France Télé et l'inclusion, c'est souvent la promesse d'un grand soir qui se termine en gueule de bois scénaristique. Avec "Astrid et Raphaëlle", on nous vendait une plongée inédite et bienveillante dans la neuroatypie à une heure de grande écoute. Bilan des courses ? Un énième duo de flics mal assorti, qui utilise le handicap non pas comme un véritable sujet de fond, mais comme un vulgaire artifice pour pimenter une enquête procédurale du vendredi soir.
Premier malaise, et pas des moindres : le mythe de l'autiste savant. Astrid n'est pas dépeinte comme une femme complexe, c'est un super-ordinateur croisé avec une encyclopédie de criminologie. Ce stéréotype du génie, usé jusqu'à la trame, tourne ici à plein régime. Surtout, ce fantasme de la calculatrice humaine occulte violemment une réalité beaucoup moins télégénique : une très grande partie des personnes sur le spectre de l'autisme vit avec une déficience intellectuelle associée.
Mais évidemment, dépeindre les véritables défis cognitifs, la perte d'autonomie ou l'absence de langage, c'est moins vendeur que de filmer un disque dur humain qui résout des meurtres. La série véhicule ainsi un message profondément pernicieux : pour avoir le droit d'exister à l'écran et d'être tolérée par la société, la personne handicapée doit impérativement compenser son trouble par un don exceptionnel et strictement utilitaire.
Côté écriture, on sent que les auteurs ont confondu "développement de personnage" et "inventaire du manuel des troubles mentaux". Voix monocorde, démarche de robot, évitement visuel poussé à l'extrême, incompréhension littérale du moindre trait d'esprit... Tous les curseurs de la caricature sont bloqués au maximum. La production s'est contentée de recycler de vieux clichés cliniques pour les coller paresseusement sur son héroïne.
Il faut d'ailleurs évoquer le problème de l'interprétation. Embaucher une actrice non concernée par le trouble, pourquoi pas ? Mais si c'est pour lui faire mimer une batterie de tics comportementaux alors ça s'avère au mieux maladroit, au pire profondément infantilisant. Ajoutez à ce cocktail la dynamique un poil condescendante de la flic "sauveuse", évoluant dans un monde du travail utopique (on rit très jaune en repensant à l'exclusion et au chômage de masse qui frappent réellement ces personnes en France), et la boucle de l'imposture est bouclée.
Bref, "Astrid et Raphaëlle", c'est la quintessence de la bonne conscience à peu de frais. Un programme inoffensif pour le spectateur qui veut sa petite dose de différence sans être bousculé, mais une insulte à la réalité rugueuse, diverse et souvent douloureuse du handicap cognitif. Pour la représentation authentique, on repassera.