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le 30 nov. 2021
SuivreOui, c'est beau
Claque visuelle, j'admire et j'apprécie le superbe boulot de storyboarding et de direction artistique. Les personnages sont tous magnifiques, les environnements sont beaux et les plans...
Il y a le monde d'en bas et le monde d'en haut. Zaun et Piltover. Les opprimés et les oppresseurs. Un univers souterrain, sale, noir et moche et un autre lumineux, aérien, érudit. Sur le papier, en tout cas, car dans les faits, le vide crève les yeux (où est la vie, où sont les gens peuplant ces deux villes ?). Arcane ne réinvente donc rien, et puise dans le manichéisme des grands récits de SF/Fantasy (Metropolis en tête) pour raconter son histoire/ses histoires.
Des récits et des personnages, il y en a beaucoup qui nous sont introduits, en peu d'épisodes. Certains meurent très vite, alors qu'on semblait "devoir" s'y attacher par leur mise en exposition. D'une manière générale, ils/elles recherchent le pouvoir ou une certaine considération (politique). Ils/elles luttent pour être vus, entendus, respectés. Tant d'individualités différentes et de conflits potentiels réduisent cependant le temps émotionnel nécessaire pour que nous, spectateurs, puissions les aimer. Et paradoxalement, la série semble incapable de faire vivre cet univers dans lequel les héros/héroïnes respirent et de faire exister les milles âmes anonymes de ces maisons pré-fabriquées.
Le noyau principal du show semble tourner autour de la relation entre 2 soeurs, Vi et Powder/Jinx, relation malmenée par la dure vie des opprimé.e.s. À travers elles, la psychologie simpliste qui circule dans Arcane se fait jour. Il suffit d'une scène, d'un épisode (le troisième), d'une fausse manipulation, pour que l'amour qui les unissait se transforme en déclaration de guerre, en haine farouche. Soudain, on s'allie avec le pire ennemi, qui tend la main et qui nous enlace. Le caractère existentiel de l'acte est mis de côté, Powder/Jinx ne s'allie pas avec le camp adverse pour survivre, elle devient son bras droit instantané sans réfléchir.
Au-delà des psychologies individuelles, le simplisme des caractères se dilue dans toutes les aventures rocambolesques des personnages. La médaille est décernée aux problèmes narratifs imaginés par les scénaristes, qui se tirent une balle dans le pied en permanence : tout se résout de suite. Dès qu'un conflit semble poindre, une lutte se soulever, une solution scénaristique est trouvée. On ne compte plus les heureuses coïncidences qui permettent à beaucoup de survivre grâce à l'arrivée impromptue de leurs sauveurs.
Les "débats" politiques, sociétaux, sont de la même trempe, sans complexité. Aucun mystère, tout est transparent. Les séances plénières du monde d'en haut, composées des différents membres du conseil, sont simples et basiques. On n'est loin de la traîtrise et des faux-semblants de Game of Thrones. On atteint un sommet de niaiserie quand Vi y est amenée pour s'exprimer sur l'attitude à prendre pour s'attaquer à Silco, le super-vilain du monde d'en bas, alors qu'elle n'a aucune légitimité. Même cette fameuse magie, dont tout le monde parle tant, paraît bien fade et anti-spectaculaire.
Le gros point fort de la série, c'est son animation. Le résultat auquel les créateurs du show sont parvenus est incroyable. On peut y voir une telle précision dans les détails réalistes de cet univers, une belle fluidité entre les plans et le montage rapide. L'interpénétration entre gaming/vidéo gagne toujours plus de terrain, et s'exprime brillamment ici à travers les plans subjectifs, les explosions, les cascades, les combats.
L'animation, conçue avec tant de soin, semble ouverte à des rêves illimités. Le souci, c'est que ce type d'images est un frein pour l'empathie qu'on pourrait ressentir pour les personnages : les visages sont trop droits, lignés, triangulaires et s'éloignent de la bonhommie, de la rondeur, de l'émotion.
Même si la série est bien construite et réfléchie, le manichéisme généralisé de cet petit monde ennuie légèrement. Le générique chanté par Imagine Dragons, bien que porté par la voix et l'énergie du groupe, relève d'un principe similaire. Amis ou ennemis, pas de zone grise. On aurait pu espérer autre chose, davantage d'ambition scénaristique, vu les moyens mis sur la table pour créer cet univers en images.
Créée
le 27 nov. 2021
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le 30 nov. 2021
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