8
il y a 3 jours
SuivreRéinvention brillante
S'attaquer à Carrie, l'icône gothique de Stephen King déjà immortalisée au cinéma par Brian De Palma, était un pari risqué. Disponible depuis le 7 octobre 2026, la mini-série menée par Mike Flanagan...
Carrie, ma première lecture d'horreur. Pas loin d'être ma première lecture tout court, même si précédée en vérité de Charlie et la chocolaterie, puis de quelques Chair de poule. Avec Stephen King, j'avais l'impression de mettre les pieds dans la lecture des grands, même que j'avais voulu commencer par Misery et que j'avais rien compris à la première page (en cause une métaphore filée je crois).
Carrie en plus c'était un petit livre, et je connaissais déjà la fin. Le mystère de la culture populaire : toutes ces références qu'on capte comme depuis toujours et qu'on a pas le souvenir d'avoir apprises.
Je savais que Carrie finissait par brûler son lycée avec les gens dedans, comme je savais que Dieu avait créé le monde en sept jours (enfin la Genèse c'est plus une histoire de début que de fin, et puis on m'avait inscrit au catéchisme, donc je sais d'où ça vient). Connaître la fin avait en partie motivé ma lecture d'ailleurs, je me demandais comment c'était possible de traduire un tel truc avec des mots. Est-ce qu'on avait même le droit de faire ça ? Après avoir donné autant de lettres à l'intrigue ? Après s'être plongé dans la psychologie de ses personnages, dans leur complexité, leur souffrance, leurs affinités ?
Heureusement Carrie était punie à la fin, in extremis, ça se joue pas à grand-chose de créer une communauté de lecteurs pyromanes.
J'ai vécu cette adaptation de Flanagan comme un Futuroscope de Proust. Sorte de parc d'attraction sur la thématique du futur, construit par des gens qui vivent probablement dans le passé. Après, avec les Américains je suspend beaucoup mon incrédulité, j'ai l'impression que chez eux c'est n'importe quoi, vraiment n'importe quoi, j'ai du mal à juger de l'invraisemblance de leurs fictions.
Je me suis laissé porter par l'ambiance musicale pop, et le personnage de la mère qui m'a beaucoup diverti : sorte d'adaptation évidente de la fanatique religieuse de l'oeuvre originale, en y rajoutant la couche de complotisme/survivalisme qui va bien. Là où à droite on réduit les femmes qui l'ouvrent à la figure de la Karen, chez le wokiste Mike Flanagan on construit un personnage qui a davantage de répondant : une complotiste ultra documentée à base d'informations semi-exactes trouvées sur internet (abreuvrée également des élucubrations en sourdine de son défunt mari) pour détruire tout ce qui se met sur son chemin. Cette espèce de colère rentrée qu'elle cherche à faire passer pour une force tranquille, j'avais envie qu'elle se fâche sur tout le monde alors que politiquement et moralement j'étais même pas de son côté. (ajout aussi de personnages satellites également doués de pouvoirs surnaturels, qui permettent certaines astuces scénaristiques notamment la manière de raconter la séquence du bal, ou de présenter Carrie en partie manipulée, extension du lore ceci dit cohérente avec la multiplication des personnages doués du shining dans la suite de l'oeuvre éponyme, Docteur sleep)
Bien sûr il fallait intégrer les nouvelles technologies, notamment les réseaux sociaux, on rappelle que Carrie c'est avant tout une histoire d'harcèlement scolaire. Or intégrer les nouvelles technologies pour raconter des histoires de harcèlement au lycée, ça demanderait presque d'avoir un scénariste lycéen. On voit bien que la série gère ça de manière maladroite, comme si un seul compte Instagram de diffamation généralisée pouvait suffire à générer une émeute autour d'un lycée... j'ai le sentiment que ce genre de harcèlement les gamins c'est leur quotidien... en même temps j'ai plus de trente ans donc il est probable que moi-même je n'y comprenne rien.
Petit clin d'œil sympa pour les plus de trente ans tout de même, le fait de choisir l'un des deux tueurs du premier Scream pour incarner le proviseur du lycée (on dit proviseur pour les lycées, principal pour les collèges, j'ai appris ça il y a pas longtemps, mais je sais pas comment on dit aux States). C'est marrant de le voir avec sa tête gravée dans mon cerveau comme celle d'un psychopathe au dernier degré, se donner corps et âme pour tenter de préserver le bien-être des élèves.
(l'astuce scénaristique pour ne pas leur enlever leur téléphone lorsque les choses vont vraiment trop loin, c'est de faire dire au proviseur qu'ils en ont besoin en cas de fusillade : j'ai demandé à Gemini, si le téléphone leur permettrait en effet d'être éventuellement mis au courant plus vite, il y a surtout des inconvénients, à savoir le risque d'attirer l'attention du tireur si un téléphone sonne, le risque aussi que tous les élèves appellent les secours en même temps et saturent la ligne, et enfin mais là je suis un peu sceptique, l'éventualité que les élèves obnubilés par leur téléphone ne suivent pas les instructions des professeurs, mais j'imagine que pour en arriver à ce niveau de désinvolture il faudrait qu'ils en soient au moins à leur sixième fusillade)
Et donc on y vient, bien sûr la fin. Je mentirais en disant que je n'ai pas lancé la série comme j'ai lancé le livre quand j'étais en primaire, avec la carotte du massacre final. Pas que pour la soif d'hémoglobine, aussi pour la question qui se pose toujours de comment on représente ça, comment on y vient, qu'est-ce que l'on montre, quel ton est-ce que l'on donne à la séquence ? Fascination pour la représentation du mal rien de plus. Rien de moins.
À ce sujet sans m'étaler, Mike Flanagan choisit de dévoiler des images, des appels téléphoniques, des témoignages dès le départ. À quoi bon jouer sur l'attente du climax après Brian de Palma. Mais par contre j'ai eu mon content de vibe Futuroscope, la multiplication des points de vue permettant de voir différentes choses et parfois plusieurs fois, et même de prendre le temps, lorsqu'il s'agit de creuser à posteriori les souvenirs d'une personne sous hypnose. Tout ça c'était du fan service à l'intention du petit enfant que je fus, qui confondait l'horreur et la maturité.
Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur.
Créée
hier
Critique lue 20 fois
8
il y a 3 jours
SuivreS'attaquer à Carrie, l'icône gothique de Stephen King déjà immortalisée au cinéma par Brian De Palma, était un pari risqué. Disponible depuis le 7 octobre 2026, la mini-série menée par Mike Flanagan...
8
il y a 4 jours
SuivreAprès Sissi Spacek dans l'adaptation culte de 1976, Chloe Moretz dans celle, maladroite, de 2013, place à la jeune et charmante Summer Howell dans le rôle de Carrie. Alors, tout d'abord, il ne s'agit...
7
hier
SuivreCarrie, ma première lecture d'horreur. Pas loin d'être ma première lecture tout court, même si précédée en vérité de Charlie et la chocolaterie, puis de quelques Chair de poule. Avec Stephen King,...
9
le 20 mai 2012
SuivreDans le premier tome des "Scènes de la vie de provinces", Balzac tentait de nous expliquer comment "durant la belle saison de la vie, certaines illusions, de blanches espérances, des fils argentés...
10
le 26 juin 2018
SuivreUne gazelle, c'est exotique dans un zoo à Montreux, pas dans la savane. Un labrador, c'est exotique sur l'Everest, mais pas sur une plage bretonne à faire chier les crabes. Et bien voilà c'est un peu...
10
le 17 mai 2017
SuivreSpoiler Quand je pense à la mort, ça me fait toujours un truc. Un truc toujours imprévisible. Parfois je me sens serein, comme quand j'ai bien dormi et qu'il fait beau dehors. Parfois je panique,...