Étrange objet que ce Combat des Chefs puisqu'il brise deux règles implicite des dessins animés Astérix : c'est à dire qu'il faut que ça soit un film, ici c'est une série, et qu'il n'adapte pas du matériel déjà adapté en animation, ici c'est l'album le Combat des Chefs déjà utilisé pour le film Astérix et le Coup du Menhir.
Le fait que ça soit une mini série de 5 épisodes d'environ 25 minutes (c'est du format Netflix, ce qui fait que certains épisodes en font 24 tout mouillé et le dernier dépasse les 30 minutes si on enlève le générique interminable de chaque épisode) en plus de poser le problème qu'il ne pourra jamais figurer dans une liste Sens Critique des meilleurs films d'animation (vu que le site empêche les listes venant de médium différents, ce que j'ai toujours trouvé assez idiot) fait aussi se poser la question : comment remplir 130 minutes avec un seul album qui contient déjà assez peu de matière pour remplir un film de 70 ou 80 minutes ?
Leçon d'adaptation :
Et pourtant, en bon connaisseur de l'écriture de Goscinny, Chabat adapte l'album sur un format aussi long avec une facilité déconcertante : il rajoute beaucoup de nouveau matériel, étoffe certains gags, fait apparaitre des nouveaux personnages et change radicalement l'histoire à partir des deux tiers, tout en réussissant à connecter les éléments les uns aux autres dans le final. Et en plus la coupure en épisode fait sens, avec de très bons cliffhanger.
Bon, déjà, il a repris le mini-album comment Obélix est tombé dans la marmite du druide panoramix quand il était petit pour en faire un épisode de sa série, en plus de donner une backstory au personnage de Aplusbegalix (a peine ébauché dans la bd originelle.) Ensuite il a étoffé un truc qui était un gag en une page de la bd (le fait qu'il y ai une fête foraine autour du lieu du combat) pour carrément transformer le tout en une sorte de pseudo-Disneyland. Et le pire, c'est que les éléments de set-up pour le final de la série, en plus d'offrir de sérieux clins d'oeil au parc Astérix et qu'il permet de rajouter le personnage de Metadata, une romaine, ce qui permet d'avoir un rôle féminin majeur dans l'adaptation, même si on se dit que la pauvre n'a pas l'air de comprendre à la fin de la série ce qu'implique d'être dans une ARMÉE ! (
Parce que c'est toujours un problème des adaptations modernes d'Astérix (et de Tintin, même si elles sont très rare) : comment donner plus d'épaisseurs à des personnages féminins qui font très souvent de la figuration (quand ils ne sont pas carrément décrit de manière misogyne). Ici, c'est Metadata et Bonnemine (oui, oui) qui font office de personnages plus développés, ainsi que le druide qui aide Panoramix qui a été changée par une sorcière goth (très bon gag.) Ha et on a la maman de César, personnage comique inventé pour l'occasion mais qui s'insère vraiment très bien dans l'univers d'Astérix.
Et surtout, il a tout compris à la façon dont on fait des gags dans Asterix : il insère tout un tas de gags, d'allusions, de jeux de mots (notamment les traditionnels noms de personnages), de références qui font très Astérix, ainsi que des changements de tons (on a un passage pixel-art, un autre qui prend la forme d'un dessin animé pour enfant.) Il y a vraiment des moments où j'ai rigolé devant l'inventivité d'un gag. Et il ajoute pas mal de gags visuels aussi et si Astier et Clichy avaient ajoutés des références aux gundams, lui réussi des références à Avengers qui coulent tout seul. Ce qui est drôle c'est que pas mal de gags de l'album originels, adaptés dans Le Coup du Menhir, ont été rayés, de peur de faire redites ? (En même temps vu le peu de gag que contenait le film, c'était pas trop dur.)
Pour le reste, il arrive à donner une sorte de final avec pas mal d'action dans le dernier épisode, j'étais assez positivement étonné. C'est peut-être une des rares oeuvres où je vois Asterix se servir de son glaive.
Un casting vocal qui coince :
Néanmoins, j'ai un bémol, c'est sur le casting vocal et la caractérisation des personnages.
Comme d'habitude, lorsqu'un réalisateur s'empare d'Astérix, il fait venir ses potes, et du coup, c'est assez inégal. Autant, il y a des réussites et des trucs qui vont de soit comme Laurent Lafitte en César, ou des caméos vocaux qui sont tellement réussi que j'ai pas vu le comédien derrière, ce qui me fait dire que Jerôme Commandeur est définitivement plus drôle dans le doublage. Mais on a aussi Fred Testot que j'ai pas reconnu ainsi que .... Alexandre Astier. Réussir à prendre Astier et le faire s'effacer derrière un rôle c'est un exploit.
Mais il y a d'autres moments où ça coince. Déjà, évacuons l'éléphant dans la pièce : donner un rôle, même mineur à Gerard Darmon à une époque où il a des affaires au cul, c'était pas malin, d'autant plus que c'est pas pour un rôle très important. Comment se tirer une balle dans le pied comme un grand.
Et surtout, il y a des voix où ça colle pas à commencer par Asterix et Obelix. Chabat et Lellouche ont des voix trop posées, pas assez cartoon et on les reconnait derrière les personnages d'autant plus que le scénario leur on donné certaines caractéristiques de leurs doubleurs. Asterix par Chabat est bien trop gentil moins espiègle tandis qu'Obelix est franchement moins bas du front, naïf et bêbête que dans la bd. Ils sont limite un poil trop complexe et ça me gène, même dans leurs engueulades, ça manque de MÔÔÔSIEUR. Et d'ailleurs, quitte à choquer... je préfère limite Asterix joué par Christian Clavier.
C'est pas mieux pour Panoramix. J'ai passé mon temps à me dire "purée, mais ça colle pas et je connais cette voix" avant de m'apercevoir que c'était Thierry Lhermite. C'est trop lisse, ça manque d'une voix de vieillard un peu cartoon qui chevroterait. Ok, Claude Rich dans Mission Cléopatre faisait du Claude Rich, mais ça correspondait mieux au personnage. Ici, c'est un Panoramix bien trop posé et calme auquel on a droit, alors qu'on est dans un film où Panoramix est devenu fou.
Et c'est d'autant plus bizarre qu'ils ont pris en image le plein potentiel du côté "cartoon" de l'oeuvre. Graphiquement, ça tient la route. On sent que c'est un projet Netflix, parce que la 3D même si elle est plutôt propre est bien moins texturée que dans les films d'Astier /Louis Clichy. Mais j'ai oublié vite ce détail et ça passe super bien.
En vrai, même si je râle sur la caractérisation, on reste quand même le haut du panier dans l'adaptation d'Asterix en dessin animé. C'est super drôle, fidèle a l'oeuvre, avec un scénario assez solide et des vraiment bons gags.