit à l’apparence mignonnette et gentiment trash, la magistrale démonstration que nos deux marginaux sont avant tout des victimes d’un monde pourri dans lequel les adultes sont au mieux tristement médiocres et au pire atrocement pervers. Un monde de merde en somme. La série, road-movie en soi, est également le récit de passage à l’âge adulte, il s'agit d'une transition, d'une métamorphose, celle de la chenille devenant un magnifique papillon, mais éphémère car se brulant les ailes. Mélange fonctionnant très bien : à la traditionnelle mélancolie du désenchantement du monde propre au teenage movie se conjugue la noirceur et le pessimisme du road-movie. Dans cette optique, le constat final y est chaotique : Plus les personnages grandissent, plus le peu d’innocence qu’il leur reste est brutalement arrachée, ce qui les enfonce d’autant plus dans leur fuite en avant d’un monde de merde. Pris dans cet engrenage, leur situation ne fait qu’empirer, jusqu’au tragique final. Finalement, cette unique saison se suffit à elle-même et achève un très beau récit basé et émouvant sur la fin de l’innocence dans un monde tellement horrible qu’y avoir 18 ans et passer officiellement à l’âge adulte revient à être fauché en pleine course vers l’infini par le choc d'une balle de sniper. Incontestablement, cette série est une vraie bonne surprise cinématographique dans laquelle Jessica Barden et Alex Lawther sont excellents, dans deux styles différents. Barden y offre un jeu d'acteur exubérant, insolent, tandis que Lawther y excelle en psychopathe auto-proclamé. Il est très fort, car commençant la série sans émotion, taciturne, il finit la série en beauté, en nous donnant le sourire.

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