Touche pas à mon despote !

Avis sur Touche pas à mon poste

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J'ouvrais péniblement les yeux aux sons d'applaudissements frénétiques et mécaniques.
J'étais assis au milieu d'un public bigarré, béat d'admiration devant ce qui se passait devant lui. Les multiples fragrances qu'exhalait cet auditoire de tout âges me montaient au nez.
Un mélange nauséeux de Chanel n°5 ou d'Eau de Cologne à la lavande mêlés à des odeurs d'aisselles moites et de pets froids me tournaient la tête.
Un homme debout devant nous, nous intimait l'ordre par de grands gestes énervés d'applaudir et nous nous mîmes à applaudir; ce même homme se mettait à huer par de grands "Bouh" vers le plateau et la petite troupe que nous formions se mettait à huer comme un seul homme en direction de ce même plateau.
Car oui, j'étais bien sur un plateau de télévision.
Les lumières blanches, violentes que les nombreux spots crachaient sur le plateau et sur les visages ébahis, m'agressaient et m'empêchaient de me concentrer sur l'émission en cours en face de moi.
La main sur les yeux, je parvins tout de même à fixer le studio. Des couleurs chamarrées, criardes, du bleu, du mauve, ça clignote, ça postillonne.
j'apercevais des silhouettes mouvantes autour de deux tables qui se faisaient face. Elles parlaient entre elles, s'invectivaient, agitaient les bras au-dessus de leurs têtes.
Tout à coup c'est l'odieux Maître Gims et son "Sapé comme jamais" de sinistre mémoire qui retentit dans le studio en un vacarme assourdissant. Le public s'énervait, chantait à tue-tête, se levant, tapant frénétiquement dans ses mains dans une transe malsaine. D'un coup les cris et les applaudissements s'intensifièrent: L'émission reprenait.

"C'est la deuxième partie de Touche pas à mon poste mes petits chéris.
Dans un instant on accueillera Gad El Maleh et Kèv Adams pour leur nouveau spectacle. Il y aura aussi Camille Combal qui viendra présenter son "Il en pense quoi votre frère ?". Mais pour l'instant on fait un triomphe à Bertrand Chameroy mes petites beautés !!".

TOUCHE PAS A MON POSTE ! CYRIL HANOUNA !! Que s'était il passé ?
Je me retrouvais seul, perdu au beau milieu de ce public conquis, hypnotisé par le nouveau roi de l'access-prime time: Le Dieu Hanouna !
Un peu apeuré par cette audience chauffée à blanc par les vannes "Hanounesques", je décidai de m'enfoncer dans mon siège et de me faire le plus petit possible afin de terminer l'émission sans la moindre embûche.
Je regardais effaré les échanges verbaux exagérés, les vociférations préparées et les colères mises en scène.
J'écoutais stupéfait les hurlements nasillards et stériles de Gilles Verdez qui s'en prenait violemment à un twittos qui avait osé faire une blague sur le rire forcé et énervant de Maître Hanouna., le traitant de lâche et lui donnant rendez-vous sur le champ pour lui casser la gueule.
Je contemplais ce duo de personnes âgés maltraités, les pauvres Thierry Moreau et le capillairement renaissant Jean-Michel Maire, ces journalistes médias vieillissants se faisant couper la parole toutes les dix secondes par les jeux de mots raffinés du patron de TPMP.
Je regardais le précieux Matthieu Delormeau exposé à la vue de tous dans un sublime string rouge et affublé d'une perruque "Polnareff Style" tentant d'imiter vainement Beyoncé et son Single Ladies tandis que ses petits camarades lui jetaient en riant des restes de sardines à l'huile.
J'entendais Enora Malagré et ses trente-cinq ans bien tassés cracher injures en argot de "té-ci" et autres assertions en verlan, se riant des "ieuv" de province passant leurs derniers instants devant France3 ou de ces "teupu" de télé-réalité trimbalant leur dix kilos de nibards sur les plages de Miami.
Les jeunes, les vieux, elle leur dit un gros "Fuck", Eno !
Le golden boy de D8 ponctuait chacune des interventions de ses chroniqueurs par d'énormes rires forcés et suraigus en allant taper dans la main moite d'un Jean-Luc Lemoine persuadé qu'avoir l'air sérieux lui donnait un air intelligent.

Les applaudissements résonnaient de plus en plus fort dans mon crâne. Les lumières crépitantes, les coups de gueules nasillards et préfabriqués "Verdeziens", les odeurs corporelles d'un public en transe et la bonne humeur outré et obligatoire de l'animateur vedette, me tournaient la tête. Je me sentais partir.
C'est sur une énième blague sur la taille du sexe de Jean Michel Maire que je tournais définitivement de l'oeil.

Quand j'ouvris les yeux, j'étais seul. Les lumières agressives s'étaient éteintes, les attaques sonores de Gilles Verdez et de Cyril Hanouna disparues et les violences olfactives de mes voisins transpirants oubliées.
Il me fallut quelques temps pour reprendre mes esprits. Je regardai ce plateau si calme, si serein sans l'équipe surexcitée du patron de l'avant-JT. Je me levai et me dirigeais vers le centre du plateau à la recherche d'une éventuelle sortie.
Je me faufilais vers les couloirs labyrinthiques de D8 et errais durant quelques minutes dans les coursives désertes.
J'étais perdu. Je tapais aux nombreuses portes que je croisais dans ma dérive mais personne ne répondait. L'immeuble semblait vide.
Alors que la panique commençait à me gagner, je vis au fond du couloir, dans l'embrasure d'une porte, un rai de lumière que je pensais salvateur.
Je m'approchais plein d'espoir quand j'entendis derrière la porte un hurlement monstrueux.
Je me figeais immédiatement de peur. Le hurlement recommença. Encore tremblant je pris mon courage à deux mains et décidai malgré tout de m'approcher.
J’entrebâillai doucement la porte et tombai sur ce qui semblait être les loges cossues de TPMP.
Là je vis dans une mare de sang le jeune et frais chroniqueur qui monte: Le moyennement drôle Bertrand Chameroy. Je voyais le bellâtre à la beauté juvénile se rouler par terre dans son propre sang en se tenant la main droite, poussant des cris de putois face aux autres chroniqueurs tremblants et les yeux baissés.
J'aperçus au sol un marteau maculé de sang. Mon coeur se mit à s'emballer et semblait vouloir jaillir de ma poitrine. Je tremblai de tout mon corps.
Soudain la silhouette gracile de Cyril Hanouna apparut lentement dans la pénombre au fond de la pièce.

-" Alors ma petite beauté ? Elle t'a pas fait marrer ma blague sur les boulettes de tata Rachel ?"
-" Si Cyril, si !"
-"Alors pourquoi tu n'as pas ri ?"
-"J'ai souri, Cyril !"
-"Sourire n'est pas rire ma petite beauté."
-"C'est surement parce que tu avais déjà fait la vanne la semaine dernière et j'ai cru que..."
-"CE N'EST PAS UNE PUTAIN DE RAISON ! ! !"
-"Je...Je..."
-"Mokhtar occupe-toi de sa main gauche !"
-" NOOOOONN..!!"
Mokhtar se saisit du marteau ensanglanté et l'abattit violemment sur la main gauche de Bertrand. Celui-ci hurla une nouvelle fois de douleur et s'évanouit presque instantanément.
Les chroniqueurs de l'émission, alignés comme des enfants contre le mur de la loge, étaient terrorisés et n'osaient croiser le regard du nouveau Parrain de D8.
Hanouna faisait des va-et-vient devant ses collaborateurs en les regardant d'un oeil noir.
-"Y en a t-il encore parmi vous qui ne trouvent pas mes vannes, sur les boulettes de Tata Rachel ou sur le zguèg de Jean-Michel Maire, drôles ?
-"Non Cyril, personne !" s'écrièrent en choeur la bande à Hanouna.
-"Vous voyez ce qui arrive quand on fait sa forte tête ? Mmm ? ICI ON RIT !
On ne cherche pas à comprendre, ON RIT ! Nom de Dieu !
Vous n'êtes pas des journalistes ou des animateurs. Ici vous n'êtes rien !
Des personnages, des sketchs, seulement des caractéristiques.
Vous êtes le pif énorme de Gilles Verdez, la pseudo grosse bite de Jean-Michel Maire. Vous êtes l'homosexualité de Matthieu Delormeau, les fausses indignations d'Enora Malgré ou la sénilité présumée d'Isabelle Morini-Bosc.
Vous n'êtes RIEN ! Vous comprenez ? RIEN !
Des caractéristiques. Juste des PUTAINS de caractéristiques ! ! ! C'est pigé ? "
-"OUII !"

Cyril Hanouna se retourna brutalement et alla rejoindre au fond de la pièce Mokhtar, qui lui tendait son manteau de fourrure. Il enjamba le pauvre Bertrand Chameroy encore à terre en ajustant son col de zibeline et disparut par la porte de derrière en pointant du doigt une dernière fois son équipe terrifiée.
La porte claqua violemment derrière lui.
Une fois le despote de la bonne humeur partit, l'équipe entière encore tétanisée par la peur, se mit à pleurer. Certains firent une crise de nerfs, tandis que les autres allèrent porter secours au pauvre Bertrand Chameroy encore inconscient.
Effaré par ce que je venais de voir, je reculai de mon poste d'observation en évitant de faire le moindre bruit. Je me mis à courir dans les couloirs surchauffés de D8, quand hors d'haleine je trouvais enfin une issue de secours.
Dehors ! Enfin ! Je tentais comme je pouvais de reprendre mon souffle et de calmer mes nerfs mis à rudes épreuves par les événements de cette étrange journée.
Je m'assis sur le bord du trottoir pour récupérer mes esprits et réfléchir aux suites à donner à cette histoire, quand de l'autre côté de la rue je vis une limousine noire sortir du parking privé de la chaîne.
Un jeune garçon muni d'un calepin et d'un stylo attendait la sortie du véhicule. La voiture de luxe s'arrêta à sa hauteur et la vitre teintée descendit doucement.
Le jeune garçon fébrile tendit son carnet et son stylo. Cyril Hanouna assis dans la limousine regarda longuement le garçon en opinant de la tête d'un air satisfait.
Il signa son carnet d'un bel autographe où il remerciait sa "petite beauté" de le suivre assidûment. Il lui promit également une superbe console de jeux en cadeau de sa fidélité et lui pinça fortement la joue en éructant d'un rire forcé.
Il regarda l'enfant une dernière fois, remit ses lunettes noires sur son nez, remonta sa vitre teintée et claqua des doigts pour faire repartir la limousine.

Le jeune garçon, encore ému de sa rencontre avec Cyril Hanouna, regarda son carnet et lut à haute voix la dernière phrase de l'autographe de son idole:
« Et n'oubliez pas que la télé ce n'est que de la télé. »

Illustration illustrative by Ricky Grayson.

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    Arrêtes de te faire mal aux yeux avec cette télé à la con. Tonton ZeBig souffre pour toi, mecton !

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