Beyond the sycomore trees / Série entière

Avis sur Twin Peaks

Avatar Soma96
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L'annonce d'une suite par David Lynch en 2017, sa moyenne stratosphérique sur SensCritique, des conseils amicaux... Les raisons furent multiples pour que je me plonge dans la série culte qu'est Twin Peaks. Autant vous l'annoncer tout de suite: je m'apprête à contredire ce statut qu'arbore la série: s'il est indéniable qu'elle a su rassembler des millions de personnes derrière leur écran et qu'elle est plutôt bonne globalement et objectivement, son étiquette de chef-d'oeuvre télévisuel s'avère à mon goût franchement exagérée.

Je pense que c'est l'appréhension liée aux notes énormes qu'affichaient les épisodes de la série, qui m'a fait placer, tel Jean-Vincent, la barre de mes attentes trop haut, et fatalement, m'a déçu. Le pilote, pour commencer, annonce d'entrée la couleur: on est directement plongés, à la force d'un épisode d'une heure et demie, dans l'univers si pittoresque et si convivial de Twin Peaks. Le pilote d'une heure et demie, que dis-je; le simple générique, l'un des plus beaux qu'il m'ait été donné de voir, suffit à en prendre plein la vue, suffit à condenser ce qui fait la force de Twin Peaks: son ambiance, son atmosphère, presque familiale et légère, contrastant avec l'intrigue principale, sombre et mystique, et désignant la série comme une sitcom d'un nouveau genre. Mais j'en reparlerai plus tard.

Les épisodes passent et ne se ressemblent pas. Malgré quelques clowneries agaçantes de personnages comme Lucy et Andy (qui devient le personnage le plus détestable de tous les temps, juste devant Adolf Hitler et juste derrière les gens qui mettent 5 à Blade Runner), l'intrigue principale est réellement plaisante à suivre, et Lynch maîtrise son sujet: du mystique à volonté comme il sait le faire, distillé dans une atmosphère légère rendue en partie par la gaieté du personnage de Dale Cooper, et par les agissements de ce dernier (je pense notamment à l'épisode du cassage de bouteille pour retrouver le meurtrier).

Car, au cas où vous auriez cliqué sur cette critique sans rien connaître de Twin Peaks, sachez que l'intrigue de base est simple: Laura Palmer, jeune femme ravissante, est retrouvée morte nue sur le bord d'un lac un matin. Le Shérif Harry Truman et l'agent du FBI Dale Cooper sont alors mis sur coup pour mener l'enquête, bientôt rejoints par toute une galerie de personnages au moins loufoques. Certains tenteront de mener leur propre enquête de leur côté, certains continueront leur vie de leur côté, ne souhaitant rater pour rien au monde "Invitation to love", la sitcom fictive de Twin Peaks qui réalise ainsi une certaine mise en abyme. D'autres personnages, encore, s'avéreront totalement mystiques du début à la fin, apportant à Twin Peaks un charme surréel.

Twin Peaks est une sitcom. Les petites intrigues qui éclateront ça et là entre les divers personnages aménageront, dans la première saison, une atmosphère légère tout à fait appréciable. Mais dans la seconde saison, le nombre d'épisodes ayant été triplé, c'est malheureusement ce genre d'intrigues qui seront mises sur le devant de la scène, aux dépens de l'intrigue principale, jusque-là bien plus passionnante. Globalement entre l'épisode 10 et l'épisode 20, j'ai vu les notes que j'attribuais aux épisodes chuter de 7/8 à 5, tant la niveau avait chuté, Twin Peaks se contentant de ressasser les mêmes intrigues sans intérêt de personnages agaçants et/ou kitschs: pour cela je nommerais Nadine, que j'ai eu envie d'éborgner de nouveau plusieurs fois, Donna, qui mérite réellement des coups de genoux sur les tous derniers épisodes tant son inutilité chronique contraste avec la pénibilité de ses caprices, Hank, qui restera un vieux beauf en jean délavé qui lance un regard caméra par épisode, et enfin James, dont les aventures dans la seconde moitié de la deuxième saison ne m'ont aucunement passionné. Je parlerais volontiers de nouveau d'Andy et Lucy, mais ce serait de l'acharnement (d'ailleurs gagnons du temps: non, Lucy n'est pas jolie, contrairement à ce que j'ai pu lire ailleurs, et bien sûr que SI sa voix est l'une des choses les plus agaçantes au monde, ex aequo avec un épisode de Once Upon a Time). Non, je vais plutôt parler de Lynch, qui a eu le génie de nommer le personnage trouble-fête un peu concon de la deuxième saison "Dick". Merci, David. Rien que pour ça, je pouvais pas descendre en-dessous de 7.

Je tape sur ces intrigues qui pullulent bien trop dans la deuxième saison, mais je suis parfaitement conscient que le choix de Lynch a dû être justifié à un moment donné: peut-être (espérons) est-ce pour des raisons d'audience que les intrigues de ménagère à la Les Feux de l'Amour ont été privilégiées. Je ne vois pas d'autre explication à cela: je pense que Lynch, vu le niveau qu'il montre sur certains épisodes, avait parfaitement conscience de ce qu'il faisait (y compris embrasser Shelly, petit coquin), comme peuvent le prouver les insertions régulières de "Invitation to love", qui montrent que Lynch a bel et bien compris les codes de la sitcom ordinaire. Je pense donc qu'ils jouaient avec ceux-ci, d'une part pour s'attirer de l'audience, et d'autre part parce que ça devait l'amuser.
En ce qui me concerne, je n'ai pas vraiment aimé *Twin Peak*s. Le premier connard qui va me lire va me dire "ui ms pk ta mi 7 alor ?" mais j'ai mes raisons. Twin Peaks, c'est d'abord un univers, comme je l'ai déjà dit. Et si j'ai parfaitement adhéré au côté sombre de la série, on voit, et particulièrement dans la deuxième saison, que le côté que Lynch voulait promouvoir était surtout le côté comique et sitcom, qui fait finalement corps avec l'univers. Et finalement, même si je me suis pris au jeu de m'immerger dans la série, je n'ai pas réussi à accepter les personnages tels qu'ils sont dépeints, et cela a joué dans mon appréciation de Twin Peaks. Evidemment, au-delà de cela, je comprends qu'on puisse apprécier la série (même si j'ai encore du mal à la voir comme un chef-d'oeuvre télévisuel). D'où mon 7, finalement.

Que reste-t-il à dire ? Les vrais seront d'accord avec moi, le harem particulièrement foisonnant dont s'est entouré Lynch pour Twin Peaks donne sacrément envie. Au-delà des personnages féminins et de leurs actrices, les acteurs sont eux aussi corrects, même si Kyle MacLachlan se détache largement du lot en incarnant Dale Cooper.

Twin Peaks enfin, c'est surtout une série fantastique. C'est vraiment cet aspect-là qui fit, à mon goût, le bonheur de la série: le fait qu'elle ait toujours un orteil posé sur la frontière entre le réel, le vraisemblable et le surnaturel, en mêlant les deux d'une manière qui fait qu'on a envie d'y croire. De la dimension onirique omniprésente à la narration éthérée si familière à l'oeuvre de Lynch, Twin Peaks dévoile un surréalisme planant et souvent déroutant. Si la saison 1 gère cet équilibre de la meilleure des façons, la saison 2, comme je l'ai déjà dit, à tendance à perdre en qualité, devenant très inégale: médiocre la plupart du temps, avec des éclairs de génie (je pense à l'épisode 7, où l'on apprend enfin qui est le meurtrier et où Lynch livre une scène terrifiante et poignante; et à l'épisode 22, un bijou de maîtrise technique de la lumière et du montage).

Les éléments mystiques de Twin Peaks peuvent apparaître saugrenus: des rideaux rouges, un nain étrange, une figure de la terreur incarnée par un vieil homme sale aux cheveux gras et à la gestuelle presque animale, sont autant de choses qui peuvent égarer tout discernement raisonné de la série. Mais justement: il ne faut pas chercher à comprendre les événements de Twin Peaks. Un peu à l'image de l'oeuvre du dramaturge Samuel Beckett, que j'ai découvert il y a peu, la série n'est qu'une succession d'événements qui échappent à tout déterminisme, à toute compréhension, à tout raisonnement qui permettrait de les comprendre, remettant en question la place du Sens dans l'oeuvre.

Même si le mystère est en partie éclairci par le préquelle Fire Walk With Me, réalisé deux ans après par David Lynch, Twin Peaks réussit le tour de force d'être une oeuvre cohérente tout en gardant ses zones d'ombre. Mais conservera-t-elle son charme si particulier alors que s'amorce le tournage de la suite ?

PS: RIP Catherine Coulson, la femme à la bûche, décédée aujourd'hui 29 septembre 2015.

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