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Crossed 0.5
Qu'est-ce qu'elle était attendue la nouvelle émission de Karim Debbache... Faut dire que depuis l'arrêt de Crossed (émission diffusée sur jvc dont le but était de parler de films ayant un rapport...
le 2 oct. 2016
C’était il y a dix ans, jour pour jour.
Le 11 janvier 2016 sortait le premier épisode de la première saison de Chroma sur Dailymotion.
Et si vous ne furetiez pas trop sur la toile à cette époque-là, alors je vous le dis histoire que le sachiez : cette sortie, il y a dix ans, elle n’avait rien d’un non-événement.
Avant même d’être réalisée, cette web chronique faisait déjà parler d’elle du simple fait qu’elle était parvenue à se financer par crowdfunding en moins d’une heure. 20 000 € avaient pourtant été réclamés, ce qui était loin d’être une petite somme pour les créations web de l’époque. A la fin de la journée, la somme obtenue était déjà multipliée par cinq. Quatre semaines plus tard, à la fin de la campagne d'appel de fonds, c’était 200 000 € qu'affichait le compteur de clôture d'Ulule.
C’était donc ça, Chroma, en 2016 : c’était un projet financé à plus de 1000 %, par dons, en seulement un mois. Pour le dire autrement, c’était juste la web chronique la plus attendue du net français.
Et pourtant, dix ans plus tard, qu’en reste-il ?
Au bout du compte, de saison, il n’y a en aura eu qu’une seule. Douze épisodes seulement et puis s’en est allée.
Rien depuis le 15 septembre 2017 et la publication de l’épisode sur Carnosaure. Silence radio (ou presque) de la part du trio d’auteurs.
Jérémy Morvan a très rapidement disparu des radars du net.
Gilles Stella, de son côté, réémerge depuis peu, dans un relatif anonymat, au sein d’un projet piloté par Arte et qui a été baptisé _Underscore.
Mais surtout, il y a le cas de celui qui était devenu la figure de proue de Chroma – j’ai nommé Karim Debbache – qui, après une longue période dans l’ombre du Joueur du Grenier, a tenté un comeback tonitruant sur Twitch, mais un comeback qui s’est très vite soldé par un nouvel évanouissement médiatique. En ce début d’année 2026, son dernier stream sur la plateforme possédée par Amazon remonte à plus de trois ans ; deux ans en ce qui concerne sa chaîne YouTube…
Que s’est-il passé ?
Comment expliquer que cette seconde web chronique du trio, qui était perçue à l’époque comme une étape supplémentaire dans l’essor de cette alter culture venue du net, a fini par s’évanouir ainsi dans le néant ?
Pourtant, Chroma a marché à son époque. Elle a autant obtenu un succès d’audience qu’un succès critique. Chaque épisode a tapé rapidement le million de vues malgré sa diffusion exclusive sur Dailymotion. Quant aux multiples uploads sauvages qui se sont faits a posteriori sur YouTube – auxquels finiront par s’ajouter ceux de Karim Debbache lui-même – ils cumulent aujourd’hui plusieurs millions de vues cumulés chacun.
Le public s’y est donc largement retrouvé, notamment celui qui suivait déjà Crossed – la précédente web chronique du trio – et, au fond, rien d’étonnant à cela. Car quand bien même les trois auteurs de Chroma avaient-ils fait un pari en abandonnant les seules adaptations de jeux vidéo pour s’intéresser au cinéma au sens large – d’où d’ailleurs le nom de Chroma, pour chronique cinéma – que malgré tout ils ont su préserver la formule à l’origine de leur premier succès.
Parce que c’est quoi un épisode de Chroma, si ce n’est une autre forme d’épisode de Crossed ?
Après tout, comme un épisode de Crossed, un épisode de Chroma reprend cette structure qui consiste à construire tout un épisode autour d’un film.
Comme un épisode de Crossed, un épisode de Chroma entend d’abord faire un résumé du film qui sera l’occasion de se moquer de ses incohérences, sa bêtise ou de ses fautes techniques ; résumé qui, l’air de rien, s’étale toujours sur une grosse moitié de l’épisode.
Et puis enfin, toujours comme un épisode de Crossed, un épisode de Chroma se conclura toujours par un volet analytique, cherchant à cerner la faille ou la force du film traiter afin d’ouvrir sur une considération plus générale.
Une formule qui a pour mérite d’équilibrer calembours et vulgarisation ; détente et analyse ; le tout dans un format très léger et aguicheur, qui tourne toujours autour des standards de l’époque, c’est-à-dire un gros quart d’heure (parfois même le double).
On pourrait d’ailleurs y voir là une première limite de Chroma.
De par son format, la web chronique a un petit côté daté qui ne rappelle pas forcément aux meilleurs traits de son époque C’était le temps de l’injonction au « lol », où il fallait apprendre en s’amusant, quitte à sacrifier le propos au profit de la bonne galéjade.
De tous les aspects de Chroma, c’est de loin celui qui a le moins bien vieilli. Même si j’avoue que je ne résiste jamais à la bonne bouille de Jérémy Morvan et qu’un certain nombre de blagues de cette émission m’ont encore bien fait marrer lors de mon récent revisionnage (Jean-Pierre Bacri dans Highlander 2 et « Passe à Otchoz », chez moi, c’est juste irrésistible). A l’inverse, ces calembours réguliers, c’est aussi ce qui bride et qui lacère en permanence toute perspective de propos.
Le seul choix des films autour desquels se construisent ces douze épisodes constitue déjà pour moi un problème en soi : Trolls 2 (ép.01), Roller Ball (ép.02), Highlander 2 (ép.03)… Que des films pas top, voire même carrément des films de merde (rololoh, mais Vidocq en épisode 07 quoi !). Un choix qui a été manifestement dicté par cette fameuse injonction au lol tant il semble plus facile pour le trio de faire des blagues à partir d’un film qui cumule les erreurs plutôt que les coups de génie…
Autant vous dire que je trouve que ça fait bien tâche de la part d’une chronique qui entendait nous parler de cinéma… De beau cinéma…
Malgré tout, force est de constater que Chroma se voulait plus audacieuse que Crossed, aussi bien en termes de fond que de forme.
Côté forme, on sent bien que les trois lurons, tous titulaires de diplômes dans les arts et techniques du cinéma, ont bien réfléchi à l’identité visuelle et à la démarche formelle autour desquelles structurer leur émission. L’occasion de souligner toute l’ambivalence de ce titre – Chroma – qui trahit autant une ambition thématique qu’esthétique. On sent bien qu’il s’agit autant de célébrer le cinéma en le faisant qu’en en parlant.
Ainsi chaque épisode est-il émaillé de petites saynètes plus ou moins ambitieuses d’un point de vue formel : ça fait des petits clins d’œil au Septième sceau ici (épisode 3) ou à l’Invasion des profanateurs de sépultures là (épisode 5) ; ça se risque aussi à développer une micro-intrigue à base d’univers parallèle qui, fort heureusement, ne se prend pas trop au sérieux et reste très fortement connectée au propos général que l’émission entend soutenir tout au long de cette première saison.
Certes, on pourrait y voir là une sorte de cache-misère, compensant le manque de profondeur par de la fiction sympathique, légère et loin d’être inopérante (Vous ai-je déjà dit à quel point j’adorais le jeu de Jérémy Morvan ?), cependant – et quand bien même le reproche n’est pas totalement vide de fondement (et on en reparlera à la toute fin de ce billet) – cela ne doit non plus masquer le fait qu’en termes de fond, Chroma n’est pas non plus sans ambition.
Car s’il reste vrai que l’émission se plaît à enchaîner les mauvais films dans la perspective d’en faire un vivier à calembours, ça ne l’empêche pas en contrepartie de dresser des passerelles, lors de chacun de ses épisodes, vers des chefs d’œuvre du septième art.
Ainsi Mac et moi est-il comparé à E.T. ; le premier apparaissant progressivement comme un prétexte à parler du second (ép. 06). Quant à l’épisode sur Vidocq (ép.07), il finit lui aussi par se transformer en prétexte pour parler d’un autre film bien plus estimable : en l’occurrence Zodiac. De même, l’épisode consacré à Piège à Hong-Kong se révèle vite n’être qu’une porte d’entrée vers le cinéma de Tsui Hark (ép.08).
Et ces passerelles sont loin d’être évidées d’arguments puisqu’à chaque fois, il est question de mettre en évidence ce qui fait la force de chacun de ces films : de l’utilisation du numérique par David Fincher dans Zodiac à l’ingéniosité visuelle de Tsui Hark dans Time and Tide, en passant par la profondeur symbolique du récit de Spielberg dans E.T.…
En cela, on sent clairement dans Chroma cette ambition qu’ont les auteurs de donner à penser et à voir, voire à lire…
Car c’est une autre particularité de Chroma : il n’est pas rare qu’un ouvrage de théorie du cinéma nous soit proposé, et jamais gratuitement en plus
La philosophie des films de Noël Carrol est par exemple mobilisée dans le premier épisode afin de savoir sur quels critères objectifs on pourrait juger que Trolls 2 est un mauvais film. Même constat quand La valeur d’un film d’Eric Dufour est évoquée dans l’épisode 2 , la référence permettant dans ce cas-ci de questionner la portée politique de chaque élément formel présent dans Roller Ball, notamment son montage…
D’épisode en épisode, Chroma aspire à chaque fois à interroger un genre, un auteur, une époque, une pratique. Du found footage au slasher, de John McTiernan à Joe Dante, de la nouvelle vague hong-kongaise à la révolution du numérique, tout est occasion à faire, entre deux blagues, de la pédagogie, des rappels historiques, des mises en perspectives… Bref, de la vulgarisation, quoi…
Et, je tiens à préciser : de la bonne vulgarisation…
Pourtant, une fois qu’on a dit tout ça, un sentiment subsiste : celui de ne toujours pas avoir mis le doigt sur cet essentiel qui fait Chroma.
Blagues, saynètes formaliste et vulgas sont certes trois des principaux piliers qui peuvent expliquer pourquoi l’émission a su tenir ses promesses à l’époque de sa diffusion, mais à mon sens, ils restent insuffisants pour expliquer un tel enthousiasme et une telle adhésion.
Car Chroma n’était pas qu’une simple émission de vulga sympathique qui a eu le bonheur d’être portée une forme et un trio efficaces. Non. Chroma, à cette époque, c’était aussi et surtout une émission qui était porteuse d’un espoir ; voire d’une potentielle révolution culturelle.
Et c’est là qu’un petit rappel historique s’impose sûrement, notamment pour celles et ceux qui n’ont pas connu le net français des années 2010.
2010, au regard des productions mises en ligne, c’était une décennie bien différente de celle que nous sommes en train de connaître actuellement. 2010, c’était la décennie de la grande mutation.
C’était le moment où les réseaux sociaux et autres espaces numériques d’échanges cessaient d’être des espaces de niche ; où les petites vidéos d’amateurs passionnés se mettaient à être progressivement remplacées par des productions professionnalisées qui brassent de grosses sommes ; et où les figures émergentes du Net ne pouvaient désormais plus être ignorées du grand public et des médias traditionnels.
Les années 2010, c’est le moment où une culture alternative – une culture née sur les espaces numériques – se retrouvait en situation de concurrencer – voire de supplanter – la culture dominante alors en place.
La bascule était imminente. Cette alter-culture n’attendait alors plus qu’une seule chose : des fers de lance ; des programmes pionniers susceptibles d’ « incarner » cette alter culture dans toute sa richesse, toute sa subtilité et sa toute nouveauté, dans le but qu’enfin celle-ci puisse assoir sa pleine légitimité.
Or, dans ce contexte-là, je pense que Chroma se posait clairement comme un challenger sérieux de la cause, le succès de sa compagne de fond allant dans ce sens… Et je pense aussi que cette dimension-là n’avait pas échappé non plus au trio Debbache / Morvan / Stella...
Chroma n’est pas qu’une simple émission de vulgarisation.
Pour moi, c’est une évidence : Chroma est avant tout un manifeste.
Dans la forme comme dans le fond, tout se veut porteur d’une culture : la culture de cette génération qui s’est construite sur le net.
Ça commence par le choix de ces fameux douze films. Oui, le trio a sûrement fait sa sélection en fonction du potentiel comique de chacun, c’est certain. Mais pas que… Parce que ces films, l’air de rien, ils disent quelque chose d’une certaine cinéphilie.
Trolls 2, par exemple, avant d’être un sacré étron, a surtout été un film qui s’est pas mal échangé sur le net, à l’époque des téléchargements inconséquents en pear2pear. Il est un élément indissociable de la soirée nanar ; pratique dont on serait en droit qu’elle a connu un profond essor du fait justement de l’accessibilité de ces films sur Internet. En cela, Trolls 2 dit quelque chose de ce nouveau rapport au cinéma que la toile a rendu possible.
Certes, personne n’est dupe sur la nullité de ce film, et pourtant, il est devenu un film culte. Par conséquent, sa nullité nécessite d’être relativisée, au point d’aller jusqu’à questionner les critères à partir desquels on détermine qu’un film est nul… C’est d’ailleurs littéralement la question qui est posée à l’issue de ce premier épisode : « qu’est-ce qu’un mauvais film ? Qu’est-ce qu’un bon film ? »
L’air de rien, par ce seul épisode d’intro, Chroma invite à questionner nos référentiels culturels.
Par ce seul épisode d’intro, Chroma pose la question de la légitimité culturelle.
Cette question de l’élargissement de notre spectre culturel – élargissement qui pourrait permettre d’y intégrer toute une culture jugée par certains encore illégitime – elle est au cœur de toute la saison 1. C’est un véritable fil rouge.
Preuve en est, après avoir interrogé la notion de « bon film » dans l’épisode 1, Chroma amène, dès l’épisode suivant, l’idée selon laquelle tout regard porté sur le cinéma serait nécessairement politique.
Dans l’épisode 3, on revendique l’idée selon laquelle le hors-champ d’une œuvre appartiendrait aux spectateurs.
Dans l’épisode 4, on insiste sur le fait que les films sont aussi ce que, nous, spectateurs, projetons sur eux.
Dans l’épisode 7, on rappelle que ce n’est pas parce qu’un film est désagréable à regarder qu’il est raté.
Et enfin, sur la ligne finale, on proclame que le cinéma est avant tout un art collectif (épisode 10), rappelant au passage que « TOUS les films font le cinéma ». (épisode 8).
Il est évident qu’un tel cheminement n’a rien d’anodin.
Il s’agit bien là de procéder à une vaste opération de réhabilitation, mais tout en ne perdant pas de vue que, quand bien même tout film à son importance dans ce vaste écosystème qu’est le cinéma, tous ne se valent pas.
C’est d’ailleurs cette tension que met en permanence en scène la micro-intrigue de Chroma : une intrigue qui met en opposition des univers parallèles où tels ou tels films n’auraient pas existé. C’est même toute la fonction de l’épisode 11 qui porte - et c’est à noter - sur l’un des rares films faisant globalement consensus autour de lui, à savoir les Affranchis. L’épisode 11 c’est celui qui rappelle à quel point il est intenable de soutenir un relativisme absolu en termes de cinéphilie.
Oui, tous les films sont légitimes, nous déclare cette saison 1 de Chroma, mais non, tous ne se valent pas. Une déclaration forte qui résonne, à la fin de l’épisode 12, comme la base d’une future grande démonstration.
C’était toute la promesse d'une future saison 2 : planter définitivement le clou, péter les cloisons, redéfinir un nouveau cadre…
Mais cette deuxième saison, elle n’aura donc jamais vu le jour.
Dix ans plus tard, tout espoir de voir Chroma se poursuivre semble définitivement enterré. Comme rappelé en introduction de cette critique, chacun des trois membres du trio semble désormais être passé à « Otchoz ». Plus personne ne nourrit d’illusion à son égard. Chroma restera certainement – et à jamais – la web chronique que d’une seule saison…
Que s’est-il passé ? La question perdure.
Sur le net, rien n’a jamais vraiment été dit. Pendant plusieurs années, le souvenir a été entretenu par des conférences doublées de projections en salles appelées Panic! x Chroma et puis, comme pour leur web chronique, le projet est rentré tout doucement en sommeil, jusqu’à ce qu’on se rende compte que de sommeil on était manifestement passé au coma…
A partir de là, on ne peut que spéculer.
Ces spéculations, on pourrait les juger vaines, vu qu’en définitive on serait en droit de considérer qu’elles ne nous dirons rien de plus de ces douze épisodes déjà produits ; douze épisodes qui sont encore là, en ligne, toujours agréable à découvrir ou à redécouvrir et qui pourront / sauront / devront se suffire désormais à eux-mêmes…
Néanmoins, en ce qui me concerne, je ne peux m’empêcher de considérer que cet arrêt en plein essor n’est pas exempt d’enseignements. J’irais même jusqu’à dire qu’elles nous disent au contraire beaucoup de ce qu’ont été finalement ces douze épisodes de Chroma.
Car, pour moi, Chroma, c’était certes une promesse ambitieuse – celle d’une marche supplémentaire vers la tant attendue révolution culturelle – mais une promesse que, je pense, le trio d’auteurs ne pouvait pas tenir.
Que personne de cette génération de créateurs ne pouvait tenir, en fait…
Parce que, l’air de rien, quand on regarde ce qui est arrivé à Karim Debbache – figure de proue de trio – on constatera que son sort ressemble pas mal à celui d’autres grandes figures du net français de l’époque.
Qui se souvient qu’à la même époque, Antoine Daniel était considéré comme le « Roi des Internets », notamment suite à son épisode 37 de What the Cut ?! sur lequel toute la toile s’était pâmée ? Et aujourd’hui, où est-il passé, le Roi des Internets ? Et qu’est-il advenu de l’épisode 38 de What the Cut ?!
Même chose pour Usul, qui était l’équivalent d’un demi-dieu à cette époque-là. Celui qui allait éveiller les consciences politiques sur tous les réseaux et ainsi lever toute une jeunesse révolutionnaire… Où en sommes-nous désormais, dix ans plus tard ?
Usul, Antoine Daniel, Karim Debbache… Ils se sont tous écroulés. Écroulés face au poids. Et à bien y réfléchir, quoi de plus normal ? Qui peut, franchement, avoir les épaules pour assumer une charge pareille ?
En ce qui me concerne, je me souviens plutôt bien du passage de l’euphorie à l’effacement, concernant Karim Debbache. Je me souviens d’Arte qui, alors qu'il était porté par le succès de Chroma, l’avait élevé au rang de passeurs de savoirs. Je me souviens qu'il avait même été incorporé dans la réédition du Blu-ray de Time and Tide, pour refaire l'historique du film, ce à quoi il s'était livré volontiers.
Et c’est là que les critiques ont commencé à se multiplier. C’était ses erreurs qu’on corrigeait, ses approximations qu’on discutait, l’étroitesse de ses horizons culturels qu’on lui reprochait… En fait, tout le monde avait fini par se rendre compte que le vrai Karim Debbache, celui qui vivait au-delà de son personnage de Chroma, était bien trop humain pour être l’icône qu’on avait fait de lui. C’est d’ailleurs certainement pour cette raison que le bon Karim, comme tout humain raisonnable, a finalement décidé de déserter le piédestal sur lequel on l'avait posé et où il aurait forcément fini par être brûlé, comme toute icône qui se respecte…
A l’image de ses auteurs, Chroma n’avait peut-être pas les épaules de ses ambitions.
C’est ce qui explique sûrement pourquoi cette web chronique éphémère, malgré ses qualités, semble à ce point avancer tout en freinant des quatre fers. Ça explore des détails du cinéma, par fragments, mais sans jamais vraiment parvenir à lancer de véritable élan. D’un côté on veut conserver son public et ne pas perdre l’identité qu’on s’est forgée sur Crossed, mais de l’autre on cherche à acquérir une légitimité, quitte à parfois sur-tartiner certains épisodes de références classiques qu’on peine à véritablement exploiter… En découlent parfois des choix qui sonnent un peu étrange, comme celui de la VF pour diffuser les extraits des films dont on parle. Certes, ça ne posait pas trop de souci pour les films de séries B de Crossed, mais pour parler d'un film comme les Affranchis, forcément ça saisit un peu.
D’une certaine manière, Chroma est un petit peu à l’image de son introduction de premier épisode. On veut faire comme avant mais tout en sachant que, désormais, avec 200 000 euros en poche, on est dans l’obligation de faire plus et de porter quelque chose qui nous dépasse un peu, d’où une scène de bagarre manifestement improvisée et qui ne mène nulle part. La preuve d’un étourdissement passager avant de reprendre quelque peu ses idées…
De cela, Chroma tire parfois une image de web chronique inaboutie, inégale, un brin surchargée et qui, au bout du compte, ne tient pas vraiment ses promesses. De quoi la rendre presque moins sympathique que son ainée, Crossed, qui était certes porteuse de moins d'ambitions mais qui, en définitive, se révélait mieux équilibrée. Plus cohérente.
Malgré tout, il serait cruel de ne pas reconnaître à Chroma ce grand mérite : celui d’avoir essayé. Et même s’il y a comme un parfum d’échec qui flotte toujours un peu sur chaque épisode, surtout les moins réussis (je pense par exemple au médiocre épisode 6 sur Mac et moi) il n’empêche que cela n’efface en rien toutes les qualités que j’ai pu évoquer plus tôt. Il y a eu de la générosité, du savoir-faire, de la sympathique et, au bout du compte, un souci de transmission vraiment contagieux.
Parce que, d’accord, Karim Debbache a fini par lâcher le flambeau. Mais ça ne veut pas dire que Chroma a été une œuvre une vaine. La revoir, c’est aussi ressentir à nouveau cet espoir qui la portait, celle d’une régénération culturelle possible. Après tout, comme le cinéma, la culture est un acte collectif. Et si ce n’est pas l’un de nos trois zigotos qui franchissent la prochaine marche, rien ne nous dit que ce ne sera pas un ou une autre qui saura prendre le relais…
C’est en cela que Chroma a, encore aujourd’hui, sa pleine légitimité dans cet espace culturel qu’est le nôtre. Et quand bien même n’y occupe-t-il pas une place équivalente à celle d'un grand film scorsésien, il est loin d’être un Troll qui ne mériterait que notre dédain…
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Créée
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