Climax
6.5
Climax

Drama ENA (2026)

Avant de commencer, mon placement de "Nana": Black Star (making)

Au début, j'ai cru que c'était comme un Kinder Surprise: c'est beau à l'extérieur, ça donne envie, mais dès que tu l'ouvres et que tu goûtes, ce n'est pas si terrible que ça. On dirait surtout que la réalisatrice est venue régler des comptes personnels au détriment de la cohérence et du réalisme du récit. Elle vient enfoncer des portes ouvertes en ratissant large, pour au final dégager des émotions superficielles et orientées de manière souvent grotesque. Avec cela, on ajoute un zeste de Makjang et le tour est joué. Alors, le titre n'est pas galvaudé puisque le fameux climax arrivera bien à dix minutes de la fin du drama. Le problème, c'est qu'il est précédé d'un twist final et se conclut par un cliffhanger. Dernière remarque en préambule : ce drama n'est absolument pas un thriller, c'est un mélodrame social et psychologique. On est plus dans l'introspection que dans l'action, et le rythme est plus catatonique que soutenu. Mais surtout, les enjeux avancés ne sont absolument pas crédibles, limite pathétiques par moments.


Suite à une tragédie, Bang Tae-Seob(Ju Ji-Hoon) a épousé la célèbre actrice Chu Sang-Ah(Ha Ji-Won). Mais de facto, c'est un mariage blanc ; ils se servent l'un de l'autre dans des buts différents. Si sa carrière à lui est en essor, pour elle, c'est le chant du cygne : c'est une « has-been ». Si ces deux personnages sont des alliés de circonstance (même si Tae-Seob est vraiment tombé amoureux de Sang-Ah), c'est avant tout pour faire tomber un ennemi commun, à savoir la famille Kang qui dirige le troisième Chaebol le plus puissant du pays, et plus particulièrement Lee Yang-Mi(Cha Joo-Young), la seconde épouse du patriarche. Elle gère tout le secteur du divertissement et donc du cinéma. Dans l'ombre de Tae-seob se trouve une femme sublime, une sorte de "Mata Hari", Hwang Jeong-Won(Nana). Lui étant redevable, elle espionne à la fois Sang-Ah, en qui Tae-Seob a une confiance relative (et réciproquement), ainsi que les agissements de Lee Yang-Mi. Entre marché de dupes et manipulations, la partie ne fait que commencer.


Avec Climax, on ne sait pas toujours sur quel pied danser: un pamphlet sociétal? Une satire du patriarcat et du fonctionnement de l'industrie du divertissement? Une dénonciation de la justice, du monde politique et de ses interconnexions avec le pouvoir économique? Un drama sentimental? On a vraiment l'impression de naviguer entre un fourre-tout indigeste et un patchwork psychologique sophistiqué. C'est souvent le chaos à plusieurs niveaux, notamment dans la construction et la réalisation de la série. Mais une chose est claire : absolument tous les personnages principaux (les trois femmes et l'homme) sont des anti-héros qui veulent avant tout être dans la lumière, et ce, par n'importe quel moyen. Si certains ont des circonstances atténuantes, cela ne fait pas pour autant d'eux des êtres attachants ou bons. Ils l'ont été à un moment de leur vie (notamment Hwang Jeong-won), mais ils ne le sont plus. Tous ces gens sont des manipulateurs, certains plus narcissiques ou avides de pouvoir, de reconnaissance et de notoriété que d'autres. L'art de la trahison et de la fourberie est aussi un bon moyen de parvenir à ses fins dans ce monde désenchanté.


Le seul vrai risque pris par le drama est de mettre en avant, à une heure de grande écoute, des relations saphiques pour aborder le thème de la manipulation ou de l'amour sincère (on sent bien que l'affaire Harvey Weinstein a inspiré une partie du scénario). Ce qui paraît aujourd'hui normal dans le débat public en Occident apparaît encore déroutant en Asie, et notamment en Corée. Le gros problème de Climax, c'est qu'on veut s'attaquer à trop de sujets en même temps, mais qu'on ne dispose que de dix épisodes pour le faire. Lee Ji-won, qui est à la fois la réalisatrice et la scénariste, est un très mauvais choix et nuit à la qualité du drama. Seuls des cadors peuvent jongler sur deux tableaux, pas une novice. Le revers de la médaille, c'est qu'on tombe dans la caricature et la facilité. C'est souvent manichéen et faussement subversif, parce que les personnages restent les mêmes du début à la fin malgré toutes les épreuves qu'ils traversent. Ça manque aussi de fluidité. N'attendez pas de résilience ou d'abnégation ici: c'est le mal qui combat le mal. On n'est pas dans l'enfer de Dante, mais dans celui de Sartre.


Donc, on choisit de se ranger derrière les moins pourris à défaut des bons qui n'existent pas. Le scénario est vraiment confus passé le sixième épisode, et on se demande parfois où la réalisatrice veut en venir avec son suspense à deux balles. Au début, j'ai cru qu'on voulait faire passer tous les hommes pour des salauds et les femmes pour des victimes, mais heureusement c'est beaucoup plus complexe : les femmes sont aussi toxiques. On explore des archétypes extrêmes pour créer un impact émotionnel fort, mais c'est parfois contre-productif. L'atout premier de ce drame n'est pas le scénario, souvent improbable dans ce monde de corruption à tous les niveaux, mais la qualité du casting. Ju Ji-Hoon, Ha Ji-won et Nana (attention à l'abus d'acide hyaluronique) sont monstrueux et sauvent à eux trois le drama. Cha Joo-Young jouant Lee Yang-mi, et qui fait office d'antagoniste, est aussi à féliciter dans ce rôle de régente de Chaebol complètement allumée. La photographie, la scénographie et l'OST sont aussi de très grande qualité, dignes du cinéma. Franchement, si la réalisation et le scénario avaient été plus ramassés et travaillés, on tenait un vrai petit bijou. Quel dommage !


À force de vouloir trop en mettre plein la vue, Climax tombe dans les travers habituels: le fait que tous soient pourris et méprisables fait qu'il n'y a aucun repère auquel se rattacher. C'est un univers sombre et nihiliste, souvent sans espoir. C'est un esthétisme froid qui fait plonger le narratif dans la déchéance et la destruction. On n'est pas loin de faire l'apologie de la perversité et du concept la fin justifie les moyens. Je n'ai rien ressenti pour les protagonistes: ni haine, ni pitié, ni empathie. Ils sont tous mauvais à leur niveau respectif, n'hésitant pas à savourer leur propre incohérence émotionnelle. C'est souvent maladroit. Et la fin, avec le sempiternel "un an après", vient presque noyer toute la logorrhée qu'il a fallu avaler jusqu'ici. C'est le triomphe de l'avidité et du pouvoir. La conclusion (le symbole de la montée des marches sur tapis rouge est magnifique) est un leurre car elle est abrupte et vient rabattre toutes les cartes, comme si tout le combat mené depuis des années par Tae-Seob et Sang-Ah n'avait servi à rien. Le cliffhanger de dernière minute est tranchant comme une lame de rasoir. Ce drama est à voir, ne serait-ce que pour saluer le travail exceptionnel des acteurs principaux et les sujets sociétaux mis en avant.

Ah oui, dernière chose et non des moindres : il n'y pas de vraie fin, genre RDV à la saison 2...Alors oui, mais non en fait.


Main Theme: Lim Ji-soo - Rise

Additionnel OST 1: Nana - Black Star

Additionnel OST 2: Ji Young-hoon - Unbroken

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