Deux séries françaises super d'affilée (la première, c'était De Grâce), avec des acteurs magistraux et du style à la réalisation, ça se fête ! Celle-ci, en prime, elle a le mérite de ne pas donner envie de se pendre, c'est déjà pas si mal en ces temps déprimants, même si le sous-texte n'est pas franchement à la rigolade, quand on rapproche l'histoire à ce qui occupe nos chaînes d'info et encombre notre psyché en ce moment. Mais bon, nous voilà embarqués à la fac de Vincennes en mai 69, un an après le soulèvement qu'on voudrait nous faire passer pour de triste mémoire, dans une fac qui a été démontée presque aussi vite qu'elle a été montée. Il faut dire qu'elle fleurait bon l'irrévérence et que ça, en haut lieu, on n'aimait pas trop. On n'a pas fait de progrès en la matière, dans les sphères, dirait-on, si on en juge par les déploiements de CRS dès qu'un lycéen bouge un cil... stop ! Pas la peine de me répondre là-dessus, on s'en tiendra à ne pas être d'accord, et, de fait, c'est exactement là que la série veut en venir. Elle commence joyeusement sur l'exposition de ses frayeurs par un policiers farouchement anti-chienlit, qui brosse des rapports sociaux un tableau joyeusement flippé, avant que, dans le deuxième épisode, un sympathisant hippie ne se tape le même délire en symétrique, terminant de la même façon par un définitif : "En plus, ils ont la bombe !". Ou comment renvoyer dos à dos les opposés, en épinglant les petites névroses de chacun. Notons que ces deux épisodes inauguraux sont de loin les meilleurs de la série de 8, rejoints in extremis par le dernier, en forme de conclusion louchant astucieusement vers notre présent. Une fois qu'on a installé les personnages (un président de l'université un peu largué - génial Grégory Gadebois, hilarant et émouvant à la fois - un prof dépassé par les événements, son élève en pleine éclosion politique, un flic suspicieux peu à cheval sur les principes et une prostituée jouant les taupes, entre autres...) dans l'ébullition foutraque d'une université radicalement orientée à gauche, au milieu du désordre le plus joyeux, il ne reste plus qu'à repousser tout ce petit monde dans ses retranchements, comme la vie sait si souvent bien le faire. Les scénaristes aident un peu, mais avec un savoir-faire qui ferait passer les vessies pour des lanternes. Et, surtout, une gourmandise pour les genres cinématographiques qui ne peut que réjouir au plus haut point : un épisode en forme de roman-photo, un autre en comédie musicale, autant dire qu'on se régale, parce que tout ceci est admirablement bien fait. Quand ça chante, ça chante bien, quand ça veut sonner un peu toc, ça sonne finement creux, bref, on est à la parade. Les comédiens ont de quoi se mettre sous la dent et s'en donnent à cœur joie, et ça, ça fait plaisir. En prime, ça n'aligne pas les morceaux de bravoure pour rien, parce que l'histoire à quelque chose à démontrer, qui peut résonner juste dans le bourbier mental actuel. A l'heure où les propagandes s'entrechoquent, ça ne peut pas faire de mal que de remonter à la racine de certains affrontements, dans le bazar bon enfant de la France à Pompidou. Les barbouzeries étaient déjà les mêmes, mensonges d’État et paranoïa aidant, on se détestait autant qu'on se craignait et la disproportion des moyens était déjà de mise. Les forces de la Réaction, comme disait Allende, disposaient de tous les leviers que donne le pouvoir politique, tandis que le surgissement un peu désordonné d'idéaux libertaires se faisait dans un désordre spontané confinant parfois à l'auto-sabotage. Les puissants jouaient sur du velours, puisqu'ils avaient en face d'eux des jeunes et des intellectuels, deux espèces hautement susceptibles d'initiatives inoffensives ou saugrenues, dans l'ordre que vous voulez. Bref, rien à voir avec notre situation actuelle, hein ? Donc, si vous voulez vous plonger dans la nostalgie des années flower power et réfléchir à tête reposée à la notion de gâchis, cette série est aussi pour vous ! Elle réussit à remuer des traumatismes nationaux sans pathos, avec fantaisie et légèreté, tout en posant clairement des enjeux contemporains dans lesquels l'actualité touffue de notre présent nous perd un peu. Au fond, tout reste aussi clair qu'à l'époque, même si on se demande où sont passés les grands théoriciens qui rétablissaient l'équité dans le débat public d'alors. Ça ne fait vraiment pas de mal de s'injecter une petite dose de rappel, histoire de ne pas se contenter des niaiseries rabâchées par certaines chaînes à l'équité discutable...

ChristineDeschamps
10

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il y a 4 jours

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