C’est un épisode de l'après-guerre d’Espagne que je connaissais pas.
La trame de cette histoire est bien sûr racontée avec une liberté scénaristique mais elle n’en demeure pas moins authentique.
C’est l’histoire de Juana Dona ( https://fr.wikipedia.org/wiki/Juana_Do%C3%B1a ), militante communiste qui fait sauter une des portes de l’ambassade d’Argentine en 1947 , finalement arrêtée, elle est condamnée à mort, mais voilà que pour sa chance, Eva Peron entreprend un voyage diplomatique en Espagne et bien sûr, malgré toutes les difficultés possibles, une lettre émouvante demandant sa grâce finira par lui parvenir.
Je sais, j’ai divulgâché l’intrigue mais ce n’est pas si important, l’essentiel se trouve dans le déroulement des faits avec une montée dramatique bien rendue. On tremble pour cette femme malgré notre connaissance de la fin et de la réussite de l’intervention d’Eva Peron. Deux vies en parallèle se déploient, toutes deux incarnées par deux excellentes actrices, dont la fabuleuse Julia Cardinali qui donne au personnage d’Eva Peron une profondeur faite de fougue et de fragilité. Une troisième, également très bien interprêtée par Ana Torrent, la femme de Franco, qu’Eva Peron, taquine, appelle la gorda, rajoute de l’intérêt à cette mini-série en deux épisodes.
Il existe dans les images d’archives un petit film où l’on voit Franco articulant un texte, ou plutôt le psalmodiant, texte qu’il a lui-même écrit mais récité par quelqu’un devant lui. Une sorte de discours par procuration, de parole imposée et manipulée. Les scénaristes ont eu la bonne idée de donner à voir une scène voisine. C’est un court passage mais elle en dit long sur l’inauthenticité, la volonté de contrôle et la brutalité du monde des dictateurs.
Il y a également le fait que l'Espagne ne fait pas partie du plan Marshall et qu'elle a plus que besoin du blé argentin, d’où les précautions du Caudillo pour ne pas froisser Peron ( cela aura bien sûr son importance ).
Comme pour la série suédoise, “policières”, des images d’archives parsemées tout du long du voyage de la première dame d’Argentine rendent encore plus vraisemblable cette réalité.
Cette petite série réussie sans être du niveau de Homeland ou du Bureau des légendes, m’a fait remonté d’intenses souvenirs. Je me souviens qu’enfant, en Espagne, où un cousin espiègle m’appelait “el franchute “, je posais beaucoup de questions aux anciens de la famille sur la guerre, auxquelles, gênés, ils ne répondaient pas ( une parole empêchée ) et bien sûr, à la longue, j’ai fini par me taire, comme ce peuple espagnol qui mettra du temps à reconstruire son histoire. C’est une des conséquences du trauma de la guerre, surtout si c’est une guerre civile
J’ai mis 7 pour signifier que c’est une bonne série et un coup de coeur pour dire mon grand intérêt pour cette histoire poignante.