"We Are Living Reminders" - Fulgurance d'émotions démiurges

Avis sur The Leftovers

Avatar Victor Galmard
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Les protagonistes et anti-héros de cette prodigieuse série créée par Damon Lindelof sont les délaissés, ceux qui restent ayant perdus des êtres chers qu'ils aimaient. Ici c'est leurs sentiments de deuil même parfois de culpabilité qui sont explorées. La foi dans The Leftovers est capitale. Qu’elle passe par la religion (Matt, le révérend) ou par une vision du monde qui déplaît à certains et qui fascine d’autres. (The Guilty Remnants, Holy Wayne) « Nous croyons à l’existence d’une entité métaphysique transcendente car cela nous conforte » Certains s’oppose à cette maxime et d’autres sont complètement dans ce cas de figure. La foi du Révérend Matt Jamieson, L’agressivité et la folie du shériff Kevin Garvey, la recherche de souffrance de Nora Durst, les actes inconsidérés de Jill Garvey, le monde s’écroulant autour de Tom Garvey en raison de la voie qu’il a suivi, les choix déchirants et dangereux de Laurie ou encore le sentiment démiurge de Wayne. Tous ces différents chemins ont en commun de se demander de quelle façon vivre quand tout semble insensé, quand vous découvrez que votre vie ne rime à rien, qu’elle est d’une importance minime à l’échelle de la vie?
Chaque épisode est une entrée intime dans la tête et le cœur d’un personnage ou de plusieurs personnages pour y constater les dégâts commis après le 14 Octobre. La mise en scène de ces épisodes fascine, s’éloignant des codes narratifs habituels des Séries US, déstabilisant et empoignant le spectateur l’invitant à contempler le chaos de Mapleton. The Leftovers n’appartient pas à un style particulier que ce soit science-fiction ou drame: c’est une série qui passe par ce que l’on ressent, The Leftovers est d’une émotivité unique, sincère et pure, entourée par une aura sibylline qui pose le problème de la vie et de la mort, du deuil impossible rongeant toutes nos pensées. The Leftovers reste dans une réflexion philosophique constante cristallisée par la force de l’image de Pter Berg et la musique de Max Richter.
The Leftovers avance grâce à ses personnages, l’arc narratif sert de point de décor, un point d’ancrage pour laisser s’exprimer toute l’émotivité du protagoniste en scène, c’est par ce caractéristique que cette série diffère de Lost qui, elle, reposait sur un équilibre fragile qui pouvais voler en morceau à chaque épisode. Il est alors inutile de penser que les lentes mise en scènes n’ont aucun sens, cette lenteur est un fabuleux goût pour le silence, les regards et les métaphores visuelles, une narrativité transpercée par des fulgurances prodigieuses qui me crève le cœur personnellement. Après un final controversé de Lost, le démiurge Damon Lindelof utilise son expérience pour laisser le doute planer, il offre un point de vue interne qui participe à la connexion extra-diégétique entre le spectateur et les personnages, The Leftovers n’est pas une enquête pour trouver des réponses, c'est un voyage initiatique qui touche à la sensibilité de chacun, qui bouleverse par son réalisme et émerveille par l’expérience intérieure qui traverse chaque spectateur. The Leftovers n’est pas quelque chose qu’il faut essayer de comprendre car vous passerez à côté de l’émerveillement qu’est cette série. Cette série est un cristal, l’image renvoyée, l’image que l’on perçoit est subjective, et les sentiments jaillissent, explosent, nous honorant d’un voyage d’une intensité jamais perçu sur la Télévision US. On pourrait prendre en exemple la scène du dernier épisode entre Wayne et Kevin, qui me bouleverse à chaque visionnage.
Et puis il y a Max Richter, un compositeur de génie qui mériterait une gloire éternelle. En charge de la bande originale de Valse avec Bachir, les rêves de Ari Folman ou les scènes du massacre libanais était accompagnée d »une composition tellement lisse et rude à la fois, tellement triste et pleine de colère. Ici, il compose des thèmes flirtant avec le même ton que dans le film d’Ari Folman. Extrait de son album Memoryhouse, chaque magnifique composition symbolise idéalement la tristesse mélancolique et cristallise les images de chaque épisode. On note, en outre, l’utilisation de chansons parfaitement placées par Max Richter à travers la série, comme un remix exceptionnel de Nothing Else Matters de Metallica durant le Season Final, ou encore Take me to Church de Hozier et Retrograde de James Blake.
Je pense personnellement que Justin Theroux commençait à se perdre, après sa collaboration magistrale avec David Lynch pour Inland Empire et Mulholland Drive, en passant par Parks and Recreation. ENFIN, il se remet sur pied, le rôle du Shérif Kevin Garvey, prouvant son talent indéniable. Il maîtrise tellement ce rôle qu’on a l’impression qu’il aurait pu être écrit pour lui, sa performance est hypnotique par son charisme, sa vraisemblance et sa sensibilité. Aussi, Amy Brenneman (Amy, Private Practice) possède le rôle le plus compliqué à jouer, mais elle s’en sort idéalement, son visage est une mosaïque d’expressions, et quand elle utilise sa voix, ce n’en est que plus beau, une belle révélation. Le grand Christopher Eccleston joue ici un révérend en difficultés financières à cause de son église et émotionnelles posant sa foi inébranlable malgré les événements et sa femme victime d’un accident. Le troisième épisode se centre sur son personnage, la mise en scène, la symbiose émotionnelle est à son comble, les épisodes sont tous magistraux mais les épisodes centrés sur les personnages de Nora, Matt et la famille Garvey sont inégalés. Liv Tyler prend de plus en plus d’importance, et assure un rôle bien mené. Pour ce qui est de Nora Durst, Carrie Coon est la révélation la plus captivante. Elle est d’une intensité jamais vu et explose dans l’épisode 6, dans un vacarme d’émotions grandiose. Enfin, deux jeunes talents prodigieux, Chris Zylka et Margaret Qualley, impressionne de maturité et d’émotion dans leurs jeux. Chacun avec leurs nombreuses qualités ils nous font nous attacher très vite et profondément. Chaque acteur rayonne, m’émeus profondément d’une façon que je n’ai jamais ressentie.

The Leftovers est la série la plus captivante que je n’ai jamais regardée. Elle me prend aux tripes, me fait souffrir, pleurer, sourire comme jamais auparavant. The Leftovers est d’abord une série pour adeptes de narration psychologique, mais aussi pour ceux qui aime ressentir des émotions qui transporte le cœur vers des paysages inconnus, émerveillant notre esprit ou l’assombrissant d’émotions qui nous brise le cœur. Il n’y a rien de comparable au format Télévision actuellement qui serait au niveau de The Leftovers pour l’émotion et la sensibilité ressentie. Je souhaite seulement que cette prodigieuse et magistrale série soit reconnue pour ce qu’elle est, une fulgurance d’émotions démiurges.

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