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Une jolie baudruche, habilement cachée derrière sa lenteur et sa volonté honorable de « less is more », mais rapidement handicapée par son plan-séquence aussi m’as-tu-vu que dénué du moindre bon sens narratif.
Si le premier épisode, classique, assure le service avec un minimum de compétence, les deux suivants frisent le n’importe quoi en se vautrant dans un ridicule gênant à mesure qu’on avance, la faute à des dialogues au mieux clichés au pire risibles, mais qui en font des caisses en permanence : comme si le silence ne pouvait pas dire mieux les choses, il faut remplir en permanence l’espace diégétique d’échanges triviaux et insupportables.
La supercherie explose dans l’épisode final, une catastrophe telle qu’on en a rarement vu dans l’histoire des séries.
Mais le succès critique d’Adolescence est le parfait reflet de notre époque, de cette société de l’image parfaite, où tel plan vaguement chiadé sert d’argument d’autorité pour décréter ce qui est chef-d’œuvre intemporel, où l’on s’emballe souvent pour les objets prétendant embrasser une radicalité visuelle qui n’en est pas une, et qui surtout, ici, ne fonctionne jamais.
Il y a quelque chose de l’ordre de la complaisance, évidemment, mais surtout d’un aveuglement orgueilleux dans le projet d’Adolescence : prétendre dépasser le soi-disant artifice du montage - technique qui est précisément la substantifique moelle de tout objet audiovisuel - en le remplaçant par un autre artifice, qui doit précisément son existence par le refus du montage. Il ne s’agit pas de dire que le plan-séquence n’a aucune noblesse mais qu’en faire la seule proposition d’un projet sous prétexte que sa « radicalité » suffit à conférer puissance, logique et caractère témoigne au mieux d’un confondant manque de lucidité, au pire d’une incompétence intellectuelle crasse.
La technique du plan-séquence ne saurait être une révolution : elle ne l’a jamais été et ne le sera jamais, comme le livre numérique ne triomphera jamais du livre papier. Il faut donc regarder avec crainte et respect le plan-séquence, précisément car le risque latent à son emploi total serait de produire une œuvre qui, dépouillée du plan-séquence, n’aurait plus aucune existence valable, et c’est ce qui se passe avec Adolescence, qui n’existe plus au-delà de son exploit technique. Peut-on en dire autant d’œuvres comme 1917 ou L’Archer Russe ou bien sûr La Corde de Hitchcock?
Ainsi, le crash spectaculaire d’Adolescence sonne comme le rappel ô combien nécessaire qu’une prouesse technique ne donne pas nécessairement un puissant objet filmique et qu’un montage réussi, seule technique inhérente à l’audiovisuel, peut emmener ce même objet vers les sommets.
Créée
le 29 mars 2025
Modifiée
le 29 mars 2025
Critique lue 90 fois
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