A l'Ouest d'Adam … rien de nouveau

Avis sur Westworld

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Après l'épisode 1 (note 8)

Jonathan Nolan revient avec une série où lui et son équipe développent les thèmes qu'il aimait déjà dans Person of Interest. Intelligence artificielle, pouvoir caché, intrigues intriquées et … comédiens anglais. Pour le moment la réalisation est sobre, les scènes d'actions violentes et brèves et le scénario lance plusieurs pistes à la fois. Il arrive même à nous dérouter depuis le début, surtout si on a vu le film original. Il prend le pari d'aller à l'inverse de celui-ci, c'est à dire qu'il s'attache plus aux créateurs, administrateurs et surtout aux robots. Et étonnement aux rapport des robots entre eux. Le potentiel est là, reste à voir ce qui va suivre …

Après l'épisode 2 (note 8)

La série tient toujours ses promesses et possède même une touche qui fait penser au Prisonnier. Celui de 1967 mais également son mini-remake de 2009, surtout concernant son esthétique.

Après l'épisode 3 (note 9)

Après avoir installé l'ambiance pendant deux épisodes (à l'anglaise, n'est-ce pas Jonathan ?), la série commence à faire frémir l'eau de la casserole et à laisser de côté exprès certains personnages pour exploiter de manière plus appuyée telle ou telle piste. Elle répond donc à certaines questions mais épaissit le mystère en laissant des zones d'ombres sur d'autres. Pour le moment le scénario tire langoureusement les ficelles d'une intrigue qui fait du neuf avec du vieux. Prions pour que cela ne finisse pas comme Lost.

Après l'épisode 4 (note 9)

Remarque : le créateur du parc s'appelle Ford. C'est le même nom que le fondateur du Meilleur des Mondes, dans le livre du même nom. Cette série possède plusieurs références à d'autres œuvres de science-fiction ou d'anticipation.
De plus la série possède des dialogues qui parfois sonnent comme une réflexion philosophique. ils sont globalement simples et affutés.

Après l'épisode 5 (note 6)

Episode plus inégal qui fait référence de nouveau au film original et qui cligne de l'œil vers le Satyricon de Fellini. Et surtout une théorie en vogue sur le net, la théorie des différentes lignes temporelles, se vérifie de plus en plus. Ce serait vraiment une facilité d'écriture et dans ce cas la crainte qu'on se dirige vers un dénouement à la Lost est bien réel. Dans ce cas, on saura qui on doit remercier …

Après l'épisode 6 (note 6)

Toujours les mêmes craintes et toujours les mêmes qualités de production. Le scénario peine un poil à avancer tout de même.

Après l'épisode 7 (note 6)

L'histoire prend un chemin qui va être difficilement justifiable par la suite … Prions pour que cette série ne devienne pas comme Lost, car J.J. Abrams y participe et que J. Nolan peut tomber dans les mêmes pièges de tarabiscotage scénaristique.

Après l'épisode 8 (note 5)

Cela commence à partir dans tous les sens et à sentir le pâté goût Lost

Après l'épisode 9 (note 4)

Première épisode noté en dessous de la moyenne. En effet le personnage de Maeve est de moins en moins crédible. Ce qui se passe autour d'elle l'est tout autant. Sans parler du fait qu'au final on a de plus en plus l'impression que tout le monde se connaît. Par contre la théorie des différentes lignes temporelles est moins certaine car on voit Dolores en pantalon (et non pas en robe) dans l'église alors que l'homme en noir ouvre les portes. Mais peut-être rêve t-elle ? Il va falloir que le scénario fasse preuve d'inventivité pour me convaincre à nouveau. Qui vivra, verra.

Après l'épisode 10 (note 2)

Ce qui était craint est désormais avéré : JJ Abrams a un peu trop participé à la série. Un scénario mystérieux, poétique et avec des dialogues savoureux est devenu une histoire truffée de coups de théâtres à l'utilité discutable et surtout que la moitié de la planète Terre avait compris ! (voir § concernant l'épisode 5). Particulièrement s'agissant de cette fameuse double ligne temporelle …
Et franchement le coup de voir Dolores habillée en pantalon dans deux lignes temporelles différentes pour tenter de perdre le spectateur est une ficelle d'une facilité déconcertante et qui donne une impression de contradiction et d'incohérence trop forte pour être acceptable. Il y en a beaucoup d'autres, mais faire une liste serait fastidieux.
On peut légitimement se demander si Jonathan Nolan n'est pas tombé dans les travers de son frère ne laissant faire la production, voire les acteurs, comme ce dernier avait avoué le faire dans Memento.

Ah ! Signalons aussi la pire idée du scénario : le personnage de William qui est gentil et pur dans son cœur et donc met un chapeau blanc quand il arrive dans le parc et en repart en portant un chapeau noir après avoir pété un plomb. Réussir à faire plus simpliste que ce symbole relèverait de l'exploit ! Juste une idée au passage, et je ne prétends pas être scénariste, mais si au dernier moment Logan s'était libéré et qu'en fait c'était lui l'Homme en Noir, cela en aurait surpris plus d'un certainement.

La série semblait avoir l'ambition de reprendre des codes classiques, notamment du western, et les désamorcer mais en réalité elle s'y ancre en concoctant une série de personnages à la mode de nos jours : des femmes fortes, qui se révoltent et se battent mais ne sont pas crédibles, et particulièrement l'histoire de Maeve. Et ce pseudo-féminisme est contredit de suite par le fait que ceux sont deux hommes qui ont créé la parc. Dans le même registre pourquoi ne pas avoir fait tourner l'intrigue autour de personnage féminins plus âgés, d'une meilleure actrice, comme celui interprété Sidse Babett Knudsen ? Au passage, elle se fait assassiner parce que la pauvre a cru à l'amour ! C'est tellement éculé comme idée et processus de récit. Avec un humanoïde ou pas. Non, on préfère mettre une blonde, cela passera mieux. Mais on n'en fait rien, à part l'utiliser pour un énième coup de théâtre visible à trois kilomètres. Alors qu'au départ elle avait un rapport avec Alice. Il avait les prémisses d'un personnage ambivalent. Mais là, à part le fait qu'elle passe de "l'autre côté du miroir" en devenant consciente, il n'y aucune utilité à avoir fait cette comparaison. Et de plus sa conscience s'exprime de suite par la violence et le meurtre ! Sachant qu'elle y est poussée par son créateur ! Donc devenir consciente et continuer à être manipulé où est l'intérêt ? Est-ce une réflexion sur l'homme ?
Si c'est le cas la série n'est pas assez claire, trop stroboscopique pour que l'on comprenne quelle direction elle prend véritablement. Et dans le même ordre d'idées, que dire du classique "les créateurs meurent de la main de leur création" ?

Là aussi, la liste des interrogations serait longue, tellement l'incompréhension est grande, tant de pistes et d'idées sont inutiles, ne possèdent pas d'impact dans le scénario, ne participent pas à sa mécanique.
Enfin les dialogues philosophiques des quatre premiers épisodes ont viré de plus en plus au texte de série B du genre :"Les dieux sont des mauviettes" (un robot en parlant des humains) ou "Ce monde ne leur appartient pas. Il nous appartient" etc … Sans oublier le combat des robots avec les humains sur une musique à la Carpenter et un style à la Terminator, premier volet. Mais en moins bien. Et s'il vous plaît M. Nolan (et tous les autres) arrêtez d'utiliser Exit Music for a Film, à la fin de vos saisons, c'est vraiment répétitif et facile. Merci.
Il y a pourtant un résidu des bonnes intentions du début de saison lorsque Ford dit à Bernard que pour grandir, pour atteindre la conscience, il faut souffrir. Plus souffrir encore. On pense à l'humanité elle-même, des hommes qui ont souffert pour elle, de Jesus Christ à Martin Luther King en passant par Mani ou en remontant jusqu'à Socrate. Malheureusement cela s'arrête là. Une autre scène aurait pu permettre de pousser la réflexion plus loin, ou ne serait-ce qu'en poursuivant le dialogue. Et il y a tellement de scènes sans liens avec le reste, qu'il y avait la place pour le faire. Si c'est en fait pour en garder pour la saison suivante, alors tant pis pour moi …
En résumé, il s'agit du cas classique où un gros potentiel s'érode au fur et à mesure des détours et du flou artistique qui règne dans bien trop de productions du genre de nos jours. Au fond, la série est une allégorie de sa propre faillite : des personnages de la série cherchent l'entrée du labyrinthe et la réalisation s'y est perdue.

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