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le 9 avr. 2018
SuivreTwist again
Ce drama avait tous les ingrédients pour tout déchirer. Une intrigue alambiquée (très très), des secrets, un élément fantastique, certes pas follement original, mais qui avait le mérite de construire...
Black est bien sûr avant tout un thriller fantastique, mais qui inclut une partie polar importante ainsi qu'un support romanesque qui aura toute son importance dans l'histoire. C'est un drama lourd émotionnellement parlant, surtout quand on se rapproche du dénouement. Il y a des séquences dures, de la violence sous toutes ses formes, du sordide (oui, on n'est pas dans une rom-com bisounours), mais cette pesanteur est entrecoupée par des moments salvateurs plus légers et drôles, pour faire redescendre cette tension omniprésente. Et force est de constater que ce mélange s'opère de façon plutôt harmonieuse ; j'ai été bluffé. Comme j'aime souvent le dire, sans la maîtrise, la puissance n'est rien : le scénario, écrit par la talentueuse Choi Ran (God's Gift: 14 Days, Black, Mouse), est réalisé par l'excellent Kim Hong-Sun (un des anciens piliers d'OCN, qui nous a encore gratifiés de l'excellent Mousetrap en 2026). Et nous happer autant sur 18 épisodes variant le plus souvent entre 1 h 15 et 1 h 25 n'était pas chose aisée. Black est pour moi une tragédie shakespearienne qui finit en apothéose... ou presque. Ah, ces 10 minutes de trop à la toute fin ! Pour l'anecdote, cette fin a été imposée par la production contre l'avis de la scénariste, qui avait exprimé sa frustration quant à ce choix stupide (et je la comprends !).
444 est une faucheuse d'élite du Royaume des Morts. Poursuivant un faucheur fugitif sur Terre, il possède le corps d'un inspecteur de police récemment décédé, l'inspecteur Han Moo-Gang(Song Seung-Heon). Cet inspecteur, peureux et maladroit, enquêtait sur une affaire remontant à 20 ans et qui impliquait directement sa famille. Il fait la rencontre d'une jeune femme dénommée Kang Ha-Ram(Go Ara), qui a le pouvoir de prédire la mort des gens en voyant une ombre noire planer derrière eux. En touchant cette ombre, elle assiste aux derniers instants de la personne. Pour ne pas être identifié par Ha-ram, 444 découvre que les habits noirs camouflent sa signature mystique. Il décide de faire équipe avec elle pour retrouver plus facilement le fugitif, mais aussi pour la surveiller, car elle a la capacité de sauver des gens, remettant ainsi en cause l'équilibre naturel et créant des effets papillons. Black appartient à l'au-delà : il est donc froid et distant, dénué d'empathie, et considère les humains comme des êtres inférieurs. Il est sans filtre et rustre. Il va vite découvrir que les passés de Moo-Gang et de Ha-Ram sont liés, et se retrouver mêlé à une vieille enquête reliant le monde des vivants et celui des morts.
Black s'impose comme un thriller fantastique particulièrement audacieux, capable de déployer un univers d'une grande richesse scénaristique. La série fonctionne comme un véritable ascenseur émotionnel, articulant un polar étrange et un drame psychologique avec des moments burlesques. Le drama réussit à trouver son équilibre grâce à un ancrage rigoureux dans le folklore coréen et une mise en scène immersive. Les lois du Royaume des Morts (Jeoseung) y sont impitoyables, froides et dépourvues de tout sentimentalisme, préservant d'emblée le récit des raccourcis sucrés propres aux comédies romantiques habituelles. Si la série fonctionne si bien, c'est avant tout parce que Song Seung-Heon fait le taff à merveille dans la peau de ce Faucheur arrogant, cynique et dépourvu de compétences sociales, découvrant la condition humaine avec un sérieux imperturbable. Face à lui, la beauté et la sensibilité de Go Ara apportent une dimension romantique de premier plan, créant une alchimie captivante et authentique. La filiation avec Rencontre avec Joe Black y est évidente, tandis que le duo secondaire formé par les Faucheurs 007 et 416, véritables "Tic et Tac" de l'au-delà, apporte une complémentarité comique rafraîchissante pour détendre une atmosphère autrement très sombre.
C'est toutefois dans la qualité exceptionnelle et la richesse de son écriture que la série impressionne le plus. Les affaires traitées au fil des épisodes touchent sans détour à des sujets lourds, notamment les violences faites aux enfants et la corruption institutionnelle, pour alimenter une intrigue principale à puzzle où les crimes du présent s'articulent autour d'un drame vieux de vingt ans. La construction narrative fait preuve d'une logique imparable : les pièces s'imbriquent avec une fluidité gratifiante, portées par un nombre impressionnant de rebondissements et un suspense omniprésent qui maintient la tension à son comble sur l'ensemble des 18 épisodes. Le récit se double d'une véritable réflexion métaphysique sur la mort, la fatalité et l'ordre karmique, prouvant que l'amour peut transcender la mort lorsqu'il s'incarne dans un acte de don de soi absolu. La série rappelle avec gravité que la mort est la conséquence inéluctable de la vie, et que modifier le cours des choses exige un prix immense, imposant de bien distinguer la noblesse tragique du sacrifice ou de la rédemption. Il y a des moments très durs, abjects, car le drama montre la cruauté de la réalité sans détour. Les acteurs secondaires, notamment la team des flics, sont très attachants et se comportent comme une famille. Les "vilains" font le job sans nuance, mais la perception d'un certain manichéisme n'est pas problématique, car les personnages sont bien construits.
Malheureusement, cette belle mécanique n'est pas totalement exempte de défauts de construction et de facilités scénaristiques. La réalisation, bien qu'efficace pour poser cette ambiance poisseuse, accuse parfois son âge avec des effets spéciaux et des maquillages de blessures datés pour une production de 2017. Le récit cède aussi à certains raccourcis récurrents (Truck of Doom, censure aléatoire des couteaux, rues nocturnes désertes) et à un léger ralentissement au milieu de la saison sur l'intrigue de l'agression sexuelle. Plus gênant encore, à vouloir parfois trop en faire, le scénario finit par se contredire dans la logique même qui régit le monde des morts (à l'image du traitement entourant la disparition du père de Ha-ram). De même, la gestion des personnages accuse le coup : les policiers manquent de consistance, Soo-Wan(Lee El) est souvent délaissée au début, et vers la fin, c'est Ha-Ram qui se retrouve elle-même régulièrement sortie de l'histoire en perdant peu à peu de son importance au profit du polar pur. Mais plus on avance, plus le récit monte en intensité : les trois derniers épisodes délivrent au fur et à mesure les secrets et le brouillard se lève sur tous les mystères. Car l'autre gros point fort de Black, c'est un suspense omniprésent et des rebondissements en veux-tu en voilà. C'est parfois même un peu trop dans la surenchère de plot twists : je trouve que c'est parfois un peu too much.
Malgré ces quelques flottements et un final décevant qui s'emmêle les pinceaux dans ses dix dernières minutes en violant ses propres règles (Lapse) pour caler du fan-service poétique et un maquillage très raté, Black demeure un thriller fantastique marquant, riche et particulièrement prenant sur l'ensemble de ses 27 heures. Cette pirouette finale est d'autant plus regrettable qu'elle vient affaiblir ce qui devait être la preuve d'amour ultime : un effacement absolu pour offrir une existence paisible à l'autre. Mon conseil si vous voulez partir du drama avec une fin digne et logique : coupez l'épisode quand vous verrez à l'écran le message suivant : " Prix remis par le président ". La grande force de Black réside ainsi dans son intensité, sa maîtrise du suspense, sa logique scénaristique et la prestation de son duo principal. Et surtout par la pléthore de sentiments qu'il dégage. Cette série est aussi un pamphlet qui dénonce subtilement les dérives d'hommes diaboliques qui se cachent derrière un système pernicieux. Black est un must qui doit être vu par les amateurs de thriller. Au final, une œuvre hautement recommandable pour son audace narrative et sa générosité émotionnelle, qui mérite amplement d'être au sommet du catalogue d'OCN.
Note personnelle : Go Ara... j'ai plus les mots, cette femme m'envoute à chaque fois.
Main Theme : leeSa - Like A Film
Additionnel OST : NAMTAEHYUN - Take Me Out
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Créée
le 23 oct. 2026
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