Atlantis est un bar (fictif) dans une barre (réelle) de béton d’un quartier (Itä-Pasila) d’Helsinki. S'y côtoient de jeunes adultes du quartier : un patron un peu veule, des clients parfois squatteurs, des employées assez têtues, un employé paumé, Kauri, personnage principal de la première saison.
Les trois premiers épisodes présentés au festival Séries Mania de Lille ne quittent pas l’Atlantis bar et ses environs immédiats – comme leur personnage principal, qui s’apprêtait à se rendre au Portugal en van, lequel tombe en rade au moment même du départ. La réussite de ces épisodes tient au choix d'un scénario sans effets, qui ne progresse pas beaucoup plus que le van de Kauri, au profit d’une dense galerie de portraits des habitués du lieu. Cette stagnation du scénario comme du personnage ne sont pas anodin : elle dessine presque une éthique ou une esthétique de l’empêchement – mais peut-être aussi du refus.
Malheureusement, la scénariste et la réalisatrice semblent ne pas avoir entièrement fait confiance à ce parti pris et se sont crues obligées de lester le scénario de répliques, de situations, de traits de caractère censés faire rire, mais qui brisent la subtilité du dispositif.
Reste un récit tendre et doucement mélancolique, porté par une photographie soignée et la très juste interprétation de Jasir Osman. Il compose un Kauri d’une passivité presque opaque, qui trouve dans son flegme la ressource la plus sure d’une résistance à bas bruit aux attentes qui semblent peser sur lui.