Première saison (8/10) :
Il m'aura donc fallu seize ans pour me plonger dans l'une des séries les plus mythiques de l'Histoire, ce qui est à la fois très excitant et un peu intimidant tant la peur d'être déçu est inévitable. Si cette première saison est probablement la moins impressionnante des cinq, elle témoigne déjà d'une évidente maîtrise dans tous les domaines, posant avec talent les futurs enjeux à travers un scénario bien construit, un sens du montage aigu et des personnages dont on sent le très fort potentiel, surtout lorsqu'ils sont interprétés avec autant de talent. Pas encore de feu d'artifice, mais une introduction prometteuse, ponctuée de scènes magistrales, faisant déjà forte impression.
Deuxième saison (8,5/10) :
On rentre vraiment dans le vif du sujet avec cette seconde saison plus intense, étendant l'univers et proposant des enjeux, des dilemmes de plus en plus complexes, offrant nombre de situations fortes et une dramaturgie impressionnante. Rien n'est jamais simple, prévisible : il est quasiment impossible de deviner les événements à l'avance tant l'écriture de Vince Gilligan est remarquable, gardant toujours une dimension humaine au cœur du récit, dans ce qu'elle a de beau comme de monstrueux. Surtout, si la personnalité de Walter devient de plus en plus trouble (pour rester poli), la série s'enrichit de plusieurs protagonistes mythiques : Mike Ehrmantraut, Saul Goodman et, bien sûr, même si ce n'est que brièvement ici, Gustavo Fring, aka l'un des méchants les plus géniaux de l'Histoire de la télévision, où l'on sent déjà un très fort potentiel (sa première apparition est un modèle du genre). Conclusion aussi géniale qu'inattendue : pour l'instant, promesses largement tenues.
Troisième saison (8,5/10) :
Dans la droite lignée de la précédente saison, ce troisième volet est tout aussi remarquable, toujours plus sombre, plus inquiétant. La dramaturgie continue à prendre de l'ampleur, à complexifier les relations des personnages tout en envoyant régulièrement des shots d'adrénaline parfois impressionnants. On a de plus en plus de mal à savoir quoi penser du comportement des uns et des autres tant le scénario se plaît à brouiller la frontière entre « Bien » et Mal, la violence se déchaînant de plus en plus
(la fusillade entre Hank et les cousins Moncada, immense moment)
tandis que le point de non-retour semble désormais largement franchi, à l'image d'un Walter de plus en plus incontrôlable. L'étau se resserre, donc : notre passion, elle, s'agrandit.
Quatrième saison (9/10) :
La saison de tous les dangers et surtout de tous les superlatifs tant ce quatrième volet est un monument du genre, bouclant plusieurs arcs narratifs avec un brio laissant presque pantois. D'une rare intensité, la série continue de creuser son sillon en offrant plusieurs scènes monumentales
(l'empoisonnement du cartel, l' « attaque de la maison de Walter, hallucinante)
et poussant la tension à son paroxysme lors d'une dernière ligne droite nous rendant totalement dingues, « duel au sommet » opposant
Walter et Jesse à Gustavo,
dont la conclusion est assurément l'une des plus marquantes de la télévision, sans oublier l'ultime (et subtil) rebondissement, faisant définitivement basculer
Walter dans la monstruosité.
On aurait presque pu en rester là, mais après réflexion, une dernière dose d'adrénaline était loin d'être pour nous déplaire.
Cinquième saison (9/10) :
Jamais simple de conclure une série, surtout lorsqu'il s'agit d'un tel monument : Vince Gilligan y parvient magistralement. Repartant presque sur de nouvelles bases au vu des événements précédents, le créateur conserve le fil conducteur initial tout en y insufflant une dynamique nouvelle, pas forcément meilleure, juste différente. Confirmant un Walter
passé définitivement du côté obscur (notamment lors de l'impressionnant assassinat simultané des hommes de Gustavo)
mais dont l'évolution n'est, pourtant, jamais définitive, l'œuvre devient de plus en plus crépusculaire au fil des épisodes, témoignant d'une situation de plus en plus hors de contrôle et ne pouvant que terminer dans le sang. Séparée en deux parties bien distinctes, cette cinquième saison frappe fort une dernière fois, entre personnages historiques plus tragiques que jamais et nouveau venus peut-être pas aussi fascinants mais tenant impeccablement leur rang, la série n'a jamais paru aussi désespéré, entre fatalité du destin et « tant de souffrances auraient si souvent pu être évitées »
(la mort de Hank, stupéfiante),
dépeignant le portrait d'un anti-héros magistral, entre attachement, fascination et monstruosité, qu'on ne peut s'empêcher de comprendre dans un mélange amour-haine très complexe. Ce sentiment s'accentue dans la magistrale dernière ligne droite, entre
rédemption (trop) tardive et fusillade finale (avec une idée initiale géniale),
jusqu'à la dernière scène, bouclant de superbe manière l'une des plus grandes séries de tous les temps. Bravo à tous et, surtout, un immense merci. Fabuleux.
Critique globale (9/10) :
Cette question me hante presque : cette plongée dans le crime organisé en valait-elle la peine pour Walter ? A première vue, on aurait, évidemment, envie de répondre non, mais en y réfléchissant, c'est beaucoup plus compliqué lorsqu'on voit toutes les émotions contradictoires vécues par ce dernier en seulement deux ans et de la dimension quasiment légendaire prise dans le milieu, loin de son quotidien calme et peu valorisant. D'ailleurs, j'avoue qu'aucune série ne m'aura autant troublé, repensant souvent à de nombreuses scènes, situations, dilemmes : qu'aurais-je fait à leur place ? Je n'en sais rien. Au-delà de ces réflexions presque philosophiques en disant long sur l'ampleur de l'œuvre, celle-ci est une réussite magistrale à tout point de vue : réalisation, scénario, enjeux, montage, personnages, interprétation : un véritable coup de maître.
Déployant toute sa puissance dramatique au fil de saisons toutes plus captivantes les unes que les autres, « Breaking Bad » brille autant par sa narration époustouflante que l'incroyable qualité de son écriture, multipliant les rôles mythiques et les interprétations exceptionnelles : pour n'en citer que deux, Giancarlo Esposito, l'un des antagonistes les plus classes et fascinants jamais vus à la télévision, et Bryan Cranston, apportant à son anti-héros aussi passionnant que monstrueux (sur la durée) une force, une complexité rendant presque impossible de le détester totalement. À travers cette tragédie quasi-shakespearienne, Vincent Gilligan frappait fort, très fort, au point de nous demander comment allait-il faire pour rester ainsi au sommet : la réponse est venue du même univers : « Better Call Saul ». Monumental.