Je l’ai trouvée très bonne. Et ce qu’elle a de meilleur, c’est qu’elle ne se contente pas de montrer la manosphère, les incels ou les trolls d’internet de l’extérieur, comme s’il suffisait de s’en moquer ou de les condamner automatiquement. La série entre dans ce monde de ressentiment, de misère et de solitude, et elle le fait sans l’adoucir, mais aussi sans transformer tout cela en caricature facile.
La grande réussite, c’est le personnage principal. Il est remarquable dans son écriture et surtout dans son interprétation. Anders Baasmo Christiansen est impressionnant, parce qu’il réussit quelque chose de très difficile : nous montrer à quel point son personnage peut être répugnant, tout en laissant apparaître la douleur, la frustration et le vide qu’il y a dessous. La série ne l’absout pas, et elle n’a pas besoin de le faire, mais elle en fait un être bien plus complexe qu’il n’en avait l’air au départ.
La mini-série sait aussi parfaitement ce dont elle veut parler. Elle ne traite pas seulement du machisme numérique ou de la haine en ligne, mais aussi de l’humiliation, de l’isolement, d’une masculinité brisée, du besoin d’appartenir à quelque chose, et de la manière dont internet peut transformer ce mélange en pur poison. Ce qui la rend intéressante, c’est qu’elle ne propose ni discours figé ni morale facile. Elle laisse beaucoup de place au malaise et au débat.
J’ai aussi beaucoup aimé qu’elle ne soit pas toujours solennelle. Il y a des moments durs, amers et très inconfortables, mais aussi une ironie et une méchanceté très bien dosées. Ce mélange lui va très bien, parce qu’il évite que le sujet devienne pesant ou trop démonstratif. La série sait être sérieuse sans devenir lourde.
Il est vrai que, comme dans d’autres œuvres qui veulent parler de sujets très actuels, on sent parfois la volonté de provoquer la discussion. Mais ici, cela ne me gêne pas trop parce que c’est assez bien intégré à l’histoire et à l’évolution du protagoniste. Je n’y vois pas une série qui donne des leçons de haut, mais une série qui ose entrer dans une zone inconfortable et y rester.
Au final, je trouve que c’est une mini-série très bonne, très intelligente, portée par un personnage central magnifique. Elle n’est pas confortable, et elle ne cherche pas à l’être, mais c’est précisément pour cela qu’elle fonctionne si bien. Elle traite d’un sujet très contemporain sans paraître opportuniste, et elle le fait avec une performance principale impressionnante.