Cowboy Bebop
4.8
Cowboy Bebop

Série Netflix (2021)

Une fois n'est pas costume, nous allons parler série. Plus précisément, de Cowboy Bebop, la série produite par Netflix. Et j'aurai mis du temps à écrire cette critique, sans doute parce que je n'en reviens toujours pas d'un tel massacre, mais aussi parce que je doute de mes capacités d'analyse dans le domaine. Mais bon, je vais essayer. ATTENTION : Article long susceptible de contenir des spoilers.


Un mot sur le Cowboy Bebop original

Oui, avant d'entrer dans le vif du sujet, je vais vous donner quelques clés pour comprendre si jamais vous n'avez jamais vu la série animée. Cowboy Bebop est un anime japonais de 26 épisodes de 26 minutes créé par Shinichiro Watanabe et sorti en 1998 au Japon. En France, la série fut d'abord diffusée sur Game One en VOST puis ensuite sur Canal+. La plupart des épisodes sont des one-shot, qui ont un début, un milieu et une fin, mais il y aussi un fil rouge lié au passé des personnages principaux. L'anime raconte l'histoire des passagers du Bebop, un vaisseau occupé par Jet Black et Spike Spiegel, deux chasseurs de primes qui ont bien du mal à survivre, dans un futur où le système solaire a été colonisée par les humains. Ils seront ensuite rejoints par Ein, un corgi parfois plus humain que les humains, Faye Valentine, une jeune femme amnésique, et Ed, une hackeuse de génie.

L'anime est un véritable hommage à la science-fiction, au cinéma et bien entendu, au jazz et ses dérivés. La musique joue un grand rôle, les épisodes sont appelés «  sessions » et comportent une référence musicale, comme un genre ou une chanson. La bande originale a été composée par Yoko Kanno et le groupe The Seatbelts. Juste un conseil : écoutez-là à tout prix, c'est un bijou.

Comme le reste d'ailleurs. Si Cowboy Bebop figure au panthéon des anime, c'est notamment pour son esthétique travaillée, sa qualité d'animation toujours bluffante de nos jours, mais aussi la qualité de ses épisodes :la plupart relèvent du génie, comme Ballad of Fallen Angels, Toys in the Attic ou Pierrot Le Fou. Il faut aussi noter l'excellence du doublage, aussi bien japonais que français ( n'en déplaise aux puristes de la VO, pour une fois, le doublage FR ne s'est pas moqué de nous, coucou Evangelion- même si tu reste mon deuxième anime préféré).

Et lorsque le la fin de l'ultime épisode est arrivé, j'étais en larmes devant le générique. Je sais que j'ai une haute sensibilité, mais je ne m'attendais pas à pleurer devant une œuvre de fiction. C'est vous dire la force émotionnelle de l’œuvre...

Bref, Cowboy Bebop en anime a marqué tous ceux et toutes celles qui l'ont vue.


Mais la série live, quant à elle, ne pourra au mieux laisser une indifférence polie au spectateur, ou comme moi, une certaine colère sur le fait qu'ils aient réussi à tout gâcher.


Comment gâcher une série culte , leçon 1 : Tout, trop vite, trop long, trop convenu

Parce que J'ai beau faire tous les efforts du monde, ça ne passe pas. Je sais ce n'est jamais facile d'adapter un anime japonais dans un style plus réaliste, mais tout de même. Les 10 épisodes durent tous entre 40 et 60 minutes. Vous avez bien lu, alors que l'anime, c'est 26 épisodes de 26 minutes.

Même si on sait qu'il n'y aura pas d'autres saisons (et pour cause...) ce n'était pas forcément une raison pour mélanger les histoires. Par exemple, le méchant de l'épisode 2 de la série live, Teddy Bomber, est celui de l'épisode 22 de l'anime ! Ballad of Fallen Angels, l'épisode 5 de l'anime (on en reparlera plus bas tant celui-ci est important)est repris dans l'épisode final de la série, intitulé cette fois ci Supernova Symphony. Allez comprendre.


Comment gâcher une série culte, leçon 2 : Ne pas respecter les personnages

Le traitement des personnages est tout simplement honteux. Spike, c'est quoi en fait ? Même John Cho, l'acteur qui l'incarne n'a pas l'air d'y croire, même s'il y met la meilleure volonté du monde, et pour être franc, c'est lui qui s'en sort le mieux. La relation entre Jet et lui est amicale. Il n'y a pas de moments où ils se disputent, et pourtant dans l'anime, les conflits étaient nombreux. Jet n'est plus cet homme tourmenté par son passé, juste un père absent. Dans l'anime, il a perdu sa femme et sa fille...

Quant à Faye... Où est passé son côté femme fatale ? Ici c'est juste une comic relief, obsédée sexuelle qui plus est (une scène est particulièrement symbolique), qui réussit à attirer la mécanicienne dans son lit...enfin plutôt à faire l'amour avec elle dans le garage bien évidemment. La phase de drague est tellement grossière qu'on y croit pas. Faye est présentée comme superficielle, alors qu'elle est beaucoup plus complexe qu'elle n'y paraît dans l'anime. Cela s'appelle... la profondeur.


Vicious est également très décevant. Parce qu'accrochez vous, ils sont parvenus à rater le méchant ! Petit rappel : dans l'anime, Vicious n’apparaît que très peu, dans cinq épisodes sur 26. C'est l'antagoniste principal, mais il est plus présenté comme une menace planante qu'un type qui cherche délibérément la bagarre. Mystérieux et dangereux en même temps, on ne sait rien de lui tout comme on ne sait pas grand chose de ce qui l'unit à Spike. C'est un type accro au Red Eye, ce qui le rend imprévisible et dangereux, mais qui sait aussi utiliser les choses à son avantage et s'en débarrasser lorsqu'il n'en a plus besoin.Bref, là aussi un méchant complexe à comprendre. Dans la série Netflix, on le voit dès le premier épisode.Incarné par un type pas du tout charismatique et qui joue mal, qui se balade torse-nu lorsqu'il est chez lui, et porte la perruque blonde décolorée de Daenerys dans Game of Thrones. Vicious est surtout là pour justifier certaines scènes ultra-violentes qui peinent à trouver une justification correcte. Mais à vrai dire, Vicious aime faire couler le sang. Ça aurait pu passer si il n'était pas traité comme quelqu'un qui veut désespérément tuer Spike. Quitte à embaucher des mercenaires comme Pierrot Le Fou, alors que la rencontre de ce dernier avec Spike tient, dans l'anime, du pur hasard ! Vous l'aurez compris, Vicious est devenu un méchant de cartoon, et croyez-moi, ça me fait très mal d'écrire cela.


Quant à Julia, mais mon dieu!!!Dans l'anime, Julia apparaît comme douce, et est le catalyseur de la haine qui anime Spike et Vicious. Une rivalité amoureuse donc. Julia a été contrainte de rester avec Vicious, mais aime toujours Spike. Ce dernier este coincé dans le passé à cause de cet amour perdu. Julia apparaît dans les flash-backs de Spike, dans très peu d'épisodes donc, et en chair et en os uniquement dans The Real Folk Blues (épisodes 25 et 26).

Dans la série Live, on la voit... dès le premier épisode. Julia est une cruche au service de Vicious. Vidée de toute sa substance narrative elle se contente juste de suivre son méchant de cartoon. Ce qui en fait aussi un personnage de cartoon. Un faire-valoir. Quelle putain de déchéance.


Dois-je parler d'Ed, la hackeuse de génie ? Eh bien on ne la voit presque pas. Elle apparaît dans les dernières minutes du dernier épisode. Dire qu'ils avaient basé une partie de la promo sur ça, ça fait mal. Mais ça prouve aussi une chose : la gamine aurait eu un plus grand rôle dans la saison 2, qui ne se fera finalement pas. DONC : ils ont raconté quasiment TOUT de l'anime sans avoir un de ses personnages principaux. Très fort.


Comment gâcher une série culte leçon 3 : Prends ton public pour des idiots

Ce point découle du précédent vu que ce qui faisait la force de l'anime était justement les personnages peuplant le Bebop. Chacun cherchant à savoir qui ils sont vraiment. Et si CB savait être drôle, la série était aussi très noire, par son sous-texte, et ses thèmes traités. On en sait peu du passé des personnages-de Spike et Jet en particulier- et cela n'est narré que par bribes. Quelqu'un qui découvrait l'anime avait bien du mal à savoir le lien qu'il y a entre Spike et Vicious dans Ballad of Fallen Angels (épisode 5) et ce n'est que progressivement que le spectateur reconstituera le puzzle au fil des épisodes.


J'ai l'impression que jamais les concepteurs n'ont sur trouver le juste milieu entre la fidélité à l'anime et la tentative de s'en éloigner un peu. Dans les deux cas, la série se vautre. La faute à une écriture faible, où les dialogues tombent souvent à plat. La série live perd le sens de l'anime qui parvenait à montrer beaucoup en peu de temps, grâce à une mise en scène soignée. Ici, non seulement c'est « académique » comme on dit, mais on prend également le spectateur pour un con. L'anime mettait un point d'honneur à casser les codes de son genre, ce n'est hélas pas le cas de la série live. Pire, elle appauvrit le scénario original ! La faute à une écriture , manquant de finesse où certaines intrigues sont expliquées en quelques phrases (coucou, le passé de Faye!). Le côté sombre et violent de l’œuvre d'origine est totalement occulté, tout comme les sous-entendus que cela impliquait, histoire que le spectateur ne se prenne pas la tête. La réalisation abuse des plans obliques, et des champs/contrechamps lors des dialogues. Parfois, ça tente un trait d'humour mais c'est souvent malvenu. Manquerait plus que les rires enregistrés pour nous dire quand rigoler. Bref, la série sonne faux là où l'anime tombait juste.


Comment gâcher une série culte leçon 4 : la ringardiser par manque d’argent

Le manque de budget se ressent partout. Les éclairages sont artificiels, les scènes de combat manquent de fluidité, les scènes dans l'espace avec fond virtuel ne sont jamais crédibles. Certains effets spéciaux sont réussis, mais ce n'est pas le cas de tous.Les décors sont ultra kitsch,je ne parle même pas des scènes de flashbacks, tout comme certains costumes des personnages. Dans vingt ans, on rigolera de cette série bien ringarde. Allez, je vais dire que la musique, toujours composée par Yoko Kanno, est pas mal, mais dans un contexte réaliste, ça passe hélas moins bien.

On le voit, tout oppose la série animée de la série « live » : le cool devient vulgaire, les forces deviennent ses faiblesses, et on se demande quel degré d’implication a eu Shin’Ichiro Watanabe parce qu’il paraît qu’il a participé au projet. L’original était une merveille dans tous les domaines : personnages, décors, couleurs, musiques, animation, gameplay ( euh ! Non ! Pas le gameplay ! Désolé je joue trop aux jeux vidéo, moi) Cela fait 25 ans en 2023 qu’elle a débarqué , et elle est toujours aussi culte. On sent qu’il y a eu du budget poru permettre à Watanabe de nous pondre son œuvre. Ça tombe bien, si vous voulez comparer, Netflix propose la série live ET l’anime à l’heure où j’écris ces lignes. Cependant, ça risque de faire mal.


Julius
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le 15 janv. 2023

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