Au fil d’une trilogie devenue culte, Ash Williams est devenu un personnage emblématique de la culture populaire, décliné en bibelots, bandes dessinées ou jeux vidéo.
Mais ce grand dadais à la détermination cinglée et à l’humour piquant, cela faisait bien longtemps que le génial Bruce Campbell n’en avait pas revêtu ses atours, son pantalon marron, sa chemise bleu, sa tronçonneuse et son fusil à pompe dans un film.
Qu’il revienne pour une série télévisuelle, il y avait de quoi plisser des yeux circonspects. Il y a bien sûr l’excitation de revoir un vieil ami mais aussi la crainte qu’il ne revienne que pour mieux décevoir. On ne compte plus les suites et autres déclinaisons sur le petit écran qui puent de l’antenne.
Pas d’inquiétudes, on les balaie, ce Ash vs Evil Dead est l’Evil Dead 4 longuement attendu, passant outre le reboot de 2013, sauf que l’amateur en a pour son argent et son temps. 30 épisodes commandés par la chaîne Starz et bien remplis, bien sanglants et toujours cet humour rentre-dedans. Les personnes un peu folles derrière la trilogie originale reviennent, Sam Raimi et ses frères, le producteur Robert Tapert, le compositeur Joseph LoDuca et bien sûr Bruce Campbell. Revue sanglante de la série, avec un peu de spoils autour.
Ash Williams est de retour, mais ses belles années sont derrière lui. Sa belle faconde n’a plus la même force depuis qu’il s’est empâté. Il grisonne, il bedonne mais il reste égocentrique et maladroit. Un peu défoncé et pour épater sa dernière conquête, il lui lit des pages du Necromicon, le livre des morts, ce qui est, bien sur, le signal de départ pour le Mal de revenir sur Terre. Pour Ash qui ne veut que faire la fête, boire et s’amuser, malgré son âge plus très juvénile, retrouver les habits du sauveur du bien ne l’intéresse guère. Mais Pablo, un de ses collègues dans le magasin de bricolage où il travaille, un jeune homme plein de bonnes volontés, va le convaincre de reprendre les armes. Tandis que Kelly, la petite dernière, une femme au caractère bien trempé, va compléter le duo. L’énigmatique Ruby est à leurs trousses.
Les personnages que croisent Ash et ses compagnons d’infortune ont peu de chances de survivre, et alimenteront les cadavéreux (nom de l’adaptation française dans la première saison, remplacée ensuite par les deadites, bon dommage) qui s’en prendront au trio. Ash a toujours son Oldsmobile Delta 88, accompagnée d’une caravane à l’arrière, ce qui va leur permettre de prendre la route et de découvrir de nombreux lieux qui ne seront guère accueillants.
La première saison est ainsi une fuite en avant, avec un lieu différent et les personnages qui vont avec par petits segments. Un peu mécanique, elle n’en est pas moins réjouissante, de par sa simplicité et son rythme bien dosé. Avec la deuxième saison, Ash vs Evil Dead s’installe dans la ville natale d’Ash Williams, qui n’a guère oublié les frasques de l'enfant du pays pendant les deux premiers Evil Dead, mais c’est aussi l’occasion de développer l’histoire du héros-malgré-lui, avec son père puis une nouvelle arrivée dans la troisième saison.
En 30 épisodes, le Mal aura bien le temps d’errer et de prendre plusieurs visages. La série développe ses histoires avec le Necromicon, le poignard kandarien ou un bestiaire diabolique étoffé. Toutes les idées ne se valent peut-être pas. Certaines menaces présentées comme dans la deuxième saison apparaissent parfois fades. Et à force de vouloir développer dans les trois saisons un fonds mythologique qui se veut solide mais pas des plus intéressants, on s’y perd parfois, notamment dans la dernière.
Par contre, la série n’a pas à rougir des films, et les dépasse peut-être même dans leur horreur, très grandiloquente, moins souvent effrayante, même si quelques passages foutent les chocottes. Les scénaristes impliqués s’amusent, dans des registres assez différents, mais où cela va beaucoup, beaucoup gicler. La célèbre cabane dans les bois n’est jamais bien loin, mais le mal se déploie partout, ne laissant aucun répit à Ash et à ses alliés, qui recevront parfois de sévères déculottées. Mais Ash a le cuir dur, la tronçonneuse vibrante et le fusil à pompes chargé.
Ces épisodes peuvent jouer sur des registres plus angoissants plutôt que frontaux, comme le repas avec les parents de Kelly dans la première saison, et sa tension tout du long. Les épisodes dans l’asile psychiatrique de la deuxième saison sont plus viscéraux et jouent sur le déséquilibre psychologique d’Ash. Mais quand les chiens sont lâchés, c’est parfois extrême et jubilatoire, imaginatif et cinglé. Dans la deuxième saison, pendant quelques épisodes la série fait son Christine mais en mieux. Ash devra parfois jouer des coudes dans des environnements bien crasseux, comme la morgue de cette même saison ou la banque de sperme de la troisième saison. Et quand une œuvre me propose un affrontement entre son personnage principal et une revue de charme, je crie à la folie, je crie au génie et j’applaudis.
D’autant plus que la série botte le cul de tous ces films modernes qui usent et abusent d’effets spéciaux numériques. Ash vs Evil Dead est une série à l’ancienne, avec ses maquillages, ses trucages en latex ou autres matières, ses gerbes de sang qui éclaboussent pour de vrai leurs acteurs. Le show peut utiliser quelques effets spéciaux crées sur ordinateur, mais elle offre aussi une chair et une incarnation à ses personnages et aux monstres qu’ils côtoient, avec une impressionnante maîtrise.
Ash vs Evil Dead veut impressionner et il faut reconnaître que la série le fait bien. Les décors notamment ceux de la première saison sont parfois incroyables, restituant des atmosphères avec parfois un luxe d’accessoires et de meubles. La photographie est splendide, à sa manière bien sûr, dans les jeux d’ombres, de lumières éparses, certains plans sont incroyables, angoissants ou exagérés. La mise en scène, malgré la diversité des réalisateurs (dont Sam Raimi qui ouvre le bal), est soignée et uniforme, et dépasse bien des films d’horreurs de cette même période.
Il y a donc cette horreur très décomplexée, exagérément gore le plus souvent, qui va de pair avec cet humour très décontracté, dans ses idées parfois saugrenues ou dans ses dialogues, très bien écrits. La série s’amuse de son personnage principal vieillissant, ironisant sur son âge passé et les affres du temps, même si ce trait sera un peu atténué dans les suivantes. Ash Williams a beau être un peu moins vert, il garde quand même cet esprit un peu déplacé, aux répliques un peu limites, que Pablo et Kelly vont parfois remettre à leur place.
Ash Williams est un vieux dinosaure, un mâle alpha qui ne se rend pas compte qu’il a perdu de son aura. Progressivement, la série en refera un personnage un peu plus iconique, notamment lors de certaines scènes parfois un peu trop visibles dans leurs démarches. Mais si quelques plans sont de trop, notamment quand il remet sa tronçonneuse à son bras dans des cabrioles difficilement crédibles, sa personnalité atypique le rend pourtant terriblement attachant. Comme ses deux acolytes, on a parfois envie de soupirer devant ses frasques et idées maladroites, mais c’est ce qui fait son charme, alors on en sourit. La série ménage quelques moments plus calmes, qui permettent de souder les relations de ses personnages. Et finalement, toutes les crasses qu’ils peuvent subir ne font que les rapprocher, ils font front.
Il faut dire que Bruce Campbell fait un Ash du tonnerre, dans l’exagération tout du long. Parfois prétentieux, parfois maladroit, assurément outrancier, mais aussi d’une grande sincérité quand il se révèle plus faillible. A ses côtés, Ray Santiago en Pablo et Dana DeLorenzo lui offrent un contrepoids solide, même si leurs chemins prendront parfois un peu plus de distances. Ray Santiago est l’élément plus comique, à l’innocence et à la détermination plus fébriles. L’acteur a une incroyable bonne bouille, pour notre plus grand bonheur. Dana DeLorenzo incarne une Kelly plus dure, plus agressive. Au fil des épisodes, d’autres comédiens font eux aussi un super travail. Ted Raimi en ami un peu foufou d’Ash ou Lee Majors (l’acteur phare des séries L’Homme qui valait 3 Milliards et L’Homme qui tombe à pic) en paternel d’Ash ronchon et méfiant, avec tous les vices du fils, en sont deux beaux exemples.
C’est aussi un régal de retrouver Lucy Lawless, fourbe et machiavélique, sans effets de manche. La Xena des années 1990 est une proche de l’équipe de Sam Raimi et de Robert Tapert qui ont produit cette célèbre série. Elle incarne ici une Ruby qui représentera l’antagoniste principal, malgré des objectifs plus fluctuants selon les saisons. Elle reprend du poil de la boîte dans la troisième saison, mais le personnage semble atteindre ses possibilités dans celle-ci.
C’est Evil Dead 4. Mais en peut-être encore mieux que les précédents. Même si chacun avait sa propre personnalité, la série en garde cet humour décontracté et son horreur pour mieux l’exploiter avec un soin du détail réjouissant. Ses personnages, Ash en tête, sont bien écrits, avec cette petite touche de folie qui se retrouve dans toute la série. Pour une série télévisée, c’est d’une qualité folle, avec une audace parfois réjouissante.
Les fans ne peuvent qu’adorer (c’est scientifiquement prouvé) mais les curieux devraient se précipiter dessus, dès lors qu’ils se sentent des accointances avec ce ton. Les références aux films précédents existent, la mythique cabane n’est jamais loin, mais la série reste accessible. L’hiatus de 25 ans entre le dernier film et la série permettent de faire la connaissance d’un (nouveau ou presque) Ash, tandis que le show développe ses personnages et de nouvelles idées.