Black Rabbit est, il faut le dire, aussi exaltant qu'exaspérant.
En effet, la réalisation est magnifique. Les plans sont souvent d'une grande qualité, tant dans la colorimétrie que dans les angles choisis. Les plans de New-York, les escaliers dessinant des méandres labyrinthiques, ces teintes de noir-marron-gris oppressant amènent une atmosphère soignée et jouent avec les tensions du spectateur. On peut également noter la musique : omniprésente, angoissante, rythmant parfois entièrement des scènes qui peuvent littéralement se passer de dialogue. N'oublions pas non plus le jeu de Jude Law et Jason Bateman, qui est impeccable, d'une justesse peu atteinte depuis bien longtemps dans les séries américaines, et déployant des trésors de ressources dramatiques et scéniques. Notons enfin, et c'est rare, un travail de costume très inspiré ! Jude Law passe son temps à arborer des costumes jonglant entre la classe énervante d'un peaky blinders et la retenue du quinquagénaire sexy, lui conférant un magnétisme incroyable et rehaussé par la piteuse nonchalance de Jason Bateman. C'est très fort.
C'est très fort, mais c'est à peu près tout. Car, si la real' est impressionnante, le scénario, lui, est d'une pauvreté coupable. On est, finalement, sur un énième film de prêt non-remboursé avec la menace d'une exécution de la famille, sur de l'argent dû à des gens pas fréquentables, et à des secrets qui embourbent l'action. Et, l'action, c'est peu dire que de confesser qu'elle s'embourbe. Pouvant tenir en quatre épisodes, elle s'étire en huit au point de se répéter, et de se répéter, et de se répéter. Combien de courses poursuites entre Vin et les tueurs ? Beaucoup trop, entraînant les mêmes plans, la même musique, la même finalité.
Combien de tueurs à gros bras incapables de viser, d'anticiper, de réfléchir ? au point de devenir de vulgaires clichés proches de la parodie. Notons, en effet, qu'ils sont infoutus de tuer ceux qu'ils doivent tuer, et que la seule personne qu'ils tuent, c'est celle qu'ils ne devaient et ne voulaient même pas tuer.
On l'a même dit : les scènes en viennent à devenir tellement creuses et répétées qu'elles en viennent à pouvoir se passer de dialogue tant ce qui se passe est vu, revu, et déjà su...
En bref, donc, la série est esthétiquement bluffante, mais clairement ennuyeuse.
Je crois que c'est là la conclusion qui s'impose, hélas.