La Vie. La Vie ne tient qu'à un fil, et Walter White le perd ce fil, le fil de tout, le jour où son médecin lui diagnostique un cancer dans les poumons. Seulement quelques mois à vivre. Rien de plus à comprendre. Dés lors une seule priorité s'imposera à ce professeur de chimie sans histoire : mettre sa famille à l'abri du besoin en amassant le plus d'argent possible, avec le peu de temps qu'il lui reste.


Mais tout a un prix dans le rêve américain, tout se paye. Même l'espoir de guérir, rien que l'espoir, possède son coût. Un coût exorbitant, dont le professeur White devra s'affranchir s'il veut survivre. De fil en aiguille, Walter se retrouvera donc à produire du poison, un cristal bleu d'une pureté assassine, dévoreur d'âme et de chair surnommé meth. Toutes ses valeurs s'effondreront une à une à partir de ce moment. Les lois et les conventions deviendront de plus en plus floues et secondaires aux yeux de Walt. Pour sa famille, il sera prêt à repousser toutes les limites.


Car dans un monde où posséder, c'est léser, où prendre c'est dessaisir, Walt se rendra rapidement compte que pour survivre et espérer des jours meilleurs, il ne faudra pas hésiter à débobiner le fil de vie des autres, au bénéfice du fil de vie des siens. Il se rendra compte que dans ce monde toutes les vies ne se valent pas, que ce monde n'est en définitive qu'une partie géante de dominos humains, où chaque décision, même prise à l'aveuglette, possède un coût, et révèle une conséquence dont les raisons profondes se perdent dans la nuit. Walt s'apercevra que ce monde aux conséquences infinies se joue à la seconde prés, au réflexe prés, à l'instinct, et que la différence entre la vie et la mort ne se joue qu'à des détails, aussi insignifiants qu'une sonnerie de téléphone que l'on entend pas ou qu'une rencontre fortuite faite au bout d'une route empruntée au hasard. Il deviendra l'homme déterminé, en lutte avec un monde déterministe.


Ce n'est ni plus ni moins qu'une virée sur la face cachée de la vie que nous propose Breaking Bad, cet autre coté qu'il nous plait tant d'ignorer, par peur de se retrouver sans réponse. C'est également une critique du libéralisme sauvage de la société américaine que l'on peut y apercevoir en filigrane. Cette société où l'homme est toujours un loup pour l'homme, quoiqu'on en dise, et au sein de laquelle la raison du plus fort(uné) est toujours la meilleure. C'est la gueule de bois de "l'american way of life" qui nous est offerte en pâture, avec son cortège de perdants qui défile : tous ces flippés, ces endettés, ces paumés, ces effondrés, ces essoufflés, ces cabossés grouillant dans la pénombre. Cette myriade de destins qui s'entrechoquent. Ces fils de vie qui filent, qui s'effilochent, ténus tendus au dessus du vide, d'autant plus vertigineux que nul n'en connait la profondeur.


C'est un monde où chacun fait ce qu'il peut pour survivre et faire survivre les siens, où chacun chemine avec ses raisons propres, bonnes ou mauvaises. Un monde tribal où la seule chose qui compte est de ne jamais perdre le fil. Ce fil de vie à tout prix. Quelles qu’en soient les conséquences.

Saint-John
9
Écrit par

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Le 19 septembre 2014

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