J’ai beaucoup aimé cette série réalisée par Ken Burns en 2019 en 9 épisodes d’une cinquantaine de minutes qui nous racontent l’histoire de la musique country des années 1920 à 1996. Comme d’habitude avec Ken Burns, les moyens mis en œuvre sont importants, ce qui permet de bénéficier des témoignages de la plupart des grosses vedettes de la country : Dolly Parton, Willie Nelson, Marty Stuart (toujours pertinent), Garth Brooks, Hank Williams Jr, Emmylou Harris, Merle Haggard, Kris Kristofferson, Vince Gill, Loretta Lynn, Brenda Lee et même Elvis Costello. Elle nous fait voyager des années 1920 avec les pionniers Jimmie Rodgers et la Carter Family jusqu’aux derniers albums de Johnny Cash produits par Rick Rubin, « American Recordings » dans les années 1990 alors que Columbia l’avait viré. Toutes les grandes figures sont évoquées comme George Jones, Hank Williams, Patsy Cline, Tammy Wynette, Waylon Jennings et j’ai découvert pas mal d’artistes que je ne connaissais pas comme Kathy Mattea par exemple. C’est une histoire de transmission mais aussi d’évolution constante, le terme même de « musique country » recouvrant aujourd’hui de nombreux styles.
C’est devenu une musique incroyablement diversifiée, du bluegrass au Nashville sound, à la country plus californienne, gospel ou folk : des artistes comme Gram Parsons ont ajouté à la fin des années 60 du rock à la country voire de la pop (et la mise en scène des concerts de Garth Brooks dans les stades reprend des codes de la pop). On voyage aussi entre côte Est et Ouest des États-Unis avec bien sûr, Nashville comme capitale dont le Ryman Auditorium serait le point névralgique. Cette série a enfin le mérite de remettre certaines idées reçues en place (les stéréotypes et raccourcis sont fréquents et ont la vie dure, surtout en Europe). Burns nous montre bien à quel point les musiciens de country se sont toujours nourris du blues et du gospel, les musiques noires-américaines par excellence. Johnny Cash comme son pote Elvis étaient de grands fans de gospel et de soul. À l’inverse, un chanteur comme Charley Pride nous démontre bien que la couleur de peau n’a aucune importance, seule l’émotion transmise compte. Pride raconte d’ailleurs la 1ère fois impressionnante où il est apparu au « Grand Ole Opry » sur la scène du Ryman ! Oui, il existe bien des musiciens noirs américains dans la country, ça bat en brèche l’idée d’une musique conservatrice qui ne serait jouée que par et pour les blancs…Un voyage entre émotion (quand Rosanne Cash nous raconte les derniers moments de son père lorsqu’elle était à ses côtés et lui chantait son gospel préféré) et rire avec l’autodérision extraordinaire de Dolly Parton (j’adore cette femme) : « J’ai peut-être l’air d’une blonde idiote mais je ne suis pas idiote…Et je ne suis pas blonde non plus ! » 🤣 . Tout ça m’a donné envie de réécouter Hank Williams, George Jones ou encore Johnny Cash, je pense que c’est le meilleur compliment qu’on puisse faire à cette série.