"Il y a bien longtemps, dans une galaxie lointaine, très lointaine".

Ce que la série nous explique le mieux, c'est peut-être l'origine de cette phrase. Le début de légendes jedis racontées aux novices du temple. Mais ces histoires, elles, ont une fin. Ahsoka n'en a pas.

Si ce n’est Andor, qui par son sujet sans enjeux sur la grande histoire de cet univers et parce que la série a déjà une fin, RogueOne, toutes les récentes séries Star Wars, sont comme paralysées par les enjeux.

Est ce la faute de producteurs obsédés par des courbes d’audience ? Des actionnaires, obsédés par des courbes boursières ? Des scénaristes et créatifs obsédés par la cohérence de leur univers et le fan service ? Ce qui est sûr c’est que le cahier des charges est si immense et chacun y va de son commentaire qu’on accouche d’œuvres bancales et charcutées.

Ahsoka avait tout sur le papier pour remettre sur les rails la franchise. Pourtant comme toujours avec les séries Disney tout est remis à plus tard, rien n’est planifié si ce n’est des suites sans fin. Les séries sont ainsi des teasers d’histoires qui ne sont au final pas racontées - ou très mal , des addendum, des notes de bas de page. L’exercice n’est pas pris au sérieux. Un détail d’un personnage, un type en arrière plan, une intrigue secondaire ? Ce sera l’objet d’un comics ou d’un livre. Tant pis pour le grand public, ce qui compte c’est de gaver le fan et de lui faire acheter.

Ainsi l’épisode final qui pourtant avait été bien amené, se révèle être sans conclusion. Tout est en suspens. Baylan Skoll, personnage le plus consistant de la série, très bien interprété par Ray Stevenson, Jedi déchu pas totalement mauvais, poursuit un but personnel et mystique, vendu depuis le début de la série, et resté presque sans réponses à son terme. L’acteur étant décédé, tout est à craindre pour la suite.

Disney est pris à son propre piège, comme il l'avait été avec Carrie Fisher dans la postlogie. A ne vouloir rien raconter, on en loupe les occasions. Cet art de la procrastination, de repousser l’échéance est constant. Ainsi, si Thrawn parvient à échapper aux héros qui le pourchassent, et qu’il revient dans la galaxie, on ignore tout de son but. Rien n’est dit non plus sur ses dix ans d’exil. Il en est de même pour Ezra, personnage attendu depuis la fin de la série animée Rebels, dont on n’apprend rien et qui n’a pas changé en dix ans. Il est présenté au début comme presque pacifiste avant finalement d’achever des stormtroopers au blaster. C'est assez décevant.

D’ailleurs le même constat peut se faire pour le pire personnage de la série, Sabine, dont le caractère illisible et téméraire, n’a aucun lien avec le credo jedi auquel elle voudrait prétendre. Elle commet toutes les erreurs. Et là arrive le second problème de la série, son écriture. Le personnage n'a aucun sens, ses dialogues sont plats, sans émotion. Ses retrouvailles avec Ezra sont particulièrement maladroites, sans aucun sentiment. Elle dissimule même ses intentions et comment elle est venue le chercher. Une amie de confiance. Elle semble aussi la nouvelle apprentie d'Ahsoka tout en n'ayant aucune faculté, sauf finalement à la fin où elle maitrise soudainement la force de façon excessive. Pire encore, elle est transpercée par un sabre laser et finalement s'en remet sans difficultés. Parler de "plot armor" ici n'est vraiment pas de trop.

En effet, Thrawn, présenté comme immense stratège, ne parvient pas à se débarrasser de quatre personnes isolées sur une planète, ses troupes, présentées comme des zombies, sont en réalité très mauvaises, et il perd des hommes comme des mouches. Certes, il gagne, mais comme on ne sait pas vraiment ce qu'il gagne, cela tombe un peu à plat.

Je ne parle pas non plus de l'intrigue concernant Hera et son fils et le sénat de la nouvelle république. Si on comprend que cette nouvelle république est corrompue et incapable, cela est montrée de façon si grossière (par rapport à ce qu'on a vu de politique dans Andor, c'est à des années lumière). Seule Moth Mothma semble intelligente, et est d'ailleurs le lien entre toutes les séries jusqu'à présent. Mais la plus grosse déception, c'est l'absence de lien avec la grande histoire de Star Wars. Pourquoi Luke ne se mêle pas de cette grave crise ? Pourquoi Leia n'apparait pas ? Trop de problèmes de droits et de budgets sûrement. Mais la conséquence, c'est une scène un peu ridicule où C3-PO arrive et parle en son nom. Ca fait très cheap.

Parlons des droits. Où est la musique ? Si la bande originale est loin d'être mauvaise, jamais elle ne se raccroche ou presque aux thèmes originaux, elle tourne autour, comme si elle n'avait pas le droit à plus. C'est quand même incroyable ne pouvoir utiliser la musique de Star Wars dans Star Wars et pourtant c'est la réalité.

La série apparait ainsi très peu ambitieuse, alors qu'elle a des idées, des portes qu'elle ouvre, intéressantes souvent, sur les sœurs de la nuit, sur Peridea et le frère et la sœur, sans jamais les refermer. De plus, il faut être au courant. Le périple final de Baylan Skoll le mène à une statue que seuls les fans les plus assidus verront. Si les effets spéciaux sont de bonne facture, avec des combats spatiaux et de sabre très agréables, quelques environnements un peu originaux, ce n'est pas ici que le bas blesse, mais dans le scénario. Les héros avancent de façon linéaire, comme dans un jeu vidéo, l'épisode 4 et 8 en sont une illustration parfaite : des épreuves, des ennemis à vaincre, avant d'autres, et ainsi de suite.

Cette absence d'ambition, ou plutôt cette difficulté à rehausser les enjeux se voit dans la confrontation entre Ahsoka et Anakin au cours d'un rêve flashback où elle se revoit avec lui durant la guerre des Clones. Si on comprend qu'elle surmonte le deuil de son maitre et ses fautes par cette confrontation, les deux personnages n'échangent que peu de mots et souvent futiles. La leçon à en tirer est mince. Si Ahsoka s'en trouve transformée, en une sorte de Gandalf le Blanc, les deux derniers épisodes ne témoignent ni de sa nouvelle force, ni de sa nouvelle sagesse. On a ainsi le sentiment que cette rencontre avec Anakin, plaisante pour le spectateur, n'était qu'un prétexte au fan service.

Cela se traduit aussi par une durée d'épisodes famélique et pourtant des épisodes avec peu de rythme. On veut tenir huit épisodes, en racontant le moins possible, en économisant au maximum. Sans oublier cette technologie d’ecrans digitaux qui enserre les décors de façon délirante. Ca donne le sentiment d'une forme de pingrerie malvenue de la part d'une licence aussi riche.

Cette série est donc celle d'une histoire sans fin, qui n'a pas de fin, amenée à des développements infinis, comme s'il fallait encore et encore prendre du temps aux fans et de l'argent. Si vous n'êtes pas des fans de la première heure, les références nombreuses vous seront égales. Pour profiter de la série, il faut avoir tout consommer auparavant. L'oeuvre n'existe pas pour elle-même. Je doute que les vieux contes jedis, far far away, étaient aussi mal écrits.

Tom_Ab
6
Écrit par

Créée

le 9 déc. 2023

Critique lue 48 fois

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