"(I would to be remembered) simply as the man who put a smile on the face of everyone he met."

Avis sur The Office (UK)

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Un jour qu'en interview, on lui demandait quelle était pour lui la clé de la réussite, Ricky Gervais a répondu :"Toujours parler de ce qu'on connait" et "rendre l'ordinaire extraordinaire".
C'est une règle qu'il applique depuis qu'il écrit et réalise des séries TV et on va bien finir par croire qu'il a raison.
Extras aborde le thème des acteurs, de la difficulté de se faire un nom dans ce milieu, mais aussi des concessions qu'on est prêt à faire auprès des chaînes de télé pour vendre une sitcom qu'on a créée.
Dans Derek, il met en lumière les petites gens, les personnes âgées des maisons de retraite et le personnel soignant qui leur est dévoué, plusieurs membres de son entourage proche travaillant dans ce domaine.

The Office, c'est son premier bébé et le plus célèbre. Ce bébé qui vous change la vie, la complique peut-être un chouia mais qui la rend tellement plus belle.
The Office, c'est au départ un exercice que doit effectuer Stephen Merchant, co-créateur et co-réalisateur de la série, alors qu'il vient d'être embauché par la chaîne de télé BBC. Jusque là assistant de Ricky Gervais, nouveau venu sur les ondes de radio locale, il doit réaliser, dans le cadre de son nouvel emploi, un petit film de quelques minutes. Gervais accepte de lui donner un coup de main et c'est ainsi que naît la toute première version de ce qui va devenir un phénomène planétaire, appelé pour l'occasion Seedy Boss : un patron insupportable, prétentieux, poseur, lourdingue, persuadé que ses employés l'adorent alors qu'ils ont le plus grand mal à supporter son humour bas de gamme.
La BBC sous le charme est prête à adapter en série télé, mais Gervais et Merchant sont catégoriques : Gervais jouera le rôle principal et ils co-réaliseront. Face à ces illustres inconnus ne manquant pas de toupet (très vieille expression des années 50), la chaîne refuse.
Bien que les deux individus continuent de travailler dessus, le projet est mis en stand bye. Pendant ce temps, Gervais anime sa propre émission de télé, The 11 O'Clock Show, et commence à se faire un nom.
Il n'y a plus de raison de lui refuser le lead acting de la série et l'épisode pilote officiel est diffusé le 09 juillet 2001, sur la BBC Two.

Vous vous demandez l'intérêt de raconter l'histoire de la création de la série ? 2 raisons :
- Ricky Gervais, tout comme David Brent, a été manager dans un bureau, après avoir fait de la musique et sorti 2 disques, tout comme David Brent, avec son groupe (et je le prouve). Retour donc à sa théorie sur le fait que parler de ce qu'on connait est la clé de la réussite.
- Andy Millman, dans Extras, vient vendre sa sitcom à la BBC, sitcom qui parle de son ancien patron. Il souhaite qu'elle soit diffusé sur BBC Two, avoir le rôle lead, sans rires enregistrés, sans public ... Sans jamais nommer le titre, les fans savent et jubilent.
C'est un des petits plaisirs des séries de Gervais et Merchant : l'interaction les unes avec les autres ! Croyez-moi, c'est jouissif ! Et si vous pensez qu'il m'en faut peu, je vous conchie bien cordialement !

Revenant à The Office, Merchant racontera bien plus tard que le lendemain de la diffusion du pilote, alors qu'il prenait le bus, il entend deux femmes discuter près de lui, au sujet de l'émission passée la veille à la télé, le "documentaire" sur la vie de bureau et ce patron insupportable. Et nombreux sont ceux qui se sont demandés s'il s'agissait vraiment d'une fiction, tant c'est convaincant de réalisme.
On tient là l'essence même de The Office et ce qui fait sa réussite : le parfait mockumentary.
La vie de bureau, telle que des millions d'anglais la mènent au quotidien avec le même casting, partout : le collègue lèche-botte, le collègue blagueur, l'histoire d'amour pleine de non-dits, les ouvriers pas bien malins, très portés sur les vannes salaces (je voulais écrire "de cul", mais je suis polie, putain !).
On aborde des thèmes pas bien intéressants mais qui se passent dans tous les bureaux du tous les pays du monde : les problèmes de budget, les licenciements, les restructurations, ...
Comme un vrai documentaire, les personnages sont pris à part par l'intervieweur et parlent de leur vie, leurs ambitions, leurs projets. Ils sont nous, ou beaucoup d'entre nous : ils sont là parce qu'il faut travailler mais aspirent à d'autres choses.

Et puis il y a David Brent donc ! Si tous les personnages sont intéressants et très bien travaillés, bénéficiant d'un casting impeccable (mention spéciale à Martin Freeman, alias Tim, le rigolo de service, et Mackenzie Crook, dans le rôle de Gareth, l'adjoint du manager, chefaillon de pacotille et victime privilégiée des blagues de Tim), David Brent est assurément le personnage fascinant du show.
Ancien chanteur, reconverti dans le monde de la papeterie, car n'ayant pas rencontré le succès escompté dans la musique, David est de prime abord antipathique. Son arrogance, ses manières, ses vannes foireuses, ses idées rétrogrades, ses remarques sexistes, homophobes ou racistes nous donnent envie de lui arracher les ongles avec les dents.
Mais comme tous les personnages créés par Gervais et Merchant, David est bien plus complexe et plus intéressant qu'il n'y parait. Il est humain, bon dans son travail, et on s'aperçoit vite que ce qu'il veut, au-delà d'être repéré par les caméras et devenir célèbre, c'est juste qu'on le trouve cool et être aimé.
Si les deux créateurs ne l'épargnent pas et lui font vivre les plus grands moments de solitude qui soient, durant 12 épisodes, une scène, chargée d'émotion, intense, nous frappe au coeur et nous fait oublier tous ses défauts. Il nous colle les larmes aux yeux et on espère de tout coeur le mieux pour lui.
On ne répètera jamais assez que les séries de ces deux gars offrent de merveilleux exemples d'ascenseur émotionnel et c'est encore une fois le cas ici. Brent nous horripile et la seconde d'après, nous touche.
Ricky Gervais offre une prestation fabuleuse et le monde fait connaissance avec un très grand acteur, bien trop sous-estimé. The Office le prouve et Derek le confirmera plus tard.

Si on juge de la qualité des séries TV par le nombre de pays dans lesquels elles sont diffusées, nul doute que The Office fait partie des plus grandes. Une centaine de nations ont acheté l'originale. Ajoutons à ce nombre les remakes, notamment en France (le Bureau, une purge), en Russie, en Grèce ou encore en Israël, la plus réussie étant la version US (parait-il vu que je refuse de la regarder). Soyons clair : The Office, c'est David Brent, point barre ! je ne veux pas entendre parler de Mickaël Scott, jamais !!
The Office est assurément une très grande série, écrite et réalisée par deux brillantes personnalités, qui nous raconte des banalités, mais d'une manière inoubliable.
Elle nous parle de la vie qu'on mène tous, nos hauts, nos bas, parce qu'elle est faite de ça, la vie.
Et comme le dit si bien David :

You just have to accept that some days you are the pigeon, and some days you are the statue.

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