Pendant 4 saisons Crazy Ex-Girlfriend raconte la recherche de stabilité et de bonheur intérieur de Rebecca Bunch, avocate aux troubles obsessionnels qui adore dramatiser sa vie et mettre en chanson les situations qu'elle rencontre. Les points forts de la série sont d'abord son personnage principal — assurément différent, à la fois névrosé, embarrassant et attachant — et les nombreux numéros musicaux qui sont très bien écrits, très drôles à écouter et également succulents à regarder.
On comprend très vite que la série va jouer sur le terrain du malaise. Rebecca enchaîne les mauvaises décisions, en fait toujours trop et se met continuellement dans des situations humiliantes pour elle-même. Mais c'est également un personnage loyal et intègre, débordée par ses propres sentiments et névroses, et elle devient ainsi rapidement attachante. Ce n'est pas étonnant qu'elle conquiert à la fois le cœur de la maternelle Paula et de l’éternel décalé Darryl. En incarnant ce personnage excessif elle va amener également son entourage à se remettre progressivement en cause : Alcoolisme, grossesse non désirée, reprise des études, bisexualité, désir d'enfant, désir de légitimité…. Le scénario surprend par son traitement souvent décalé de ces sujets au final moins associé aux 30-40 ans qui devraient déjà être « établis ».
Les numéros chantés sont à la fois l'occasion de mettre en scène les illusions des uns comme des autres mais également une critique de la pression sociale et sociétale, leurs peurs et leurs dégouts ou encore leurs pensées égoïstes mais si authentiques que tout le monde refoule. Au-delà du travail de parolier magistral, les chansons enchaînent de nombreuses références musicales toujours très appropriées aux caractères des personnages ou de la situation, avec une grande autodérision. Rachel Bloom a d'ailleurs pris grand soin d’écrire des personnages principaux comme secondaires avec richesse et ceux-ci s'avèrent toujours plus complexes qu’au premier abord.
Au fil des 4 saisons la série arrive à se renouveler et à aller plus en profondeur dans le caractère et les névroses de Rebecca ; CXG n'utilise pas la névrose de Rebecca comme un simple ressort comique mais traite progressivement le sujet de manière entière, sans jamais tomber dans la caricature et en conservant toujours son ton décalé et cynique. La série connaît un coup de mou sur la saison 4, mais arrivent à conclure de la même manière qu'elle aura commencé, à contre-courant.